Pierre Péron
Tandis que les jeunes gens s'empressaient d'offrir leur vie à la patrie, leurs aînés^ à qui Tâge ou les infirmités ne permettaient pas de la sacrifier inutilement, voulurent au moins concourir au bien-être de ceux qui partaient à leur place, et proposèrent de former une masse. Dufresne, maire de Saint-Jean-d'Angély quelques jours plus tard, donna Texemple en versant le premier une somme de deux cents livres : « J'ai payé, dit-il, de ma personne comme volontaire en 1757 ; aujourd'hui je veux servir de ma bourse.» Son exemple fut bien vite imité, et à son offrande vinront aussitôt s'ajouter celles de :
Jacob RuUand, tanneur, 25 livres ;
Sarlat, G livres ;
Bruin, chirurgien, 25 livres ;
Charrier de la Moreau, 25 livres ;
Parant, 100 livres ;
Marchant, juge de paix, 100 livres ;
Ladmiral, apothicaire, 10 livres ;
Benjamin AUenet, 50 livres.
Les jeunes gens aptes au service, mais qui n'avaient pu se faire inscrire, le contingent étant au complet, contribuèrent aussi à la masse, mais à condition seulement que si une nouvelle levée les appelait sous les drapeaux, chacun d'eux pourrait retirer son versement :
Pallet^ jeune, souscrivit 50 livres ;
Decrès, 50 livres ;
Bonnegens, 50 livres ;
Polignier, 50 livres ;
Giron, 50 livres ;
JPierre-Joseph Saint-Blancard, 50 livres :
Saint-André, oO Fivres ;
Desnobles, 2l\ livres ;
Faure, oO livres ;
Pongaudin,. SO livres ;
Fouqueteau, 50 livres ;
Grelat, oO livres ;
Mesnard, 100 livres ;
Guérineau, 50 livres ;
Moges, boulanger, un habit complet ;
Roquet, notaire, id.
Le même jour la souscription atteignit 3,030 livres, qui furent partagées entre les enrôlés volontaires ou leurs familles nécessiteuses.
Un autre décret de la convention, du 16 avril, vint demander un nouvel impôt du sang : il s'agissait de lever trente mille cavaliers ; les registres furent ouverts à Saint- Jean-d'Angély, le 19 avril 1793, mais le résultat des enrôlements n existe plus.
Lors de la levée de dix-huit à vingt-cinq ans, ordonnée en Tan II (1794), quinze jeunes gens faisant partie de la compagnie de cavalerie d'Angély-Boutonne, compris dans la réquisition, furent considérés comme étant en activité de service et exemptés par Lequinio, à condition qu'ils iraient de suite se mettre à la disposition des représentants en mission dans la Vendée. Ces jeunes gens revinrent bientôt à Angély avec un congé limité de leur général, les renvoyant pour le service de la place. En cette circonstance, comme en plusieurs autres, le farouche Lequinio parait s'être départi de son rigorisme ordinaire en faveur des habitants de fSaint-Jean-d'Angély.
Ces lovées considérables et très rapprochées paraissent cependant avoir refroidi, pour quelques-uns du moins, l'enthousiasme des premiers jours ; car, sur la réquisition de l'agent national Maugeais, le conseil de la commune fut obligé de publier, le 25 février, une proclamation
conti'e les hifractaires, dans laquelle on relève les passages çi-après :
« Considérant qu'il pourrait exii>ter dans notre enceinte « (ville) une criminelle contravention à la loi ; que des « hommes qui se disent républicains auraient lâchement « abandonné leur drapeau, qu'ils auraient fui au lieu « d'écraser les viles satellites des tyrans ;
« Considérant qu'ils ont pu ignorer la loi, nos magistrats, « avant de l'appliquer, les invitent à venir, dans le sein do « la commune, jurer qu'ils consacreront le reste de leur « vie à la destruction des trônes et au maintien de la « république une et indivisible.
« Après le délai de vingt-quatre heures, des recherches « seront faites et ils n'échapperont pas au fer vengeur de « la loi ».
Quoi qu'il en soit, le premier bataillon de la Charente- Inférieure s'était distingué en prenant, à Virton, dîgis le Luxembourg, un drapeau autrichien qui, envoyé à Saint- Jean-d'Angély, fut promené triomphalement par la ville^ escorté de la milice nationale et de toutes les autorités. Les pères des jeunes soldats du bataillon portaient des branches de laurier et chantaient sur l'air de la Marseillaise, des couplets en l'honneur des héros de Virton.
Cependant^ le comité de surveillance n'était pas satisfait de la municipalité et du conseil général de la commune, qui lui paraissaient manquer d'énergie, et il leur signifiait, dans les termes suivants, d'avoir à se retirer :
« Citoyens, frères et amis,
a Le comité vous informe que des membres de la municipalité et du conseil général sont prévenus, les uns de tiédeur et d'insoumission, et quelques autres d'impéritie. Le comité, qui est tenu à une surveillance générale sur tout ce qui a trait à l'intérêt public, ne peut être indifférent sur les rapports qui sont parvenus à sa connaissance. D'après une délibération, le comité vient d'arrêter que l'administration de la commune a besoin d'être renouvelée.
iAlNT-JCA.\ 32
ll vous invite en conséquence, citoyens, frères et amis, et vous requiert de prendre les mesures que vous croirez propres à opérer avec résolution.
« Salut et fraternité.
Signé : « Picard, Desvignes aine, P. Moullin, Marot, Roche, Pipi, Poitevin, D. Sorin fils aine, Moullain fils, Texier, Chapiot, et Plaisance, secrétaire ».
La municipalité s'inclina devant cette injonction, et poussa môme Tobéissance jusqu'à reconnaître que son remplacement était dans l'intérêt de la ville et pour le plus grand avantage de la république ; aussi elle s empressa de convoquer aussitôt la commune pour procéder à rélection des membres devant la remplacer.
Paroche-Dufresne fut élu maire ;
Jouslain, Larade, Joly d'Aussy, Boutinet, Mestadier, Bertonnière et Cantin furent élus oflBciers municipaux ;
Mangeais, procureur ;
Faure, Péroche, Alexandre Lambert, Vij^et, orfèvre, Chopy^ greffier, Chavé, Mauzé, Josserand, Allenet-Marais, Roquet aîné, Gouliard, huissier, Béraud, aubergiste, Fromageau Pierre, Coureau père. Poirier, Désiré dit Notaire, notables.
Cette élection, qui maintenait dans leurs fonctions plusieurs des anciens membres de la municipalité, ne satisfit pas la société populaire, plusieurs des membres qu'elle avait voulu écarter ayant été réélus ; aussi elle déclara ces derniers suspects et les rejeta de son sein. C'était une espèce de mise en accusation, qui pouvait les envoyer à Téchafaud.
Parmis les membres mis ainsi à l'index se trouvait César-Jean Joly d'Aussy, ancien commissaire des guerres, qui, bien que ne partageant pas les idées nouvelles^ était depuis quelque temps déjà offlScier municipal et avait contribué, par ses talents administratifs, à la bonne gestion des affaires de la commune.
D'Aussy donna sa démission, malgré l'insistance de ses
collègues qui, dans une délibération, rendaient justice à ses lumières, l'assurant que le vote de la société ne pouvait avoir été qu'une surprise sur laquelle elle reviendrait, lorsqu'il se serait expliqué sur les griefs encore inconnus qui !ui étaient reprochés. Mais il tint bon ; et, quelques jours après, il recevait Tordre de^ se rendre devant le comité de palut public, à Orléans, pour se justifier de ce dont il était suspecté.
Déjà d'Aussy était en roule pour se rendre à l'intimation du comité. — Lorsque passant à Niort, le hasard mit sur son chemin un ancien sergent au régiment d'Agénois, promu trois ans auparavant, sur sa recommandation^ commandant du premier bataillon de la Charente-Inférieure, et qui, devenu général se rappela les bons offices de son ancien protecteur. Mis au courant des motifs du voyage, il intercéda auprès du représentant du peuple Ingrand, alors en mission dans les départements de l'ouest, et obtint de ce dernier, pour d'Aussy et sa famille, un permis de résidence à Saint-Jean-d'Angély, où il devait attendre la décision que prendrait à son égard le comité de salut public.
« Le représentant du peuple dans les départements de <f l'ouest et près l'armée,
« Vu les pièces ci-jointes,
« Autorise le citoyen Joly d'Aussy, ainsi que sa femme « et ses enfants, à rester provisoirement dans la commune « d'Angély-Boutonne, jusqu'à la décision du comité de « salut public à* son sujet.
« Signé : Ingrand. »
Le comité ne laissa pas longtemps d'Aussy dans l'incertitude : par arrêté du 2 fructidor, rendu sur la demande conforme de la municipalité, du comité révolutionnaire et de la société populaire, revenus sur leur première décision, il le requérait de continuer ses fonctions d'officier municipal à Saint-Jean-d'Angély.
On rendait ainsi justice à un administrateur à qui la ville devait beaucoup. Il avait obtenu, par son insistance et
ses hautes relations, la création à Saint-Jean-d'Angély d'un hôpital militaire ; il avait rédigé le règlement de rhûpital civil. Enfin, il rendit, plus tard de très grands services, pendant la disette, en obtenant plusieurs fois, des représentants en mission dans les Deux-Sèvres et la Vendée, la cession, au prolit de la ville, de blés ou de farines saisis pour l'approvisionnement de l'armée. Il avait aussi étudié un projet de canalisation de la Boutonne jusqu'à sa source, pour amener à Rochefort les bois des forêts de Chizé et d'Aulnay propres à la construction des vaisseaux.
A peu près à la même époque, presque tous les gentilshommes du district de Saint-Jeand'Angély, restés dans leurs foyers, mais qui avaient des parents parmis les émigrés^ avaient été arrêtés, enlr'autres d'Anglars, Palet père et fils, Perraudeau père et fils, Valentin, ancien maire. Griffon de la Richardière, de Chièvres, Griffon du Bellay père. Conduits d abord à Saintes, ils furent transférés à Rochefort, puis dans la prison de Pons, où ils restèrent dix-huit mois, après lesquels ils furent mis en liberté. Pendant leur transport ils fallirent être massacrés, et ils ne durent la vie qu'à l'énergie dont fit preuve le commandant de leur escorte, Moges, boulanger à Saint-Jean-d'Angély . Un charpentier, nommé Lamouroux, ne fut pas aussi heureux ; dénoncé comme suspect, il fut transféré à Rochefort, où il paya de sa tête le crime imaginaire dont il était accusé.
Ce fut en vain que Marie-Louise-Françoise de la Laurancie, épouse de Pierre-Germain- Benoît Perraudeau appuyée par la municipalité, demanda que son mari, enlevé à son affection quinze jours après son mariage, lui fut rendu ; elle ne put obtenir que l'autorisation pour elle-même de rentrer dans ses foyers, d'où elle avait été chassée par arrêté du directoir du district du 8 prairial an II. M"»*^'* de Lescours, Rosalie de Turpin, Teiller, Filbert, de Laperriere, divorcée de d'Orfeuille, Perraudeau, divorcée d'Haussens, Aime Palet Labrosse et Anne Palet sa fille, obtinrent la même autorisation,
En rentrant dans leurs demeures, les expulsées purent constater l'affreux état dans lequel les avaient mises les réfugiés vendéens, employés aux travaux du port et des faubourg, qu'on y avait logés avec leurs bestiaux pendant Tabsence des propriétaires.
