PREMIÈRE PARTIE
depuis son origine jusqu'à l'Établissement de sa commune
Saint-Jean-d'Angély doit son origine à l 'abbaye des bénédictins fondée par Pépin, roi d'Aquitaine, près du château qu'il possédait dans la forêt d'Ange ri, sur le bord de la rivière la Boutonne. Des découvertes faites il y a quelques années seulement, lors du percement de la rue' dé la fontaine du Coi, aujourd'hui rue Pépin-d'Aquitaine, permettent d'affirmer que, antérieurement au château de Pépin, il existait sur le même emplacement, une villa romaine dont l'origine et la splendeur sont attestées par les fragments d'une riche mosaïque découverte pendant les fouilles, ainsi que par les nombreux morceaux de marbre taillés en losange recueillis dans les environs. La construction toute remaine de l'aqueduc de la fontaine du Coi, qui amenait d'une distance de trois kilomètres les eaux de la source du Rousseau au palais, et plus tard à l'abbaye à qui elle fut donnée ainsi que le ruisseau d'Oriou, dont elle était la source principale, par Kadelon, vicomte d'Aunay, vers 1025, est une autre preuve irrécusable de l'établissement des Romains en ce lieu. Quoiqu'il en soit, l'histoire
de Saint-Jean-d'Angély ne commence qu'au ix^ siècle^ avec la fondation de Tabbaye.
Les vieux auteurs ont appelé Saint-Jean-d'Angély de bien des manières différentes : Angériacum, Fanitm sancti Joannis Angcriaci, Sanctus Johannes de, Angeliaca, Sancium Angetiu/n, Saut Angeliaca, Angeria, dont on a fait Angen\ Angeli, puis Saint-Jean-dWngéli à partir de la découverte du chef de saint Jean-Baptiste jusqu'au XV® siècle, et, enfin, Saint-Jean-d' Angcl y , orthographe usitée depuis, sauf durant la période révolutionnaire pendant laquelle la ville a pris le nom (TA/igélg-BoiUonne. Après le siège de 16121, Louis XIII supprima les. privilèges de la ville et la réduisit ainsi à l'état de simple bourg ; il voulut même, pour rendre sa vengeance plus retentissante, lui imposer le nom de Bourg-Louis, mais toute l'autorité royale ne put suffire à maintenir ce nom, qui ne figure que dans de rares titres.
Pour se conformer aux désirs de son père. Pépin, roi d'Aquitaine, fils de Louis-le-Débonnaire et petit-fils de l'empereur Charlemagne, fit construire en 817 ou en 8!2o, près de son château d'Angéri, un monastère sous le patronage de saint Jean Baptiste. Le caractère du lieu, peut-être 'aussi l'espoir de tirer quelque profit des pèlerins qui y venaient en foule, engagèrent quelques familles à s'y établir au commencement du xr siècle. Elles y construisirent des habitations sur des terrains concédés par les moines, moyennant le paiement d'une redevance annuelle appelée la maille d'or, et jetèrent ainsi, avec les serfs affranchis de l'abbaye qui obtinrent les mêmes concessions, les premiers fondements de la ville.
Cette origine royale du monastère d'Angéri n'aurait pas suffi à lui attirer si promptement la renommée qu'il acquit, si la légende miraculeuse de la relique de saint Jean- Baptiste n'était venue exciter la piété des fidèles. Voici cette légende, telle qu'elle a été écrite par un moine inconnu, et imprimée à la suite des œuvres de saint Cyprien ; les auteurs ecclésiastiques les plus autorisés nient son authen-
ticitô ; de notre côté, c'est à titre de curiosité que nous la rapportons :
« Après avoir essuyé bien des vicissitudes, depuis le jour où saint Jean-Baptisté fut décollé à Samarie par Tordre du cruel Hérode, les reliques du précurseur de Dieu reposaient à Alexandrie, dans la basilique élevée en son honneur par Tenapereur Théodose. Un moine d'Occident, appelé Félix, ayant entrepris le voyage de Jérusalem, eut une vision dans la nuit. — Lève-toi, lui dit une voix, et marche jusqu'à Alexandrie. Là, tu trouveras la chapelle où est déposé le chef de saint Jean-Baptiste ; tu t'en empareras, et, reprenant le chemin de la Gaule, tu le porteras en Aquitaine, dans un lieu que je t'indiquerai.
