CHAPITRE VIL
que même de loin son aspect , comme Tombre des apôtres , guérissait les malades ^ .
Le vieux pontife , en revoyant sa ville bien-aimée , la trouvait plus que jamais en proie à la division. Outre le malheureux partage des catholiques en deux communions, des erreurs, long-temps couvertes d'un nom respecté et discrètement répandues, venaient de déchirer le voile et jetaient TOrient dans une agitation nouvelle. Apollinaire était la cause de cet orage. Habile à manier la parole et la plume , il avait consacré ses talents et son savoir à la vérité. On le comptait parmi les flambeaux de l'orthodoxie. Ses traductions des saints livres en vers grecs , d'autres travaux oubliés aujourd'hui célèbres alors , et en particulier une belle apologie du Christianisme persécuté sous JuUen, l'avaient placé très-haut dans l'estime dn monde catholique. Mais plein de confiance en lui-même , dédaigneux de la tradition et de l'autorité , voulant défendre le dogme à sa guise , il enseignait que le Verbe éternel , en s'unissant à la nature humaine , avait pris le corps de l'homme sans prendre son âme ; du moins qu'il n'avait pris qu'une âme purement sensitive, sans intelligence et sans raison. Il ajoutait que le corps de Jésus-Christ était consubstantiel au Verbe, qu'il l'avait apporté du ciel sur la terre , et qu'ainsi il n'était pas né du sein de Marie , et n'avait souffert , n'était mort et ressuscité qu'en apparence.
Ces erreurs combattues par S. Athanase , désavouées tout d'abord par leurs partisans , avaient fini par s'étendre , et faisaient secte à Antioclie. Le mal s'accrut par l'adjonction de Vitalis, prêtre de la communion de Mélèce , honoré entre tous pour la pureté de ses mœurs , mais vain et rancuneux , lequel , se croyant dédaigné de son collègue Flavien , n'imagina rien de mieux pour se venger que d'embrasser la cause
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d'Apollinaire ., qui le fit immédiatement évéque d'Antioche. Les Vitaliens eurent leurs synaxes, leurs rites particuliers, surtout leurs cantiques , ceux-ci composés avec un art perfide , ne respirant que la confiance en Dieu , et sous la piété cachant le venin. On les chantait partout, dans les maisons, dans les gynécées, les hommes au repos et au travail , les femmes en tissant le lin et la soie • .
Cet état do choses émut profondément- le pieux Mélèce. A peine rendu à son siège , il réunit sous sa présidence cent cinquante prélats , désireux comme lui de trouver un remède au mal. ^lais le remède était trouvé. Rome avait parlé : elle avait condamné Thérésie et prononcé la déposition de l'hérésiarque. Le Concile n'eut qu'à souscrire l'exposition de foi adressée par Damase aux évéques de TOrient , et la question fut irrévocablement terminée. Aux yeux de tous , la chaire de Rome était le centre de l'unité et l'oracle suprême de la foi ^ .
. Cependant, un officier de l'empereur, Sapor, vint à Antioche pour faire restituer les églises à ceux qui étaient de la communion du pape. Paulin assurait qu'il communiquait avec Damase ; Apollinaire, accouru au secours des siens, en disait autant; Mélèce gardait le silence. Alors Flavien , prenant la parole , dit à Paulin en présence de Sapor: «Si tu communiques avec Damase , professe avec lui trois hypostases dans une seule essence , et reçois les églises selon la loi. » Puis , se tournant vers Apollinaire : « Oses-tu , lui dit-jl , trahir à ce point la vérité ? Damase enseigne que le Verbe s'est uni à un homme parfait, et tu prétends qu'il n'a pris de l'homme que le corps ! Si tu es calomnié, prouvele, en souscrivant à la doctrine de Damase, et que les saints temples te soient livrés. » Sapor, ayant tout pesé , remit les églises à Mélèce. Mais les Eusthatiens blessés
1 Theod., 1. 5, c. 3.
2 Thcod., 1. 5, c. 3.