Cent .vingt suspects, arrêtés dans le département des Deux-Sèvres, furent emprisonnés, pendant quelques jours, dans le couvent des capucins transformé en prison. M"*® de Liniers de Châteaubardon, alors nourrice, et Viault de Parsay, se trouvaient malades parmi les détenus et obtinrent de tenir les arrêts dans la maison de Fabvre, marchand, où ils reçurent les soins réclamés par leur mauvaise santé.
La récolte des grains, presque nulle dans la Charente- Inférieure de 1792 à 4796, ajouta la famine aux difficultés de la situation politique, et Saint-Jean-d'Angély eut particulièrement à souffrir de ce terrible fléau. Ce département ne produisait pas alors le grain nécessaire à la nourriture de ses habitants, et il était obligé d'emprunter aux dépar^ tements voisins^, notamment aux Deux- Sèvres et à la Vendée, le complément nécessaire à leur consommation.
La disette se fit sentir en France dès 1791, et, pour en atténuer les effets, le gouvernement avait mis à la disposition des municipalités des sommes importantes, destinées à Tacquisition de grains. Cent mille livres furent offertes à la municipalité de Saint-Jean-d'Angély, qui déclina Toffre, assurant que le district était assez bien approvisionné pour être à Tabri de la disette. Cependant, reconnaissant bientôt son erreur, la municipalité accepta deux mille boisseaux de blé étranger, que le ministre avait fait débarquer à La Rochelle, et le fit vendre au minage de Saint-Jeand'Angély en concurrence avec le blé du commerce. L effet de cette mesure cessa bientôt avec l'épuisement de la marchandise, et dans le mois de juillet la cherté des grains occasionna une émeute ; la foule se porta au minage, insulta les magistrats qui essayaient de la rappeler au respect de la propriété, et, s emparant des grains mis en vente, les livra à un prix de rabais à certains habitants, assez peu
scrupuleux pour profiter du désordre qu'ils avaient excité. Il en résulta que les grainetiers cessèrent, pendant un certain temps, d'apporter leur marchandise au minage, dans la crainte d'être pillés de nouveau.
L'interdiction faite aux boulangers de s approvisionner ailleurs qu'au marché de Saint-Jean-d'Angély fut, levée, et il leur fut permis d'aller à Ecoyeux chercher les grains qui ne venaient plus dans la ville ; mais, là, il se trouvèrent en concurrence avec les boulangers étrangers et ne purent acheter que treize pochées, qu'ils payèrent 37 livres 10 sols chacune. Force fut donc de les laisser acheter n'importe où, au moyen de fonds mis à leur disposition, leurs propres ressources étant épuisées depuis longtemps.
Le prix des comestibles de toutes sortes avait suivi celui des grains, et les prétentions des campagnards dégénérèrent bientôt en abus : pour les faire cesser, la municipalité eut recours à la loi du 2 septembre 1793, lautorisant à fixer le maximum des prix de vente, et, en conséquence, elle fit la taxe de chaque objet de consommation légumes compris. Les habitants de la campagne cherchèrent à l'éluder, en échangeant leurs denrées contre celles qui leur faisaient défaut, mais la municipalité leur imposa la vente au marché et contre argent, pour que tous les habitants fussent à même d'acheter de première main leurs provisions qui, sans cela, auraient été accaparées par quelques-uns seulement.
Mais le salaire des ouvriers ne se trouva plus en rapport avec le prix des objets de consommation ainsi élevé, et la municipalité pour l'égaliser dut, par arrêté du 3 fructidor an II, augmenter le prix de la journée des charpentiers, maçons, tailleurs de pierre et menuisiers, jusqu'alors de trente sols ou vingt-cinq sols et le vin, en l'élevant à deux livres cinq sols, ou moitié de cette somme avec la nourriture.
Le recensement des grains opéré le 17 du même mois de pluviôse, par les soins de la municipalité, fit connaître qu'il n'existait, dans la ville et sa banlieue, que 6,510 quin-
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taux de blé pour nourrir les 8^03 habitants que la commune comptait, c'est-à-dire un approvisionnement d'environ trois mois ; aussi, le 22 prairial suivant, cette réserve paraissant devoir être bientôt épuisée^ sans grand espoir de pouvoir la renouveler, la municipalité crut prudent, devant cette menaçante éventualité, de rationner la population, et décida qu'à l'avenir il ne serait délivré, par les boulangers qu'une livre de pain d'égalité par personne et par jour ; ou bien, par les préposés au grenier d'abondance^ dénomination ironique dans les circonstances, qu'une livre de blé méture contenant *trois quarts de froment. La municipalité fit rentrer dans le même grenier les grains et farines excédant cette quantité, laissés jusque-là à leurs propriétaires. Le pain d'égalité, rendu obligatoire dans toute la république, par la loi du 2S brumaire, devait être pétri avec trois quarts de farine d'orge ; mais Saint-Jeand'Angély, pour ménager son faible approvisionnement, dut faire le mélange par moitié, encore la farine de froment n'était-elle blutée qu'à raison de douze livres et demie de son par quintal.
La récolte de Tan III, si impatiemment attendue, ne fut guère supérieure à celle de l'année précédente, et la ville fut obligée d'envoyer d'Aussy et Jouslain dans le département des Deux- Sèvres, avec mission d'acheter vingt mille quintaux de blé. Ces délégués échouèrent d'abord dans leur mission, non pas faute d'avoir trouvé à acheter, mais parce que les autorités locales s'opposaient à la sortie des grains, sans une autorisation expresse des représentants du peuple en mission dans louest. Les mêmes délégués furent chargés d'aller solliciter cette autorisation et, en outre, celle de prendre, dans les forges, cent milliers de fer de toute espèce pour que les forgerons, complètement dépourvus de ce métal, fussent à même de ferrer les attelages des bouviers et charretiers de la commune, qui ne pouvaient plus faire ni les labours, ni les transports de vivres et de munitions requis journellement pour les besoins de l'armée de la Vendée.
La loi malencontreuse du maximum produisit donc uti effet contraire à celui que visait la convention ; les denrées et les comestibles de toutes natures atteignirent le prix maximum, et les commerçants, ne pouvant plus augmenter le prix d'achat du coût du transport et des bénéfices légitimes, que tout trafiquant doit faire sur les objets de son commerce, cessèrent forcément leurs opérations. D'autre part, l'argent se cachait, et le discrédit dans lequel étaient tombés les assignats, faisait le plus souvent refuser cette monnaie fiduciaire dans les transactions, ou tout au moins elle perdait considérablement de' sa valeur ; ainsi, des bouviers au nombre de six, requis pour transporter, de Saint-Jean-d'Angély à Beauvoir, des munitions destinées à l'armée de la Vendée, n'ayant pti s'entendre avec Tétapier pour leur salaire, soumirent leur différend au maire, qui jugea qu'il leur était dû à chacun cinq mille livres en assignats, somme qui leur fut payée aussitôt.
La loi du maximum fut enfin rapportée, ce qui n'empêcha nullement la hausse de progresser. La cupidité des détenteurs, excitée par des offres d'enchères réitérées, fit monter le prix du quintal de froment à mille livres ; du 29 nivôse an III au 18 fructidor de la même année, le prix de la livre de paix d'égalité s'éleva de huit sols six deniers jusqu'à dix livres. Les caux-de-vie valaient officiellement treize cent livres les vingt-sept veltes, à quatre degrés Tessac.
La population, affamée, ne se soutenait plus et assiégeait du matin"* au soir la municipalité, en permanence à la mairie, demandant du pain ou du blé, et n'obtenant le plus souvent qu'un bon inutile, puisque les boulangers ne pouvaient donner en échange le pain qu'ils n'avaient pas. L'hôpital civil lui-môme manqua de pain pendant plusieurs jours ; les malades et les pauvres qu'il renfermait seraient morts de faim si deux boulangers de la ville, ('outanseau et Moges, informés de cette triste situation ne s'étaient empressés de faire cuire trois sacs de farine, formant tout leur approvisionnement, et d'en envoyer le produit aux administrateurs de l'établissement charitable.
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On vit, enfin, les nourrices des enfants trouvés, appelés alors les enfants de la patrie, apporter leurs nourrissons à la mairie, disant qu'elles préféraient les abandonner que de les voir mourir de faim sur leurs seins taris !
La récolte de 179S-1796 mit enfin un terme à cette horrible calamité^ en permettant de faire des approvisionnements à un prix normal. Le 22 floréal an IV le prix du boisseau de froment était descendu à six livres seize sols six deniers, et le pain taxé en conséquence.
Pendant les années de souffrance qui viennent d'être décrites, l'enthousiasme populaire pour les institutions nouvelles ne faiblit pas ; le 48 brumaire an II, la Société Populaire, sans tenir aucun compte de la famine, décida qu'une fête civique aurait lieu sur la place de la Liberté, et requit le maire d'ordonner qu'elle consisterait en un banquet populaire, auquel chaque convive devrait apporter ses provisions. Certes, c'était choisir ce qui pouvait le plus réjouir des gens affamés ; seulement, il était diflBcile, sinon impossible, de se procurer des provisions de bouche ; on pouvait bien avoir du pain d'égalité, mais la viande manquait depuis longtemps déjà, les bouchers ayant cessé de tuer, faute de trouver le débit de leur marchandise. Par ordre du maire, ils furent contraints ce jour-là de garnir leur étal dans la mesure du possible.
Un incident remarquable se produisit pendant cette fête : un sieur Meyer-Coblentz, qualifié de « ci-devant sectaire juif, » originaire du département de la Moselle^ voulant répudier publiquement son nom de Coblentz, avait demandé à le changer pour celui de Meyer-Moselle. Au dessert, il se présenta dans le cercle formé par les tables, et, s'adressant au maire, lui exposa sa demande. Le maire, aux applaudissements enthousiastes des convives^, lui donna acte de sa déclaration et proclama le changement de nom demandé.
Après 1796, la terreur fit sentir ses effets, pendant quelques années encore, à Saint-Jean-d'Angély ; les prêtres qui célébraient en secret, dans des lieux privés, les côré-
rtionies du culte catholique, étaient pourchassés, de tnëme que les parents d'émigrés soupçonnés de cacher quelque membre proscrit de leur famille.
Cependant, à partir de cette époque, on s'aperçoit que les fonctionnaires, chargés de concourir à l'exécution des lois de proscription, mettaient moins d'ardeur dans les recherches qui leur étaient ordonnées, et faisaient en sorte de tenir en garde les intéressés, en désignant, longtemps à l'avance, les jours, et même l'heure, auxquels ils projetaient des visites domiciliaires chez des suspects nominativement désignés. C'est du moins ce qui paraît résulter d'une délibération de la municipalité, du 16 fructidor an VII, par laquelle deux de ses membres étaient chargés de se transporter, assistés de gendarmes, le 23 du même mois, à huit heures du matin, chez les citoyens et citoyennes :
Oliveau, médecin, Laperrière, divorcée d'Orfeuile,
Veuve Bonnogens, Desnobles.