» Le moine exécuta sans rencontrer d'obstacles l'ordre qu'il avait reçu, et, renfermant dans un reliquaire le trésor qui lui était confié, regagna promptement le rivage de la mer, où il trouva une barque préparée par les anges pour le recevoir. Il s^'embarqua avec un autre religieux, qui avait fait avec lui le même pèlerinage, et prit la mer en louant le seigneur.
» Pendant que la barque voguait sur les ondes soulevées, Félix dirigea un regard vers le ciel, et, les bras levés, s'écria : Mon Dieu, vous qui avez marché pieds nus sur les flots, qui avez tendu une main secourable à saint Pierre en danger de se noyer, et préservé trois fois saint Paul du naufrage, protégez-nous contre cette mer en fureur et conduisez-nous promptement au terme de notre voyage pour y déposer le précieux trésor que nous portons.
» A peine avait-il achevé sa prière, qu'une colombe blanche comme la neige, sortie d'un nuage lumineux, -vint se poser sur la poupe du navire et s'y tint jusqu'à ce que les pieux navigateurs eussent atteint le rivage d'Aquitaine. Aussitôt que la terre fut en vue, ils dirigèrent la barque vers le port d'Angoulins^ sur la côte de l'Aunis.
» Après être débarqués sur le rivage et s'être reposés un peu, ils se mirent en marche sans savoir où le ciel les conduirait.
» C'était le temps où, fuyant leurs climats sau âges et poussés par la soif du butin, les pirates Scandinaves commençaient à venir sur les côtes de l'Occident chercher de Tair et du soleil. Lorsque les religieux débarquèrent sur le rivage d'Angoulins, une sanglante bataille venait d'avoir lieu entre les pirates du Nord et le roi d'Aquitaine.
. » Tel avait été le succès de l'armée de Pépin, que pas un pirate n'avait échappé au carnage, et que le monarque n'avait perdu que vingt de ses gens. Après cette victoire signalée, Pépin^, ayant assemblé ses guerriers et fait asseoir son camp non loin du champ de bataille, s'était endormi profondément sous sa tente.
» Au plus fort de son sommeil, une voix se fit entendre à son oreille : — Paresseux, lui cria-t-elle, pourquoi dors-tu ? Apprends que le chef du grand saint Jean-Baptiste, apporté du fond de l'Orient, vient d'arriver en ces lieux, et que c'est par son mérite que Dieu t'a donné la victoire sur tes ennemis. — Seigneur, que faut-il faire, demanda le roi endormi, et où trouverai-je ce grand saint?... La voix reprit : — Derrière ton camp s'avancent des religieux en habits de pèlerins ; marche à leur rencontre en grande humilité, reçois de leurs mains la sainte relique, et tu connaîtras bientôt la puissance de Dieu.
» Cependant les moines étaient arrivés à deux milles du rivage de la mer, lorsqu'ils virent la terre jonchée de cadavres. Félix fut d'abord saisi de frayeur ; mais, se remettant bientôt, il encouragea son compagnon et poursuivit sa route par des sentiers détournés. Sur le soir, ils construisirent une cabane de feuillage et y passèrent la nuit.*
» Le lendemain, au matin, lorsque le roi d'Aquitaine fut réveillé, il se rappela les paroles qu'il avait entendues pendant son sommeil,, et consulta un vieillard sur ce qu'il convenait de faire. 11 fut décidé que le prince déposerait ses ornements royaux, revêtirait un cilice, et irait, suivi de ses officiers, comme lui les pieds nus et couverts de cendre, au-devant des serviteurs de Dieu.
)) Lorsque Félix vit arriver le roi dans son humble appa-^ reii, il marcha à sa rencontre, le salua, lui donna le baiser de paix, et lui fit connaître l'objet de sa mission. Alors tous deux se mirent dévotement en prière ; et le n\oine, élevant sur ses bras la glorieuse relique, entonna un hymne auquel d'autres religieux répondirent en chœur.
» Au bruit de ce pieux concert, Tarmée entière accourut. au nombre de trente mille hommes. Les soldats,' portant sur des litières les cadavres de leurs vingt compagnons d'armes tués dans le combat de la veille, se mirent à prier Dieu de rendre la vie à ces corps inanimés, par Tintervention du saint précurseur. En même temps, ils les approchèrent l'un après l'autre de la châsse où était renfermé le chef du martyr. A peine les cadavres eurent-ils effleuré le précieux reliquaire, qu'ils se dressèrent soudain, comme s'ils se fussent éveillés d'un profond sommeil.