Veuve Milon, Hardy, négociant,
Veuve Villeneuve-Lalaurencie. Perraudeau, père,
Veuve Friou, Veuve Dubois, Saint-Mandé.
De Tesson, Poisson,
Meaurae-Turpin,
pour y faire la recherche des « embaucheurs, émigrés rentrés et brigands qui pourraient y être cachés. >
Tout alors était sujet à suspicion ; les noms des saints, déjà bififés du calendrier, durent disparaître de partout où ils figuraient. Saint-Jean-d'Angély supprima donc la première partie de son nom et prit la dénomination d'Angély- Boutonne. La fête patronale de la saint Jean fut interdite, comme un reste de l'ancien régime sacerdotal, et le commissaire du pouvoir exécutif requit le maire d'en empêcher la tenue, le 24 juin, même par l'emploi de la force armée, si les ennemis des nouvelles institutions se réunissaient, ce jour-là, pour la célébrer.
Le 18 brumaire an VIII, Bonaparte usurpa le pouvoir.
La France, étourdie depuis dix ans par l'ivresse de la victoire, commençait à se fatiguer d'une série de triomphes
sans précédents dans Tliis-toire, et accueillait, avec le plus grand enthousiasme, la paix continentale signée à Lunéville, le 19 pluviôse an IX, proclamée à Saint- Jean-d'Angély, avec une solennité rarement surpassée, le troisième décadi de germinal.
Le ^sous-préfet, accompagné des autorités constituées, se rendit, dès le matin, au temple décadaire, où la nouvelle fut accueillie aux cris répétés de « Vive la République! Gloire à nos armées triomphantes ! Gloire à Bonaparte pacificateur ! » tandis que des salves d'artillerie transmettaient au loin, et d'écho en écho, Tallégresse publique.
Tn amateur chanta ensuite un hymne à la. paix composé pour la circonstance, sur Tair : Vole au secours de la pairie :
Des champs de rAulriche vaincue,
Français, reviens en tes foyers ; Aux douceurs du repos, (|ue ton àme rendue, Jouisse entre nos bras du fruit de tes lauriers.
D'un long et terrible carnage
Arrèle, il est temps, les horreurs :
C'est le cri du vaintu, dont le noble courage Captive en succombant l'estime des vainqueurs.
Trois fois, de tes mains triomphantes,
Il put recevoir l'olivier :
Dédaignant tes bienfaits, ces défaites sanglantes, D'une gloire nouvelle ont ceint ton front guerrier,
Knlin, d'une paix éternelle
Il vient de signer le traite ; '>ux sages l'ont réglé : leur loyauté, leur zèle, Y transmettent leurs noms à la postérité.
Kl loi (|ui veille sur la France,
Jeune, infatigable héros.
Que le riol bienfaisant protège ta constance ; El bientôt l'univers le devra son repos.
George, ambitieux insulaire,
Pourquoi sur lui lancer tes traits ?
Trop grand pour redouter de te faire la guerre, Plus généreux encor, son cœur t'offrit la paix.
En vain, sur l'éléinent perfide.
Tu crois toujours dicter des lois ; Du matelot français la valeur intrépide Peut briser ton trident et reprendre ses droits.
De tant de rois ligués contre elle,
La France a fait autant d'amis.
Toi seul retarderais la paix universelle, Que tes propres sujets appellent à grands cris ?
Des nœuds de la douce concorde,
Français, enchaînons tous nos cœurs, Â quoi bon ces lauriers, si l'affreuse discorde Nous déchire toujours de ses noires fureurs.
paix, couronne notre gloire!
Tel est le vœu de tout Français.
Assez longtemps nos voix ont chanté la victoire; Ouvrons enlin nos cœurs aux bienfaits de la paix !
Une invocation à la divinité termina cette première partie de la fête :
Dieu, vérité par essence,
Eteins de naissantes erreurs !
Que tes pnHres, unis d'étroite intelligence, T'offrent, au même autel, Phommage de nos cœurs !
Dieu, vérité par essence *
Eteins de naissantes erreurs î
Le sous-préfet, le maire et ses adjoints montèrent ensuite à cheval et, escortés par les troupes de la garnison, la gendarmerie, la garde nationale, les instituteurs et leurs élèves, se rendirent sur les principales places de la ville, où ils annoncèrent la signature de la paix au bruit des acclamations populaires et des décharges d'artillerie
et de mousqueterie. Partout, sur le passage du cortège, les maisons étaient pavoisées et ornées de guirlandes de fleurs.
A quatre heures du soir, les autorités allaient avec le même cérémonial à Téglise paroissiale, assister à un Te Deum auquel les avaient conviées les ministres du culte catholique, tout récemment reconnu par le concordat (1802).
Le lendemain, des comédiens improvisés jouèrent, au profit de l'hospice, les Fausses infidélités et la Fausse Agnès.
L'Angleterre seule avait refusé de signer le traité de Lunéville, et par sa marine restait encore un ennemi redoutable pour la France ; mais, privée d'alliés, elle reconnut bientôt son impuissance sur terre, et dut se résoudre à signer la paix d'Amiens, le 25 mars 1802.
Cette paix fut fêtée, à Saint-Jean-d'Angély, avec encore plus de joie et de mise en scène que la paix continentale ; de nombreuses allégories figuraient au milieu du cortège, entr'autres une pyramide de cinq mètres de hauteur, sur l'une des faces de laquelle était peint le temple de Janus, soi-disant fermé pour toujours ; sur les autres côtés figuraient les emblèmes de la prospérité, de l'agriculture, du commerce et des arts.
Enfin, un juge au tribunal de première instance, Josué Lemaltre, déposait pour la circonstance la gravité traditionnelle du magistrat, pour risquer, dans des vers latins, un jeu de mots à la gloire du premier consul :
Plaudite nunc cives, sedato Damque tumuUu Hostequc devicto, pax bona-parta fuit.
Peu à peu cependant, les attributions des municipalités furent limitées à l'administration ; la proscription cessa, et les administrateurs de Saint-Jean -d'Angély purent s'occuper des améliorations réclamées par la voirie et la salubrité de la ville, encore encombrée des ruines amoncelées par le siège de 1621, ruines restées telles que les avaient aban-
bonnéeâ les démoSisseurs du roi Louis Xlllj deux siècles auparavant.
Le président de la municipalité, Paroclie-Dufrosïie, régularisa, par des écluinges avec les propriétaires voisins, le périmètre du Fetit-Bois des Capucins, aujourd'lun jardin public ; fit combler les anciennes douves qui l'entouraient, et les transforma en promenade plantée de tilleuls, II y fit aussi placer des bancs pour lagrément dc>î citoyens^ qui venaient discuter, au pied de Tarbre de la liberté, les f]uestions politiques à l'ordre du jour.
Les intempérie;^ de Tan MI et de ran\'lll furent funestesan x récoltes de la commune, La première cmblavaison des grains avait été détruite, en majeure partie, par ta gelée, loi'sque, le 27 germinal, un ouragan, d'une violence telle que la mémoire des hommes ne se rappelait pas son pareil, vint fondre *^ur la commune et détruisit les nouvelles semences ; la pluie, la grêle, d*une grosseur extraordinaire, dévastèrent la campagne et la ville, bâchant les blés, brisant les vignes, inondant les maisons et enlevant les toitures- Pour combler le dé^^astre, la gelée détruisit encore une grande partie dé la récolte de Tan VII L de sorte que les cultivateurs durent Fcmer quatre fois puur faire une seule récolte.
La municipalité, vrulant amoindrir les efl'ets de ce désastre, prit des mesures pour È^upplécr au manque de blê, et envoya d*Aussy à Paris pour solliciter un dégrèvement d'impAts, D'Aussy avait mission, en outre^ de faire ressortir les avantages que présentait la ville de Saint- Jean-d*Angély comme point de centralisation, dans la nouvelle division territoriale et administrative de la républiciue,
Los qualités administrative^^ de Paroche-Dufresne le firent clioisir pour maire, en Tan VIII, mais il n'exen;a ses fonctions que jusqu'au lo prairial de la même année ; il eut pour successeur Gritîon, Jean-Baptistc. à qui la ville doit d'importantes améliorations.
En 1804 le premier consul était devenu empereur, '
Aidé des conseils et de l'influence considérable dé son ami Regnaud, ancien député de Saint-Jean-d'Angély aux états-généraux, Griiïon créa une école secondaire, destinée à remplacer le collège des bénédictins, et obtint pour la loger la cession d'une partie du monastère de cette congrégation. Les autres parties de cette vaste construction furent successivement données à la ville par décrets du 28 fructidor an XI, 17 prairial an XIII, et 14 novembre 1807. Aussi la ville, reconnaissante des bons services de Regnaud, plaça son buste dans la salle de l'hôtel de ville, où il est encore. Regnaud n'oublia jamais la petite ville qui Tavait aidé à sortir de son obscurité et qu'il aimait à appeler sa patrie adoptive ; aussi, lorsqu'il reçut le titre de comte de l'empire, il préféra à tout autre le surnom de « Saint-Jean-d' Angély » ; il informa le maire de la haute faveur qui venait de lui être accordée, par la lettre suivante, qui honore celui qui Ta écrite plus encore que ceux à qui elle était destinée .'
« Paris, 6 juin 1808.
« Monsieur le maire,
« S. M. m'a accordé, comme vous le savez, le titre de comte de l'empire ; il m'aurait été permis de joindre à ce titre celui d'une propriété comme surnom, mais la règle générale défendait de prendre un surnom de ville et même de commune.
« J'ai exposé au conseil du sceau des titres mon vœu de conserver le surnom de Saint-Jean-d'Angély, de ma patrie adoptive, où j'ai l'orgueil de compter des amis anciens, précieux et sûrs, et à laquelle je suis affectionné de cœur.
« Le conseil a. exposé à S. M. selon son rapport dont j ai la copie, « que le surnom de Saint-Jean-d'Angély a été « donné par les circonstances à M. Regnaud, qu'il l'a porté « avec honneur dans des temps orageux, et dans les décrets « de nomination ou de commission dans lesquels S. M. lui c< a donné des preuves de sa bienveillante confiance, sont « autant de titres qui l'autorisent à conserver ce nom, qui « d'ailleurs ne peut emporter aucune prétention de féodalité
« ni de domaine, et qui n'est propre qu'à rappeler les « services que M. Regnaud a rendus, les talents qu'il a « montrés, les dangers auquels il a été exposé. »
« Le conseil a conclu à ce que le surnom pris par moi précédemment^ tit à l'avenir partie de mon nom propre, sous la désignation de comte de l'empire.
« Je ne ferai pas, monsieur, l'apologie du désir que j'ai montré, ni de la citation que je fais ici du rapport du conseil ; j'ai tâché d'honorer et de servir ma patrie adoptive ; elle m'a porté la première sur ce grand théâtre, j'ai à cœur de lui prouver que je n'ai pas manqué de reconnaissance et que j'ai cherché â mériter les suffrages dont je fus honoré dans son sein.
« J'aime à vous rendre, monsieur le maire, dépositaire de ces sentiments, et je vous prie de les transmettre au conseil municipal à sa première session ; je charge mon collègue, M. de Bonnegens, témoin et guide de mes premiers pas dans la carrière politique, de vous remettre cette lettre lui-même, je lui dois de lui faire connaître et presque de le rendre garant des intentions et de l'affection qui la dictée.
« Je suis avec un sincère attachement, monsieur le maire, votre affectionné serviteur et concitoyen.
« Le comte Regnaud de S^-Jean-d'Angély. »
Des dons volontaires, montant à un chiffre assez considérable, et le produit d un octroi municipal nouvellement établi, permirent à Griffon d'élever un marché aux comestibles sur les ruines du couvent des ursulines, données à la ville par l'Etat. Il fit construire l'abattoir, assaini par un courant d'eau pris dans le canal Saint-Eutrope ; transforma l'ancienne aumônerie fondée en 1429, par l'échevin Gallerant, en une superbe salle de fêtes, devenue ensuite la mairie ; des ruines du cloître des bénédictins, il fit une élégante halle pour les marchands ; acheva la promenade dite « les Allées d'Aussi/ », et fit dresser par l'ingénieur Villecrose un plan d'alignement des rues de la ville^ pour
imposer aux constructions une régularité qu'elles n'avaient pas eue jusque-là. Il sollicita et obtint de l'état assez de métal pour fondre les trois cloches de la paroisse, sur lesquelles sont inscrits les noms de Bonaparte, premier consul ; Guillemardet, préfet ; Duret, sous-préfet ; Griffon, maire. Il sollicita l'établissement de nos douze foires mensuelles, qu'un décret impérial, du 12 juillet 1808, fixa au troisième samedi de chaque mois et les 22, 23 et 24 juin.
Il n'était tenu antérieurement que six foires remontant à une très haute antiquité, puisqu'il en est fait mention dans les articles de commune accordés à la ville par Charles V en 1372. Ces six foires avaient lieu un jour de fête de Saiût-Jean, savoir : le 24 juin, saint Jean-Baptiste ; 29 août, décollation du môme ; 1*^"^ novembre, fête de tous les saints ; 27 décembre, saint Jean Tévangéliste ; 8 mars, saint Jean Climaque ; 4 mai, saint Jean porte latine. Une autre foire spéciale au fief de la rue franche, aujourd'hui rue Méchain. avait lieu le jour de la saint Luc, mais au profit du seigneur de ce fief, qui percevait un droit de quatre deniers sur chaque tête de bétail, ainsi que l'établit un aveu du 24 juillet 1659. En l669 ce droit était tombé en désuétude depuis longtemps. Après la suppression des privilèges de la commune en 1621, ces foires n'étant plus autorisées ni inscrites au catalogue des foires royales, perdirent presque toute leur importance, leur durée était fixée de dix heures du matin à dix heures du soir, aucune vente ne pouvait y être faite valablement en dehors de l'heure fixée.
En 1793, l'administration municipale, sous prétexte d'établir six nouvelles foires pour remplacer les six anciennes en créa réellement douze en conservant les six anciennes, dont elle changea la date, elles avaient lieu :
Les anciennes Les nouvelles
le l*"»" mars le 14 janvier
G mai 4 février
Les anciennes Les nouvelles
25 juin 2 avril
29 août 25 juillet
*M octobre 27 septembre
27 décembre 29 novembre
Elles furent autorisées sans difficulté, et pendant 1 ère républicaine fixées à la date du 7™^ jour de la troisième décade (le 27 de chaque mois).
Quelques années auparavant, les habitants du quartier d'Aunis avaient fait relever à leurs frais le minage, tombé de vétusté. Il existait autrefois une croix monumentale dite du minage, devant laquelle se traitaient les marchés pour en affirmer la réalité et aucun marchand n'aurait osé se parjurer. Il s'y faisait même des promesses de vente d immeubles et les actes passés en conséquence en font mention. D'après une tradition cette croix n'était pas sous la halle, mais à l'angle nord-est de la rue actuelle du minage, où se tenait encore chaque samedi, il y a une quarantaine d'années, le canton ou marché spécial pour les eaux-de-vie et les vins, ainsi appelé parce que les transactions s'y faisaient en plein air sur le canton du minage formé sur ce point par l'entrecroisement des rues. Un spéculateur avait doté la ville d'une boucherie attenante au marché, ce qui complétait la série des établissements d'utilité publique.
Le calme, qui avait permis à la ville de faire ces améliorations pendant une période de guerres sans trêve, était dû à sa situation éloignée du théâtre de la guerre, et n'était troublé de temps en temps que par l'apparition sur les côtes des flottes anglaises guettant l'occasion d'un heureux coup de canon. Cependant les Angérîens furent plus profondément troublés en 1808 par le spectacle inattendu que lui offrit le passage d'une partie considérable des troupes transportées en poste sur Bayonne, ou Napoléon réunissait une puissante armée, destinée à secourir ses généraux aux prises avec l'insurrection soulevée en Espagne
par l'abdication forcée du roi Charles VI et de son fils Ferdinand VII, que l'empereur voulait remplacer sur le trône par son frère Joseph. Le dimanche 19 juin 1808, à six heures du soir, passa le premier convoi, composé de cent voitures à quatre chevaux, transportant le 4® régiment d'infanterie légère, qui repartit une demie heure après. Le lendemain, à cinq heures du matin, le lo® de ligne arrivait entassé dans cent quatorze voitures. Le registre des logements militaires établit que de cette date à la un de Tannée près de quarante mille hommes à destination de Bayonne traversèrent Saint-Jean-d'Angôly, dont treize mille environ transportés en poste.
Le 24 juin de la même année, Napoléon datait du palais de Bayonne un décret cédant à la ville de Saint-Jeand'Angély les casernes du Port et des Capucjns, à la charge de les entretenir pour le logement de la cavalerie, en mettant la dépense que lui occasionnerait cet entretien à la charge des communes de l'arrondissement, au moyen de centimes additionnels.
Ces casernes furent reprises en 1818 par le ministre de la Guerre, en vertu d'une ordonnance royale du 5 avril, et servirent au dépôt de remonte créé en 1838 comme succursale du dépôt de Saint-Maixenl, puis de celui de Fontenay en 1851 et érigé en dépôt indépendant, par décision ministérielle du 2 mai 1856.
En 1809, de Sérigny de Luret remplaça Griffon comme maire, et chercha à conserver à la ville les bonne grâces du comte Regnaud, en sollicitant son buste pour en orner la salle du conseil. Cette gracieuseté facilita avec le comte un échange d'immeubles, qui permit d'ouvrir une rue, allant du palais de justice ancien à la chaussée de TEperon, avec laquelle elle communique par un pont en pierre établi sur le canal de Saint-Eutrope.
Ce fut pendant l'administration de M. de Sérigny, en 1813, que le séminaire fut établi à côté de l'école secondaire, dans le monastère des bénédictins ; cette école tomba
bientôt; quant au séminaire, à peine installe il futéproij%'é par un terrible incendie.
Le feu se dêlara la nuit du vî au 4 mars, dans la partie voisine de leglis^. Surprix au milieu du sommeil, frappéâ de terreur, ]e$ séminaristes se sauvaient presque nus ; cjuel(]ucs-uns même furent préci[)iteM par h*^ fenêtres, nulles dans de^^ matelas, La lumière de Tinccndic fit bientôt accourir les voi^^ins ; le tocsin et la gétu'^rale réveillèrent le reste des habitants et la garnison ; mais ce ne fut qua quatre Iteures du soir le lendemain, ([ue les efforts continus des travailleurs purent circonscrii'c le feu dans la partie occupée par le séminaire. Les autres partie^; do l'édifice restèrent intactes.
Les femmes do toutes les conditions formaient la chaîne, ou distribuaient des cordiaux aux tr^^vailleurs épuisés. Les ]>ompiers, dirigés par \'iolet, sous-ingénieur des ponts et chaussées se distinguèrent particulièrement. Le sieur Lafaye, couvreur, et deux sohhits du il" chasseurs, furent blessés ; un nommé Boutreux moui'ut le lendemain d'un accès de lièvre, dont il fut atteint pour être resté constamment dans la rivière, ou il avait empli les sceaux depuis le commencement de I incendie jusqu'à dix heures du matin,
EHc Levai fois, receveur particulier des linances, a transmis dans un poème le souvenir de ce désastreux événement. Voici ie début de cette pièce, à titre de curiosité :
Les ciloyons, (flon^rs ilniis Jt^s hjras ih» sou i moi 1, Etnrenl loin de [irévoir irii (unes le irvpîl, IJiïflml k'S CMiips redimblL^s de là clorhe fciïak', Quand le lïruil du UunlMmr haU^uU ta g*'"nériiU% <Jiuui(l uiiHe n iri fonfns, joints nw son du hcITroi, Heîijplirent Ions les iHT'urs d'<")iouviUite et trerîicii.
Les liabitîints s'empressèrent de donner Thospitalité aux élèves et a leurs pn^fes^^eurs, et les gardèrent jusqu'à ce que la partie du monastère, occupée par les administrations et les tribunaux fut évacuée et appropriée a leur usage. Les secours donnés par l*Etat et des souscriptions privées
permireat bientôt de relever les ruines faites par Tincendie, mais non de rétablir le bâtiment dans sa splendeur primitive.
Survinrent la restauration, les cent jours, et de nouveau Louis XVIII.
A peine ce désastre était-il réparé qu'un autre, plus terrible encore, vint frapper la ville et jeter les habitants dans le deuil et la consternation. Le blutoir et le grenoir de la manufacture des poudres sautèrent, le 25 mai 1818, à cinq heures un quart du matin, sans cause connue. Quinze personnes furent tuées, et vingt-huit blessées grièvement. On évalua à 18,900 kilog. la quantité de poudre qui fit explosion. Les désastres de cette journée néfaste furent immenses. La partie du faubourg Taillebourg voisine de la poudrerie ne présentait plus qu'un amas de décombres, et un grand nombre de familles furent réduites à Tindigence.
Il est impossible de décrire l'épouvante des habitants ; les femmes se sauvaient, emportant leurs enfants dans la campagne, car on craignait que le grand magasin, dont la toiture était couverte de débris enflammés, ne vint, en sautant, ensevelir tous les habitants sous les décombres de la ville.
Des citoyens courageux se dévouèrent pour éviter un malheur plus grand. Les rapports officiels citent, comme s'étant particulièrement distingués, en enlevant des débris enflammés tombés sur la toiture du grand magasin, et en couvrant de linges mouillés, les barils de poudre qu'il renfermait : Boisrenaud, Dargendaix, entrepreneur; Thomas, brigadier au d'épôt d'étalons, qui entrèrent les premiers dans le magasin, au moment où des jets de flammes menaçaient de produire une nouvelle explosion ; puis Paqueron, capitaine d'artillerie ; Levoirier, commissaire des poudres ; Violet, ingénieur des ponts-et-chaussées ; de Tesson, conducteur principal, et Gayet, chef du service de la pompe, qui dirigèrent les travaux. A ces noms il faut ajouter ceux de François Fromy, négociant. Godet, oflicier retraité, Bonnin et Desmoulins, dont une lithographie fort rare de ce triste événement a conservé la mémoire.
M- Paqueron fut décoré de la légion d'honneur pour sa belle conclu ite. Boisrenaud, Gayet, de Tesson, Dargendaix et Thomas, reçurent des médailles d'argent destinées à perpétuer le souvenir de leur courageuse action.