» A la vue d'un miracle aussi éclatant, toute l'armée jeta un, cri de joie et d'admiration. Les moines portant les saint^îs reliques se mirent en marche, suivis du roi et de ses guerriers. Ils arrivèrent ainsi à un lieu nommé Voutron, d'où ils atteignirent, à travers les marais de-Jrfallevault, le château d'Angéri. Le chef sacré fut déposé dans la chapelle du château dédiée à la Vierge.
• » Bientôt après s'éleva au bord de la Boutonne une église où la relique du bienheureux fut enfermée, avec des parfums, dans un ciboire décoré de six colonnes en marbre et scellé avec de la poix. Auprès de cette basilique fut institué un couvent de nombreux religieux chargés de desservir à perpétuité l'autel du précurseur de Dieu. »
Quelques années après sa fondation, en 860, le monastère d'Angéri fut détruit de fond en comble, ses moines furent égorgés, ses ornements et ses vases sacrés pillés, dans une des incursions des Normands, ces pilleurs du nord, qui, remontant la Charente, ravagèrent aussi Saintes et Angouléme, ainsi que les châteaux et les monastères d'alentour. Angéri resta pendant un siècle enseveli sous ses ruines et n'en sortit qu'en 0G!2, année pendant laquelle les comtes
SALNT-JEAN
Roger et Eble sollicitèrent et obtinrent de Louis d*Outremer l'autorisation de relever le monastère, dont ils confièrent la direction à Martin, abbé de Saint-Cyprien de Poitiers, qui Tadministi'a jusqu'à sa mort.
Ce fut pendant Tadministration de Tabbé Martin que le monastère reçut en don d'Arilandus et de son épouse Guiburgis, la maison qui leur appartenait à Piniacus (Saint- Denis-du-Pin), dans le vicariat d'Angéri, au pays d'Aunis, avec toutes les terres en dépendant, ainsi que la forêt d'Essouvert.
Cependant, d'après les annales de Tordre de Saint-Benoit, Guillaume, surnommé Tcte d'Etoapc, comte de Poitiers, est considéré comme le véritable restaurateur de Tabbaye, qu'il combla de libéralités, dans Tespoir de se faire pardonner la spoliation qu'il avait commise en s'empaiant de la couronne ducale à la mort de Louis d'Outremer. Au nombre des largesses que ce prince fit aux moines pour s'attirer la protection de saint Jean-Baptiste et de saint Révérend (ce dernier, dont le nom ne figure pas dans les anciens martyrologes, était alors considéré comme le second patron de Tabbaye, dans laquelle son corps reposait dans une chapelle qui lui était dédiée), on voit figurer Saint-Savinien sur la Charente, avec son église ; Fontenet et son église ; Muron ; Benon et ses deux chapelles, lune dédiée à saint Pierre, l'autre à saint Révérend ; la rivière la Trésence jusqu'à la Boutonne ; la forêt d'Essouvert, confrontant d'une part à Mallevault, d'autre part à la rivière la Boutonne, du troisième côté à la Trésence ; plus les serfs dont les noms suivent, attachés à la culture des terres comprises dans la donation; Marcardus, sa femme, ses enfants, et tout ce qui lui appartenait ; Aimericus, sa femme et tout ce qu'il possédait, soit trois cents aires de marais salants et des droits de pèche ; un autre Marcardus, sa femme, ses fils et toute sa postérité ; un autre Aimericus, surnommé Mauvaise Tcte, sa femme, sa postérité et tout ce qui lui appartenait sur terre, sur mer et dans les abîmes ; Bonetus, sa femme et ses salines ; Dol vertus, sa femme et sa fille.
A labbé Martin succéda Ayinon comme lui abbé de Saint-Cyprien, et à ce dernier succéda Alduin.