Une souscription, immédiatement ouverte au profit des viiitimesde Texplosion, produisit H2.i21 francs 09 centimes. En lete de la liste figuraient :
Le département pour 30.000 francs.
I,c roi 30.000 »
Le duc d'Angouléme 2.000 »
Le duc de Berry 4.000 »
S. A. R. Monsieur 4.000 »
Le ministre de Tintérieur 8.000 »
Six maisons étaient entièrement écroulées : celles de Moisset, cordonnier, Millet, Desrogis, Bouchet, Guilloteau, cliarron* et de la veuve Charron.
Douze fortement endommagées appartenant à Bonnin, Guindet, Lafond aîné, poudrier, Lafond jeune, menuisier, Tricard, jardinier, Guenigaud jeune.
Soixante autres éprouvèrent des avaries plus ou moins considérables.
Le premier moulin à poudre avait été établi en 1656 par ringênicur de Buffay, par la transformation de deux moulins à tan appelés « arrête villain » paraissant avoir appartenus jusqu'en 1670, à la famille Giron, qui en fit la déclaration à cette date comme relevant de l'abbaye des bénédictins. Successivement agrandis en 1665, 1775 et 1777 ils furent acquis par l'Etat à une date non précisée. La poudre qui en sortait était réputée des meilleures de France et devait sa renommée aux matières premières provenant da la contr/^e le salpêtre et le charbon.
L'Etat avait Tintention de reconstruire la manufacture et en avait fait dresser les plans par le comte de Resty, directeur des poudres, mais il y renonça en présence de Topposition obstinée de la municipalité, appuyée par une pétition des habitants, dont la vie et les propriétés étaient menacées à chaque incitant par les nombreuses explosions qui se produi-
saient dans la poudrerie. Le moulin « Le Sans-Culotte » avait sauté le 4 frimaire an III ; le frimaire an IV, et le 22 mai 1814 c'était celui de Sainte-Bai-be) enfin le 27 mai 1807 et le 19 janvier 1813 le Saint- Jean sautait à son tour. La perte de cette établissement entraîna celle de la garnison nécessitée pour sa garde. On enleva même à la ville les deux canons que l'empereur lui avait donnés, et on lui proposa comme compensation le même poids de métal .
La municipalité de cette époque ne prit, du reste, que des résolutions plus ou moins réfléchies. Elle voulut revenir à ses armoiries anciennes et en demanda la modification par la suppression du collier qui rappelait l'origine de la ville, due aux nombreux pèlerins attirés par les reliques célèbres du monastère, et se trompant sur la forme du reliquaire contenant le chef de saint Jean^ elle fit une coupe de la conque figurant sur les anciens écussons, et rappelant le reliquaire donné à l'abbaye, en Tan 1010, par le roi Robert.
Enfin, pour éviter de contribuer aux dépenses nécessaires à la rectification de l'alignement des routes royales, qui traversaient la ville, elle prit le prétexte des difficultés qu'offriraient à la rectification proposée les nombreux souterrains existant sur leur parcours, et fut d'avis qu'il était préférable de leur faire contourner la ville, avis qui fut adopté, enlevant ainsi à cette dernière le mouvement et la vie que lui avaient procurés, jusque-là, les grandes voies de communications^ qui la traversaient du levant au couchant et du nord au sud .
De La Laurencie donna sa démission en 1830, à la Révolution de juillet. Ce fut aussi sous l'influence de cet événement politique qu eut lieu le transfert à Pons du séminaire, qui céda la place au collège communal, dont il n'est pas sans intérêt de faire ici l'historique :
L'instruction parait avoir été donnée à Saint-Jeand'Angély antérieurement au xv^ siècle, exclusivement par les moines bénédictins, et depuis par des maîtres, clercs ou laïques^ choisis, nommés et entretenus par eux au moyen
d*une prébende en nature prélevée sur les revenus fonciers de labbaye. Il est à croire que dans le principe le même maître enseignait les novices de Tabbaye et les élèves laïques, mais que plus tard chaque catégorie eut son maître ou régent.
Uabbaye possédait les bâtiments servant d'école, mais si Tabbé avait le choix des professeurs et pourvoyait à leur entretien, le corps de ville tenait à ce que Tinstruction y fut donnée sans interruption par des maîtres à la hauteur de leur mission, intervenait près de l'abbé pour la nomination des régents, l'examen de leurs capacités professionnelles, et le menaçait même de se substituer à lui, dans ses privilèges, s'il ne prenait pas soin de mieux remplir les obligations qui lui étaient imposées.
A quelle époque remonte la fondation de cette école ? La première mention se trouve dans un registre de délibérations du corps de ville de Saint-Jean-d'Angély, du 7 décembre
1417, M® Guillaume de Jumcges, maître en arts, régent de « rcscole de Grand maire -», présente requête pour Tobtention d'un congé lui permettant d'aller habiter Bourgneuf, en Aulnis, par peur de la mort qui était dans la ville. Le congé lui fut accordé jusqu'au prochain jour de Pasques, à la condition qu'il se ferait remplacer, pendant son absence, par un maître capable de le suppléer. De Jumèges partit en priant le maire de ne pas donner les écoles à un autre professeur, sans le prévenir.
Guillaume de Jumèges avait un caractère assez violent, si on en croit un nommé Pierre Espaignol, qui, le 4 février
1418, menacé par lui, l'appela devant la cour de la mairie, pour en avoir asseurté, c'est-à-dire faire serment, en audience, qu'il ne lui rnefferait ni en corps ni en biens, fors que droit prenant et droit faisant selon la coutume du pays. De Jumèges refusa de prendre cet engagement prétextant qu'il n'était ni bourgeois, ni juré de la commune, mais bien serviteur ou familier de Tévêque. La cour lui fit observer qu'il était marié, connu, avait comparu et était présent, qu'il était tenu de donner l'assuratice demandée
par Pierre Espaignol. De Jumèges persista dans son refus et déclara faire appel de la décision de la cour. Cependant le 7 février suivant, il se présenta de nouveau et déclara se désister de son appel, ce dont il lui fut donné acte.
Dans les mêmes registres, le 26 mars 1418, se trouvent des détails très rares sur le saiaire payé à de Juméges par ses élèves, ainsi que sur les livres classiques usités dans son école, établissant que les maîtres étaient en même temps, professeurs, calligraphes ou relieurs. Dans un inventaire dressé à cette date, après le décès de M® Pierre Girard, licencié en lois, premier éclievin du corps de ville, figure une somme totale de 32 sols 6 deniers due à de lumèges, et ainsi détaillée :
Pour la fréquentation de l'école pendant un trimestre par les trois enfants du défunt, quinze sols XV»
Pour la vente « d'unes accident de Paris », dix sols X*
Pour l'escriture d'une accident, et « règle de grant maire », en lettres de forme, cinq sols V*
Pour avoir relié le « Sancerre », des mêmes,
deux sols six deniers II« VF
Total XXXII* XI<>
Le titre « accidents de Paris », semblerait indiquer une narration de faits se rapportant aux événements politiques d'alors, destinés à imprimer aux enfants une direction conforme aux vœux des parents, qui, pendant toute la durée de la guerre civile soulevée par la rivalité des Armagnacs et des Bourguignons, étaient toujours restés fidèles au parti d'Armagnac, dont le chef, le comte Bernard d'Armagnac, beau-père du duc de Berry, soutenait dans l'ouest la cause de son gendre.
Quand au « Sancere », ce devait être un livre- classique écrit aussi dans le même ordre d'idées, probablement les hauts faits du comte de Sancerre racontés par Froissard, chapitre XVI. Après la bataille de Cocherel, qui eut lieu
en i364, un chevalier anglais Jean Aymery, fait prisonnier sur les bords de la Loire, fut rançonné 30,000 francs, qu'il versa comptant, mais en jurant qu'il ne rentrerait pas dans son château sans qu'il les eut reconquis. Il rassembla ses amis et leur proposa d'aller prendre la ville de Sancerre ou se trouvaient dans le moment les trois enfants du comte, Jean, Louis et Robert avec une assez faible garnison, la prise de cette ville devant les rendre maîtres de tout le pays. Leur projet ayant transpiré arriva à la connaissance du comte de Sancerre, qui avec l'aide des seigneurs du Berry et du Bourbonnais, tendit une embuscade dans laquelle Jean Aymery et tous ceux qui l'accompagnaient furent pris et emprisonnés dans le château. Ce fait amena l'abandon aux Français de la Charité-sur-Loire et de toutes les forteresses des environs à titre de rançon des prisonniers, mais la liberté ne leur fut rendue qu'à condition qu'ils sortiraient de France. Ce qu'ils firent, en effet, en 1369, en s'enrôlant sous la bannière de Bertrand Duguesclin, se dirigeant sur l'Espagne à la tête des grandes compagnies, allant aider le bâtard Henri de Transtamare contre le roi don Pedro, son frère pour venger le meurtre par ce dernier de Blanche de Bourbon, sa femme.
En 1421 de Jumèges était toujours maître des écoles, mais Tépidémie régnait encore et avait réduit à un très petit nombre ses élèves et par suite, son salaire insuffisant pour ses besoins, pour y suppléer le corps de ville lui alloua une indemnité de vingt-cinq livres tournois. La peste était donc dans la ville depuis quatre années consécutives et y avait fait des ravages considérables.
En se reportant plus haut, on trouve qu'en la même année 1421, le dauphin réunissait à Saint- Jean-d'Angély les troupes destinées à repousser les anglo-gascon reprenant l'offensive ; que les approvisionnements nécessités par cette campagne avaient fait hausser le prix des vivres devenus rares, et que le Parlement avait interdit le commerce des grains en Saintonge pour en empêcher l'exportation et faciliter le ravitaillement de l'armée. Ce sont les motifs qui
déterminèrent sans doute le vote de l'allocation faite à de Jumèges.
Bien que sous le titre modeste d' « école de grammaire y> l'instruction donnée dans cet établissement paraît avoir été supérieure à celle donnée dans les autres écoles de la ville, et comprenait les arts d'agrément. En 1450, la musique vocale et instrumentale .y était enseignée par Johannes Cordigery, musicien et maître des écoles de chant ; il recevait de la ville un traitement de dix livres tournois pour son service à Téglise paroissiale. Ce service spécial payé par la ville, indique qu'à sa qualité de professeur il joignait celle de chantre, professions cumulées encore par les instituteurs de la Saintonge dans la première moitié du dix-neuvième siècle.
La longue lutte entre les partisans de l'instruction libre, qui dure encore de nos jours plus ardente que jamais, paraît avoir commencé à Saint^Jean-d'Angély dès 4462, un maître des écoles, Jehan Vis, licencié en lois, se plaignait au maire des difficultés qui lui étaient suscitées, dans Texercice de ses fonctions, par M^ Jehan Gandoux, et le corps de ville consulté, décidait qu'il serait écrit à l'abbé des bénédictins pour avoir des explications à ce sujet. Cette décision souleva une vive opposition de la part des membres de la minorité du corps, au nombre de ces derniers figurait Jean de Cumont, maire en 1444, à qui le procureur du roi avait fait signifier défense de continuer à envoyer son fils à une école autre que celle de la ville.