Ce fut l'abbé Alduin qui, en l'an 1018, faisant faire des fouilles dans les ruines de l'ancienne église abbatiale détruite par les Normands pour en utiliser les matériaux, trouva une tête d'homme enchâssée dans une pierre taillée en forme de pyramide, qu'il crut être la précieuse relique à laquelle le monastère devait sa fondation. Il s'empressa de faire connaître cette découverte importante à Guillaumele-Grand, duc d'Aquitaine, alors en pèlerinage à Rome, qui, de même que ses prédécesseurs, avait protégé et comblé de richesses les moines d'Angôri. Le duc s'empressa de revenir et fit enfermer cette tète célèbre dans un reliquaire en argent massif sur lequel on lisait cette inscription : Hir jacet rapuf pnrcursoris Domi/ii, (Ci-git la tête du précurseur du seigneur). Puis il donna en l'honneur du saint des fêtes splcndides, auxquelles furent conviés les plus puissants seigneurs de l'époque. Tous s'y rendirent , avec empressement. Isambcrt, seigneur de Chàtclaillon, avec un nombreux cortège de barons, vint des premiers se prosterner devant la sainte relique; puis le roi Robert, fils de Hugues Capet, et la reine Constçincc, son épouse ; Guy Sanche, roi de Navarre ; don Sanche, duc de Gascogne ; Rudes, comte de Champagne, et une foule de prélats et de pèlerins de toutes qualités faisant des vœux et déposant des offrandes. Le roi des Français, entr'autres, fit don *de riclies ornements et d'une conque en or pur pesant trente livres, dans laquelle on déposa depuis le chef de saint Jean-Baptiste lorsqu'on l'exposait aux yeux des tidcles, et qui figura dans les armoiries de l'abbaye et do la ville jusqu'au commencement du siècle dernier où l'ignorance la fit remplacer par une coupe.
Une prédiction sinistre, en jetant partout l'épouvante, contribua puissamment à l'extension des propriétés territoriales des monastères, et principalement de celui d'Angéri. L^nc interprétation d'un texte de l'Apocalypse indiquait l'an iOOO de rincarnation comme devant être la fin du monde. Dans cette attente, fouillant dans son passé, chacun
chercha à évit<^r les, peines éternelles qu'il pouvait avoir méritées, en comblant de richesses les religieux dont il sollicitait les prières. Alduin était alors abbé d'Angéri. Le duc Guillaume d'Aquitaine, sentant la nécessité de faire oublier à Dieu les fautes de son passé, donna aux moines d*Angéri le monastère qu'il avait fait construire à Charente en l'honneur de la Vierge Marie, avec des terres, des vignes et autres dépendances, l'église de Saint-Pierre-d'Arzillières (Arzilerias), avec tout ce qui en dépendait, les terres arables et les vignes composant une métairie exploitée par un nommé Adelardus, puis Villefollet, sur la Boutonne, avec tout ce qui en relevait, ainsi que des marais appelés Ivius et Alduinus.
Le redoutable millésime approchait. Quand il fut passé, la ferveur continua de plus belle, et l'on vit se multiplier partout les donations. Un miracle fut même signalé au monastère d'Angéri, disent les chroniques de Tépoque, à l'occasion de la découverte du chef de saint Jean-Bapliste, disparu depuis le sac de l'abbaye par les Normands. Ce miracle rendit au monastère sa renommée d'autrefois. Le voici tel qu'il est rapporté :
Pendant une des principales cérémonies religieuses célébrées à cette occasion, Théodclin. abbé de Maillezais, auquel l'abbé Alduin avait cédé l'honneur d'officier, exposa la relique aux regards et à la vénération de la foule, qui encombrait l'église, H, dans l'intention d'en avoir une parcelle, dit la légende, il profita du moment où il s'inclinait devant elle, pour en détacher une dent, qu'il tint cachée dans sa bouche. Au même instant il fut frappé de cécité, et il ne recouvra la vue qu'après avoir reconnu publiquement la profanation qu'il venait de commettre. L'assemblée se retira frappée de respect, et raconta partout le miracle.
Comblé dos largesses de Hugues Capet, de Guillaume Tête d'Etoupe et de leurs successeurs, le monastère s'enrichit encore, dans la suite, des offrandes que lui apportèrent les pèlerins de toutes les parties de la chrétienté, dans Tespoir de voir opérer en leur faveur un dos nombreux
iniracles attribués chaque jour à l'intercession de saint Jean-Baptiste, de saint Révérend et aussi de saint Léonard, dont les reliques avaient été déposées dans Tabbaye. Ce dernier, disait-on, possédait le pouvoir de chasser le démon du corps des possédés.
Ces immenses richesses furent pour les moines une cause de ralentissement de zèle qui les fit dévier de la voie tracée par leur fondateur ; et le duc d'Aquitaine fit venir à Angôri, en 1018, saint Odilon, abbé de Cluny, pour rétablir dans le monastère l'autorité de la règle cle saint Benoit. L^abbé Alduin étant mort au cours de cette réformation, Odilon nomma pour lui succéder Raymond, son disciple, qui mourut lui-même quelque temps après, et fut remplacé par l'abbé Aymerick.
Comme on le voit, le duc d'Aquitaine tenait en haute estime la piété et l'austérité de saint Odilon et de ses moines et les récompensa des services qu'ils lui rendaient en donnant à leur église de Cluny, sous le vocable de saint Pierre et saint Paul, l'atelier monétaire de Saint-Jeand'Angély avec tous ses profits, à la condition que la frappe y serait faite dans les mêmes conditions de poids et d'alliage qu*à celui de Poitiers, c'est-à-dire que le poids de douze deniers serait formé par un alliage de cinq deniers et une obole d'argent avec six deniers et une obole de cuivre. Cette donation fut confirmée par la duchesse Agnès pendant sa régence et ensuite par son fils Guy Geoffroy. L'abbé de Saint-Jean-d'Angély n'avait donc pas le droit de battre monnaie, comme on l'a cru, et si aucune pièce de monnaie de Tatelier de cette ville n'a encore été trouvée, croyonsnous, cest parce que la monnaie devait y être frappée au coin du duc d'Aquitaine comme celle de Poitiers.
Aymerick venait de prendre la direction du monastère, lorsqu'une rixe sanglante se produisit on ne sait à quel sujet, entre les hommes de l'abbé et les serviteurs du duc Guillaume, au nom duquel la justi?e était encore rendue à Angéri. Le prévôt du duc. ayant voulu intervenir, fut tué dans la bagarre, ainsi que plusieurs de ceux qui lui
prêtèrent main forte. Sa maison, contiguë au monastère, fut renversée. Foulques le Noii., comte d'Anjou, (jui êt^it avec le duc lorsque cette nouvelle lui parvint, conseilla à ce dernier de se venger en chassant les moines d'Angéri et en les remplaçant par des chanoines. Mais Guillaume ne voulut pas pousser sa vengeance jusque-la, ce qui fait supposer que tous les torts n'étaient pas du côté des serviteurs de l'abbaye.
Sentant approcher la (In de sa carrière, Guillaume d'Aquitaine, dans le but d'obtenir le pardon de ses péchés, fit don, en 10:27, au monastère, d'une métairie de son alleu du pays d'Aunis, l'île de Marencennes, appelant les tourments de l'enfer sur ceux qui transgresseraient sa volonté.
Trois ans après, Emma do Maretay, femme de Bernard, augmentait encore la propriété territoriale du monastère. Par son testament daté du V> juillet 10M0, elle élisait sa sépulture dans l'abbaye d'Angéri, où un de ses frères était religieux, et, pour assurer l'exécution de ses dernières volontés, elle donnait aux moines une partie de son domaine d'Aujac, afin que, par leurs prières, ils lui fissent obtenir la grâce éternelle au jugement dernier.
Les richesses des moines d'Angéri, sans cesse augmentées, finirent par soulever contre eux des haines violentes et des menaces dont ils surent détourner les elïets en sollicitant l'appui du Saint-Siège et le secours des foudres spirituelles. Le pape Jean XIX. par un bref daté des calendes do mai 1031, mit l'abbé d'Angéri et ses moines sous la protection de tous les archevêques, évéques, ainsi que des plus puissants seigneurs des Gaules, spécialement de Guillaume, duc d'Aquitaine ; Geoffroy, comte d'Angouléme ; Ilélie, comte de Périgueux ; des fils d'Hugues de Lusignan, Guillaume de Parthenay ; Guillaume de Talmont ; Guillaume, fils de Kalon (Kalonis), de Cognac (Castello Oniaco) ; Aymeric de Taillebourg ; Guillaume de Surgères. Par ce bref, le pontife engageait les seigneurs à traiter les moines avec douceur, et spécialement leur abbé, chargé de faire respecter la règle de saint Benoit, leur promettant, en échange,
la bénédiction du fils de Marie, de son précurseur, du bienheureux Pierre, la rémission de leurs péchés, et leur part de paradis avec Abraham, Isaac, Jacob, le confesseur saint Révérend et les autres saints ; et les menaçant, dans le cas où ils agiraient violemment envers les moines^ de Tanathème du Seigneur, du sort d'Anne, de Caîphe et de Judas, ainsi que de ceux auxquels le Seigneur a dit : « Allez, maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges ! »
I^ bref du pape produisit son effet, notamment sur les seigneurs de Taillebourg, car on voit dans un aveu d'avril 1403. rappelant un précédent de 1288, rendu par Jean Larchevesque à Tabbé de Saint-Jean-d'Angély, que ce seigneur avait charge de protéger et défendre l'abbaye contre toutes voies de fait et violences, de prendre au besoin renseigne de saint Jean et se mettre à la télé des hommes de l'abbaye.