La délibération ne fait pas mention de quel genre étaient les difficultés opposées par Jehan Gandoux à son confrère, mais on peut supposer, d'après la résolution prise par le conseil d'en informer l'abbé, que Gandoux était le régent, nommé par ce dernier, pour enseigner les novices du monastère, et qu'il s'agissait de rivalité d'instituteurs exerçant dans le même local.
Cette école, dénommée dans la suite « rjrande école », devint plus tard le collège. Un document que nous avons eu entre les mains, précise son emplacement, qui était
celui occupé par l'ancienne école des Frères de la doctrine chrétienne, mais dont la façade occupait la partie sud, où se trouve aujourd'hui la chapelle, on y voit encore deux fenêtres ogivales, seuls restes de la construction primitive. C'est le souvenir de cette école qu on a voulu perpétner en donnant à la rue, qui la confrontait au levant, le nom de « t'iie de la maf tressa d'école » qui logiquement devrait être « rue du maître d'école », ou mieux encore € rue de la grande école »,
M. Ciaudin, libraire h Paris et bibliographe distingué, dans un opuscule publié en 1895, faisait connaître un principal du collège de Saint-Jean-d'Angély, Mathurin Alamande qui, "vers lolO, avait la réputation d'un savant de premier ordre, et dont le nom et les ouvrages, tombés dans l'oubli, viennent d'en sortir, grâce aux laborieuses recherches de M. Claudin.
Mathurin Alamandej comme il est dit dans son livre u Almandini a(/uitanî /tisiorioram e nerratio in paradoja M. Ciceronis » publié â Castres en 1-il9, nous apprend qu'il était originaire d'Angêly, ville opulente du pays des Santons, aux belles maisons et au site agréable, où repose le chef vénéré de saint Jean-Baptiste, vulgairement appelée Saint-Jean-d*Angély, et baignée par la « Boutonne », rivière navigable qui se jette dans la Charente, Il appartenait à une très honorable famille, son père s appelait Jean, et Guillemettesa mère était de la noble maison de Bourgonces. Il naquit le des ides de juillet, l'an de grâce 1486, et fut instruit dès sa plus tendre jeunesse dans l'illustre université de Paris.
Un Guillaume de Bourgonce est cité parmi les membres du corps de ville de Saint-Jean- d'Angcly qui assistaient h Taudience de la cour de la mairie du 18 mars 141:2. — Le même est cité comme conseiller dans la liste du 29 mai 1413 et ne paraît plus dans les suivantes. Les de Bourgonce tiraient srans doute leur noblesse de Téchevinage.
Mathurin Alamande resta célibataire et la date de sa mort est inconnue. A part le livre cité plus haut, il est
auteur des écrits ci-après en latin, probablement inédits pour la plus grande partie :
Epithalame sur le Christ et l'église vierge.
Panégyrique en vers à Tévêque d'Uzès.
Sylve intitulée Angély, en vers héroïques.
Pièce élégiaque à Marie, mère de Dieu.
Poème généthliaque sur la naissance du Rédempteur.
Trois livres d'odes divines ou d'hymnes.
Quatre livres de lettres.
Lettre apologétique pour les écrivains séculiers.
La vie des sept sages.
L'éloge de Marie.
L'éloge de l'innocente virginité.
Cent lettres de matières sacrées et morales.
Manuel de philosophie morale.
Des propositions des anciens théologiens.
Discours sur le sacerdoce.
Des propositions des jurisconsultes.
Commentaires sur des titres des pandectes ou digestes.
Vies d'un grand nombre d'hommes illustres.
Ouvrages sur la langue latine et l'histoire.
A partir de 1510 jusqu'en 1597 les documents font défaut, les troubles religieux, la démolition et le sac de l'abbaye, la dispersion des moines et la perte de leurs revenus, dont les réformés s'étaient emparés, avaient nécessairement empêché le fonctionnement de l'école, le corps de ville chercha à la rétablir, en 1597, par la nomination de Jean de Bonnes, en qualité de régent principal, secondé par un autre maître présenté par lui et accepté après examen de son savoir, à la condition qu'il exercerait pendant au moins trois années, les régents de passage ayant trop souvent l'habitude de laisser une école pour une autre, après quelques mois seulement d exercice dans une localité.
Le personnel enseignant était nommé, mais la maison d'école n'était pas libre. M. de Sainte-Même, gouverneur de la* ville, l'avait transformée en magasin pour y loger sa poudre de guerre, Jean de Bonnes en réclama la libre dispo-
sitîon pour s y loger et donner ses leçons. Le maire s'entendit avec le gouverneur et après inventaire, fit transporter la poudre dans la prison ou basse fosse de la porte de Niort. Il fut constaté alors que Técole était inhabitable et tombait en ruine ; cefte constatation souleva la question de savoir à qni incombaient les réparations.
Jean Dabillon, lieutenant général de la sénéchaussée, mit la ville en demeure de les exécuter et cette dernière après avoir soumis cette mise en demeure aux délibérations de son conseil, tout en reconnaissant que la maison d'école était à sa disposition, comme chose publique et commune à tous les habitants pour y tenir régents et y faire enseigner leurs enfants, n'osa pas aller jusqu'à en revendiquer la propriété et décida qu'il y avait lieu, préalablement, de faire Bommer le syndic de l'abbaye de comparaître devant un notaire, pour avouer ou désavouer, au nom de l'abbé, la propriété de l'école.
Les choses en étaient là en 1610, lorsqu'il fut proposé à la ville de rétablir son collège, ce qui prouve qu'il existait antérieurement, au moyen de la perception d'une somme de 40,000 livres sur l'élection. Elle y consentit à la condition qu ell6 ne serait tenue à aucuns frais, jusqu'à ce que le proposant, dont le nom était t^nu secret, en eut obtenu l'autorisation en bonne et due forme. En attendant, la ville accepta comme régent du futur collège Jean Lésine, qui lui était recommandé.
Cette proposition ne parait pas avoir eu de résultat favorable, et Jean de Bonnes continua à diriger l'école puisqu'en 1612 il se disait encore régent principal, et, en cette qualité, intentait procè.s, devant le parlement de Bordeaux, aux autres régents et précepteurs demeurant en maisons particulières, pour leur interdire l'enseignement. Il prenait encore ce titre au baptême de son fils Jean, issu de son mariage avec Andrée Texier, célébré à Saint- Jeand'Aogély, le 14 janvier 1613 ; et celui de « régent de la grande escolle » à celui de sa fille Marie, le 2 février* 1615.
Les prétentions de de Bonnes parurent tellement abu-
sîves au corps de ville qu'il intervint au procès, noû seulement pour y faire opposition, mais aussi pour obtenir du parlement un règlement fixant le régime du collège, les capacités à exiger des maîtres, ainsi que leur salaire, se plaignant que de Bonnes, jouissant d'une grosse pension, réclamait encore de chaque élève vingt deniers pour les abécédaires et cinq sols pour les autres livres de classe, ce qui lui paraissait fort exagéré.
Ce son côté, l'abbé commandataire des bénédictins, François Guillebeau, tout en revendiquant son droit de propriété de la grande école, prétendait avoir aussi la nomination des régents, et pour établir ses prétentions avait nommé maître principal et économe du grand collège, M® Julien du Rocher. Ce dernier fit sommer frère Bernard Peyrot, prévôt moine, de lui rendre, restituer et remettre les lettres et provisions de l'économat du collège, dont il avait été pourvu par l'abbé. Le prévôt moine déclara ne pouvoir satisfaire à cette demande^ l'abbé lui ayant demandé le renvoi des dites pièces, pour s'en prévaloir, dans le procès pendant au conseil du roi au sujet de son droit à la nomination des régents.
L'économat avait droit à la grande prébende de l'abbaye, affectée à l'entretien du collège, elle consistait en cinquante boisseaux de froment, dont un tiers pour la grande école, les deux autres pour Y école des novices, "Ld^ prébende scolaire fut mise à la charge de l'abbé d'après une transaction, intervenue en 1632 entre ce dernier et ses moines, pour le partage des revenus et des charges de l'abbaye.
La nomination par labbé, en 1615^ de W Pierre Boizard, bachelier es arts et sacrées facultés de théologies, comme instructeur tout à la fois des enfants de la ville et des novices de l'abbaye, souleva de nouveau l'opposition de de Bonnes. La lutte durait encore à la mort de ce dernier en 1618, puisque Boizard crut devoir combattre à cette date les reproches formulés contre son enseignement, par la production d'un certificat signé des principaux habitants catholiques, établissant qu'il n'avait jamais manqué aux
devoirs de sa charge ; qu'il avait employé tout le temps requis et nécessaire à Tinstruction des novices et des autres enfants de la ville, tandis que son concurrent Jean de Bonnes cherchait à lui nuire, en allant attendre au passage les élèves se rendant à son école pour les dissuader d'y aller et les attirer chez lui où, disait-il, ils trouveraient un nouveau régent pour leur donner des leçons.
En 4634, le principal du collège Pierre Dailuy était laïque puisqu'il faisait baptiser un enfant prénommé « Vincent », le 25 juin dans l'église paroissiale de Saint-Jean-d' Angély .
Enfin, en 1757, un sieur Chavy, demandait au lieutenant général de la sénéchaussée, l'autorisation d'enseigner à l'exclusion de tous autres, la danse et la musique instrumentale, à la jeunesse de Saint-Jean-d'Angély, autorisation qui lui fut accordée. Il faut remarquer, cependant, que l'autorisation ne dit pas s'il professait au collège.
Le collège existait encore en 1790, puisque dans la déclaration individuelle des membres de la communauté des bénédictins insérée dans le procès-verbal d'inventaire du mobilier dressé le 20 mars 1790, par le maire de Saint- Jean-d'Angély, trois moines prennent le titre de professeur du collège, doms Benoist Boudet, François-Victor Chirac et Jean-Jacques Sandenois, mais l'instruction qui y était donnée ne répondait plus aux besoins de l'époque, car les habitants réunis en assemblée générale, le 12 sepiembre, demandèrent à la municipalité de faire la recherche des revenus qui lui étaient affectés et de solliciter l'établissement d'un collège de premier ordre, sur le modèle de Pontlevois, dirigé par les bénédictins. Le 1«^ octobre de la môme année, les sieurs Faure et Gauthier, maîtres es arts, de Saint-Jean-d'Angély, présentèrent requête tendante à obtenir la direction des classes du nouveau collège. Avant de leur donner réponse, on entra en pourparler avec les bénédictins qui le dirigeaient autrefois.
Ce projet ne fut pas réalisé et les professeurs de Tancien collège, s'il en existait encore en 1793, furent dispersés par la (convention ainsi que les bénédictins, dont les reve"nus
et les biens confisqués comme propriétés nationales, servirent à toute autre chose qu'à Tentretien des établissements d'instruction.
Au nombre des élèves formés par le collège de Saint- Jean-d'Angély, qui se sont plus particulièrement distingués, nous pouvons citer, d'après Guillonnet-Merville et autres :
Dom Mommole Geoffroy, né à Saintes, le 16 septembre 1615, moine bénédictin d'une grande réputation, étudia la philosophie à Saint- Jean- d'Angély, sous dom Jean Harel et dom Anselme Cucheman, maîtres et prieurs du monastère^ devint prieur de Saint-Denis, puis général de l'ordre et déposé, en punition de ce qu'il avait conclu contrairement aux désirs d'un ministre, dans une enquête dont il TSivait chargé, au sujet d'un libelle contre les évéques.
Jacques-Charles-François de la Perrière, seigneur de Roiffé, né en 1694, physicien distingué, auteur de divers ouvrages sur la physique et l'électricité.
Pierre-Augustin Perraudeau, né en 1701, jurisconsulte dont les consultations faisaient autorité aux parlements de Poitiers et de Bordeaux.
Augustin Hardy, dit le père Martial, récollet célèbre, né à Taillebourg en 1718, prédicateur favori de Louis XV. Passait ses loisirs aux Frouins, commune d'Asnières, où il préparait ses sermons.
Jean-Mathias-Gabriel Marchand, rié à Saint-Jean d'Angély en 1725, médecin et lieutenant général de police. Auteur d'une analyse des eaux d'Archingeay, d'un mémoire sur l'emploi du mercure dans certaines maladies.
Thomas-Maurice Durouzeau, né à Saint-Jean-dJAngély, le 8 avril 1726, moine bénédictin, député de la loge maçonnique de Saint-Jean-d'Angély au Grand-Orient jusqu'à sa mort en 1788. Prononça dans l'église de la Madeleine, à Paris, le panégyrique du dauphin fils de Louis XV.
Louis-Antoine Valentin, né le 10 septembre 1735, docteur eh chirurgie, auteur de plusieurs ouvrages sur son art. Maire de Saint-Jean-d'Angély de 1772 à 1790.
Paul-Paroche Dufrène, né le 15 août 1742, prêtre, grand
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vicaire, auteur de publications sur la religion, le commerce et l^hîstoire.
Elizée Loustalot, né le 12 avril 4762, à Saint-Jeand'Angély, avocat, ardent révolutionnaire, rédacteur du ic Journal des révolutions de Paris », décédé à Paris en 1790. Les membres des clubs des Jacobins et des Cordeliers portèrent son deuil pendant trois jours.
Le 22 brumaire an IIL la commission executive de rinstructien publique demandait à la municipalité de Saint - Jean-d'Angély, des renseignements sur les établissements d'instruction encore en activité, et cette dernière lui répondait que depuis la suppression du collège et des écoles de charité fondées par-M"*® de Coybo, il n'existait aucune école dans la ville. Elle lui donnait en même temps le nom des personnes qui voulaient se consacrera l'instruction, ainsi que le programme sommaire de leur enseignement; on y remarquait, pour l'enseignement de la lecture seule :
Elisabeth Bouhier, ex-sœur hospitalière de l'hôpital de Saint-Jean-d'Angély.
Etienne Bouilly, ex-frère capucin.
Catherine Villechaise, femme Peron, divorcée.
Ch. -François Jupin, ci-devant curé constitutionnel, et Ursule Jacques, son épouse^ ex-religieuse, avaient un programme plus étendu ; il comprenait, pour les garçons, la langue française, les mathématiques et la géométrie. Pour les jeunes filles, la lecture et le calcul.
La tempête révolutionnaire calmée, le collège des bénédictins fut remplacé, en 1803, par une école secondaire, inaugurée le 6 novembre dans le monastère des bénédictins, dont une partie venait d'être donnée à la ville par l'Etat, et la direction en fut confiée à Alexis Griffon. Cet établissement ne devant recevoir, de même que l'ancien collège des bénédictins, que des élèves pouvant suivre la sixième latine^ on créa pour l'enseignement des premiers éléments de cette langue, une école primaire annexe, dirigée par l'instituteur Prévost, dont Tinstallâtion eut lieu le môme jour que le collège. Cette école préparatoire existait avant
la révolution et Guillonnet-Merville cite comme un de ses directeurs, l'instituteur Baudoin, bien connu dit-il en 177o.
Regnaud de Saint-Jean-d'Angély s'intéressait beaucoup à notre collège, comme du reste à tout ce qui touchait à la ville, c'est à son influence que Ton doit la cession à la ville, par divers décrets, de la totalité de l'abbaye des bénédictins, devenue propriété nationale, à la seule condition d'y entretenir à perpétuité un établissement d'instruction, il avait à cœur sa réussite et fit tout ce qui dépendait de lui pour y contribuer, il vint même y présider la distribution des prix en 1806, et y prononça un éloquent discours, dont voici la péroraison :
« Vous apprendrez un jour, jeunes élèves, combien de chemins mènent à la gloire et combien d obstacles en éloignent ; vous saurez ce qu'elle vaut et ce qu'elle coûte. Ignorez longtemps ce qui peut la faire craindre et jouissez du bonheur de votre âge, auquel il est donné d'en désirer sans péril et d'en obtenir sans regret.
» Mais, si elle attend quelques-uns de vous sur de plus grands théâtres, sur ces champs de bataille, où la patrie appelle tour à tour ses enfants, où la victoire les couronne, où le génie les récompense comme aux pyramides, à Marengo, à Auterlitz, portez y la valeur et la bonté française, le courage qui donne la victoire et la bienfaisance qui fait aimer les vainqueurs.
» Ces couronnes dont vos têtes vont être ornées, les connaissances, les talents, la science qui vous les ont méritées, double titre dont la modestie même vous permet d'être fiers, vous n'oublierez pas, jeunes élèves, d'en faire hommage à ceux qui vous en ont enrichis, et le sentiment de votre bonheur vous ramènera à celui de la reconnaissance.
» Ils étaient naguère déserts et en ruine ces portiques ou vous trouvez aujourd'hui l'instruction, la paix et le bonheur.
» Quelle main les a relevés, quelle main à rassemblé les hommes qui vous instruisent?
» C'est celle du chef de cet empire, à la voix duquel les ruines s'animent et forment des monuments. »
Alexis Griffon démissionna en 1800, lors de la création de rUniversité impériale, sous le prétexte que la loi ne permettait l'enseignement qu'aux célibataires, mais que la rumeur publique attribua à un tout autre motif, engagea le préfet et le maire à nommer à sa place le directeur de Técole de Fontenay-le- Comte, appuyé par Tévêque.
Le nouveau directeur, M. Chaine, ne fut pas bien accueilli par les pères de famille et encore moins bien par les élèves, ce qui amena tout d'abord une diminution sensible du nombre de ces derniers. Extrêmement laid et se présentant assez gauchement, son grand savoir ne put balancer ses défauts physiques ; d'une faiblesse extrême, il ne sut prendre aucune autorité sur ses élèves et, après deux ans de direction, donna sa démission, ne pouvant supporter plus longtemps leurs railleries et leurs malicieuses espiègleries.
Regnaud, envoya pour remplacer Chaine, un censeur du lycée de Rouen, de Vins des Ervilles ; au bout de six mois des Ervilles renonça à la tâche de relever le collège, qu'il avait ïicceptée et céda la place à M. Brochard, instituteur â La Rochelle, nommé par le Grand maître de l'université. Brochard fut. installé le t" novembre 1812.
Le nouveau principal, fort aimé de ses élève de La Rochelle, en amena avec lui vingt-cinq, qui préférèrent le suivre que d'aller sous d'autres maîtres à l'école secondaire de La Rochelle. Brochard aurait probablement relevé rétablissement, si le temps nécessaire lui avait été donné, mais le décret impérial sur l'organisation de l'université, interprété en faveur de la ville, dans un sens absolument contraire à son texte, par l'intervention toute puissante de Regnaud, lui enleva la possibilité d'atteindre ce but, en réunisï^ant sous un seul directeur, l'école secondaire de Saint-Jean-d'Angély et l'école ecclésiastique de Chavagnes.
En vertu du dit décret, les écoles secondaires ecclésias-
tiques avaient été supprimées et rétablies aussitôt, près des collèges de première classe où des lycées ; c'est donc en faussant la loi que Técole secondaire ecclésiastique de Chavagnes fut fixée à Saint-Jean-d'Angély, ou il n'existait ni lycée ni collège de premier ordre, et vint s'adjoindre d'abord à l'école secondaire, puis l'absorber complètement par la suite, sous la direction unique de Tabbé Dargenteuil, par qui elle fut inaugurée le 1^' novembre 1812.
L'abbé Arnaud Dargenteuil était un jeune ecclésiastique de grande espérance, n'ayant que vingt-sept ans et déjà professeur de théologie au séminaire de Chavagnes. D'une santé fort délicale, ébranlée encore par l'émotion que lui causa l'incendie de 1813, il dût résigner ses fonctions et se retira à Aulnay, sa ville natale, où il mourut le 15 février 1816.
L'abbé Maréchal prit la direction lors de la retraite de Dargenteuil et gouverna le collège avec succès jusqu'en 1880. Cependant, sous la pression des événements politiques qui surgirent cette année, il donna sa démission et l'école secondaire ecclésiastique fut transférée à Pons, où elle est encore prospère.
La municipalité fit tous ses efforts pour rétablir l'ancienne école secondaire laïque, en lui donnant le titre de collège municipal, sous le principalat de Ferdinand de Lacombe, issu d une ancienne famille de l'échevinage de Saint-Jeand'Angély, alors principal du collège d'Angoulême. Deux ans après de Lacombe cédait sa direction à M. Duché, et ce dernier la conserva jusqu'à la chute de l'établissement en 1852, le Conseil municipal de cette époque n'ayant pas cru devoir continuer les sacrifices nécessaires pour le soutenir.
La ville resta donc privée de son principal établissement d'instruction pendant deux années, après lesquelles la congrégation des maristes, par traité passé avec la ville, se chargea de le rétablir. Sous la direction des supérieurs de cet ordre, de La Garde^ Babet, et les deux frères Boisson, le collège paraissait en voie de prospérité, mais à l'expi-
ratioQ du traité en 4882, le Conseil municipal ayant refusé de le renouveler, les maristes laissèrent St-Jean-d'Angély pour La Rochelle.
Le collège, confié de nouveau à des professeurs de Tunivçrsité et soutenu par de larges subventions de la ville et de TEtat, sous la direction successive de MM. Thisse, Combes, de Tessan, Gandoulf^ Dolique et Veillon, aura la réussite que fait présager une excellente direction et un personnel enseignant à la hauteur de sa mission.
Joseph deBonnegens de la Grange succéda comme maire à de La Laurencie ; il réorganisa la garde nationale^ dont une députatiun composée des capitaines Roméo Levallois, receveur des tinances et Louis Jeau-Jeaq, minotier, ancien adjudant de chasseurs à cheval, qui avait rapporté de Leipzig, comme souvenir de ses campagnes, une large balafre et la croix de la Légion d'honneur, fut chargée d'aller à Paris recevoir le drapeau du bataillon. La délégation présentée à Louis- Philîppe, parle général Minot, reçut des mains du roi le drapeau, qu'il remit à Louis Jean-Jean en disant : « Vous êtes encore un de nos anciens braves, c est à vous, à vous que je le remets. »
Jean -Baptiste-Marie Chopy fut nommé maire, en 4833 et obtint la transformation, en dépôt de remonte, de la succursale de Saint-Maixent établie à Saint-Jean-d'Angély depuis quelques années. Son administration fut troublée en 1838^ par une émeute dont la violence contrasta avec le calme ordinaire des Angériens. L'irritation produite par la cherté du blé, s'exhalait en menaces depuis quelques jours, lorsque, le 4 janvier, une légère hausse poussa quelques têtes exaltées à passer des menaces à l'exécution. La foule entoura le minage, malgré la présence des autorités et de la gendarmerie de l'arrondissement, appelée par prudence ; elle s empara des voitures contenant du blé, et le mit en vente au prix de 18 francs, alors que le cours officiel était de 1*5 francs l'hectolitre.
Le maire donna l'ordre à la force armée de faire évacuer le minage^ Comme la gendarmerie pénétrait sous la halle,
les émeutiers raccueillirent par une grêle de pierres ; plusieurs gendarmes furent blessés ; Tun d'eux eût le crâne fracassé et fut longtemps en danger de mort. Pour éviter un conflit sanglant, la gendarmerie reçut Tordre de se retirer sans faire usage de ses armes.
Celte émeute n'eut pas de suites plus graves. Le soir du même jour, la ville avait repris son calme ordinaire, et lorsque les troupes, envoyées en toute hâte, arrivèrent à Saint-Jean-d'Angly, elles trouvèrent le meilleur accueil de la population qu'elles croyaient avoir à combattre.
De nombreuses arrestations furent faites, et les coupables subirent la peine de leur égarement momentané.
L'année suivante, Auguste deGaalon fonda la salle d'asile, ainsi que la société pour l'extinction de la mendicité, et aida des deniers de la ville à la reconstruction de l'hôpital civil. C'est à son administration que la ville est redevable du pont du port.
La création d'un comptoir national d'escompte, créé sur l'initiative d'Auguste Fenioux, maire en 1847, facilita les opérations commerciales ; les bouchers lui doivent le libre exercice de leur profession par la suppression de la taxe sur la viande.
Abel Mousnier, son successeur, vendit aux ursulines de Cbavagnes les bâtiments affectés aux écoles de charité, fondées par M"« Bourgeois-Coybo, à la charge par la congrégation de remplir les volontés de la fondatrice en faveur des enfants pauvres.
La révolution de février 1848 remplaça la monarchie constitutionnelle par la république.
L'impôt des quarante-cinq centimes, voté par l'assemblée nationale la même année, causa une vive émotion dans l'arrondissement de Saint-Jean-d'Angély où, fort mal accueilli, il faillit amener le renouvellement des scènes sanglantes de l'assassinat de Latierce en 1789. L'arrestation d'un greffier de la justice de paix du canton de Saint- Hilaire. révoqué de ses fonctions, et son incarcération à Saint-Jean-d'Angély, attribuée à tort à des motifs poli-
tiques et à son opposition au paiement du nouvel impôt, soulevèrent les habitants des communes d'Aumagne, Aujac^ Authon, Sainte-Méme, Fontenet et La Brousse ; au nombre de plus de mille, ils marchèrent en armes sur Saint-Jeand'Angély, avec Tintention bruyamment manifestée de délivrer le- prisonnier. L'administration municipale, prévenue à. temps, avait posté au pont Saint-Jacques la garde nationale et un détachement de cavaliers du dépôt de remonte, pour barrer la route aux assaillants. Après avoir parlementé quelque tçmps, ces derniers finirent par entendre la voix de la raison et retournèrent sur leurs pas^ après avoir opéré, eux-mêmes, leur désarmement en jetant dans la Boutonne les bâtons dont la majeure partie était armée.
Quelques jours après, des magistrats de Tordre judiciaire, escortés d'une colonne d'infanterie et de cavalerie, parcouraient les communes insurgées et en ramenaient dix-neuf inculpés, tous acquittés dans la suite par la cour d'assises do la Charente Inférieure, devant laquelle ils avaient été renvoyés.
En 1852, un second empire remplaça la république, à la suite d'un coup d'Etat suivi d'un plébiscite.
La plupart des édifices publics construits par le maire Griffon au commenecment du siècle, étaient devenus insuflSs^nts et tombaient de vétusté ; Michel-Texier entreprit la grande tâche de les réédifier, en les appropriant aux nouveaux besoins de la population. Par des acquisitions à Tamiable ou des expropriations forcées, il rendit viables plusieurs rues où la circulation était dangereuse. Il fit construire le marché aux comestibles par l'agent-voyer d'arrondissement Viaud, le minage par M. Bonnet, architecte, une école communale ; dégagea la place da l'hôtel de ville des vieilles constructions qui en rendaient le périmètre irrégulier ; agrandit ou changea de place les divers champs de foire ; éleva une statue au comte Regnand, inaugurée le 23 août 1863, et fit percer une rue reliant le port à la ville.
Il avait formé bien d'autres projets ; mais, épuisé par les
fatigues d'une longue carrière maritime et quinze année? d'administration, il ne put les mettre à exécution. Une noble récompense lui fut décernée par ses concitoyens, aussitôt sa retraite ; sur la proposition d'Auguste Roy de Loulay, son successeur à la mairie, le conseil raunicipal, d'accord avec le sentiment public, donnait le nom de Michel Texier à la rue môme qu'il avait fait percer. Ses successeurs Roy de Loulay, et sous la troisième république, Jean- Baptiste Petit, Alphonse Jouslain^ Nicolas Fastureau, Pascal Bourcy et Joseph Lair, ont eu à cœur de continuer son œuvre.
Le palais de justice, la prison, construits sur les plans de M. Bonnet, architecte de la ville et de l'arrondissement, le jardin public furent inaugurés pendant l'administration de Roy de Loulay.
Lors de l'invasion de notre territoire par les Prusaiens, notre armée improvisée de mobiles et de mobilises a fait noblement son devoir.
Le 8™® régiment de mobiles, composé exclusivement de Saintongeais, se distingua à l'armée de la Loire, dans les combats qui eurent lieu entre Patay et Orléans, du 1''^ au 10 décembre 1870, notamment à Terminiers, où il reçut le baptême du feu et perdit 9o hommes tués, 3 officiers et 250 soldats blessés ; puis au village des Barres, ou le troisième bataillon se signala plus particulièrement en protégeant l'artillerie du général Barry, en danger d'être prise.
Nous croyons devoir reproduire ici le nom des officiers du 8°^® mobile comme un juste hommage rendu à nos concitoyens qui on concouru à la défense de la Patrie ;
Etat-Major
Vast-Vimeux, Charles-Antoine, lieutenant-colonel ; Jean Fesseau, capitaine-Major ; Jean-François Merlot, capitainetrésorier ; Alphonse-Antoine Mantetin, capitaine d'habillement ; Philippe-Aimé David, aide-major; Amédée Hillairet, aide-major ; Louis-Albert Auberge, chef de bataillon
5AIKT-J1AN St
au l "^ ; Antoine- François Ribière, chef de batillon au 2** ; Henri de la Barre, chef de bataillon au 3° ; Cortet, aumônier ; Marie-Auguste Kutt, aumônier.
1^' Bataillon
Capitaines : Gaborit, Delbos, Du Cheyron du Pavillon, Masse, Dumontet, Gravelin, Fradet.
Lieutenants : Bouchet, Séguinaud, Du Cheyron du Pavillon, Desages, BoUon, Gourreau, de Laroy.
Sous-lieutenants : Douillet, Brault de Bournonville, Renaud, Jeaudeau, Bisseuil, Jeud-de-Grissac, de Lafargue.
2« Bataillon
Capitaines : Ventre, Danton, Paris, de Thomasson, Baudard, Roche, Salvain.
Lieutenants : Gruel-Vilieneuve, Leroy, de Cherade de Montbron, Delage deLuget, Robert, Simonneau, Beleufant.
Sous-lieutenants : Roullet, Boutin. Green de Sâint- Marsault, Landriau, Bordesoulle, Bachelier, Ayraud.
3« Bataillon
Capitaines : Blay, Delmas, Gaudefroy, Dussault, Ennen- Jean, de Clauzade^ Allenet.
Lieutenants : Clais, Rousset, de Dampierre, Roy de Louiay, Legardeur de Tilly, Le Berthon, Legendre.
Sous-lieutenants : Boscal de Reals, Morin, Chaudreau, \'ignôlle, Saint-Blancard, Martin Dupont, de Grimouard.
Le maire Bourcy a distribué dans la ville l'eau et la lumière par la création d'un château d'eau et d'une usine à gaz. 11 a inauguré la ligne de fer de Saint- Jean-d'Angély â Taillebourg, le 3 février 1878. Dans une magnifique allocution prononcée par M"'" Thomas, qui présidait la cérémonie religieuse, l'évêque de La Rochelle, rappelant le souvenir patriotique de la bataille de Taillebourg, s'exprimait ainsi : « Parmi les héros et les saints, rappelez- « vous saint Louis^ dont il convient dans les joies de cette <t fête d'évoquer le glorieux souvenir ; il a foulé ce sol, il a
« fait une balte dans vos murs, et c'est par le même
« chemin que sillonnent maintenant ces lignes de fer, que
« parcourent ces wagons, qu'il est allé à Taillebourg
« écrire, avec son épée^ une des plus belles pages de notre
« histoire. ï>
L'ancienne aumônerie de Notre-Dame des Halles, transformée successivement en palais de justice, puis en mairie au commencement de ce siècle, et dont rien de remarquable dans la construction ne rappelait le passé, a disparu devant le superbe hôtel de ville bâti par les architectes Bunel et Bonnet^ inauguré le 25 avril 1886, pendant la mairie de Joseph Lair, par l'amiral Aube, ministre la marine.
C'est le seul des grands projets de construction élaborés par Lair, réalisé pendant son administration ; les deux autres le furent par ses successeurs, MM. Vrignaud, Bourcy et Rabault ; ils consistaient dans le prolongement de la promenade dite le Champ des Jacobins jusqu'à la rue du Petit Manoir, rue que le Conseil vient de débaptiser pour lui donner le nom d'Elisée Loustalot. Puis le théâtre, par la transformation en salle municipale de l'ancienne halle aux marchands, bâtie en 1808, avec les ruines du cloître des bénédictins et délaissée depuis longtemps par les marchands forains.
Lair a fait, au profit de la ville et de plusieurs de ses établissements publics, des legs testamentaires importants, et M"® Lair, légataire de son mari, leur a donné le reste de sa fortune, pour la création d une colonie agricole en faveur des enfants pauvres dans son domaine de Chancelée.
Pour perpétuer la mémoire de ces généreux donateurs le Conseil municipal a changé le nom du Champ des Jacobins en celui de Boulevard Joseph Lair,
Un autre philanthrope angérien, Achille Camuzet, avait déjà fait don à la ville, en 1835, de sa fortune, pour la transformation de sa maison d'habitation en un asile pour les vieillards. L'administration municipale a rappelé ce bienfait en donnant le nom de Camuzet à une rue ouverte
dans un terrain du faubourg Matba compri!^ dans là donation.
Une honorable marcliande de !a ville, M"^*^ Marie -Angèle Penard, veuve de Charles Paînparé, voulant s'associer à ceÈte généreuse création, dont la rôalisatioa était difficile en raison des revenus à peine su I lisants qui lui étaient affectés, y a contribué par le legs de sa fortune entière à la ville avec cette distination spéciale.