En l'année 1048 fut inaugurée Téglisé nouvellement achevée du monastère. Guillaume, dit Aigret ou le Hardt\ fils de la comtesse Agnes et de Guillaume le-Grand, qui venait de succéder à Othon, duc d Aquitaine, assistait à la cérémonie d'inauguration^ ainsi que sa mère, avec laquelle il fit publiquement réparation des exactions qu'ils avaient commises envers le monastère et ses dépendances, et déposa sur l'autel une charte ainsi conçue :
« — Sachent tous que moi, comtesse Agnès, le jour où monseigneur Arnoux, évoque de Saintes, le vénérable Guillaume, évêque d'Angouléme^ et l'honorable Bruno, évêquo d'Angers, sont venus consacrer l'église de Saint-Jean, j'ai assisté à la cérémonie avec mes deux fils, Guillaume, comte de Poitiers, et Guy. son frère. Placés, durant cette consécration, devant l'autel de saint Jean-Baptiste, mes fils et moi nous nous sommes purgés, en présence de Dieu, des saints évoques, de monseigneur Geoffroy, abbé du monastère, et de tous les assistants, des maléfices, violences et exactions que nous avions commis envers le monastère et les églises de sa dépendance.
i) Pour réparation de quoi nous donnons à perpétuité, au précurseur de Jésus-Christ, le bourg de Saint-Jean avec les églises qui s'y trouvent et les terres, fontaines, rivières et moulins en dépendant, que les rois des Francs et les ducs des Aquitains lui avaient cédés autrefois, mais qui lui furent ravis depuis par des spoliateurs impics. Mes fils et moi nous restituons pareillement et confirmons à Téglise de saint Jean-Baptiste le privilège de préserver do toutes poursuites ceux qui viendront s'y réfugier, quels que soient les crimes dont on les accusera. Nous voulons que les manans, artisans, menuisiers, jardiniers, et autres hommes de l'abbaye, vivent libres au service des moines, et qu'ils ne puissent être emmenés â la guerre, à moins qu'ils ne soient appelés par le comte pour la défen.se du pays.
» Que les clercs, chevaliers, veuves et pèlerins qui traverseront, pour un pieux motif, les domaines du monastère, voyagent sous la sauvegarde de Tabbé et de l'église, et si le comte, la comtesse ou quelqu'autre a sujet de se plaindre des hommes de Tabbaye, l'abbé seul en fera la justice, et nul de ses gens ne pourra être traduit hors de sa cour.
» Nous promettons de n'exercer à l'avenir aucune violence sur les voyageurs qui iront ou viendront par les terres de l'abbaye. L'abbé aura une escorte dans le bourg de Saint- Jean, et s'il veut conduire quelqu'un, suit en personne, soit par ses hommes, nul ne pourra l'inquiéter à l'aller ni au retour. Ses vicaires et préposés feront justice des délits qui leur seront dénoncés ; ils prononceront des amendes, et personne ne pourra leur faire violence ni leur résister; quand les hommes de l'abbaye auront pris les armes pour la défense de l'abbaye et le maintien de ses droits, ils ue devront compte qu'à l'abbé du sang qu'ils auront verso pour cette cause, en quelque lieu que ce soit.
» Labbé est maître souverain. Tout ce que nous possédons dans le bourg de Saint-Jean procède aujourd'hui de lui seul. Quiconque voudra avoir ne recevra que de lui, et il donnera à qui bon lui semblera. Si une chose est mise
en vente nul ne pourra Tacbeter qu'autant que Tabbé n'en voudra pas, et il aura quinze jours de crédit. Personne autre que lui ne pourra avoir de crieur public. Si quelqu'un veut vendre ou acheter une maison, une vigne ou une autre terre, la vente ou Fachat ne pourra avoir lieu que du consentement de Tabbé, à cet effet, le vendeur et Tacheteur comparaîtront à son tribunal, et ce qu'ils auront fait sans son assentiment sera nul. Si Tabbé a sur une maison un droit de cens, ne fût-il que d'un sou ou d'une obole, toute la maison tombera dans son domaine, et nul autre ne pourra Toccuper, Tac guérir ou la transmettre à autrui^ quand même il y aurait un droit plus fort que celui de Vabbé.
» Comme l'église ne peut, à raison de sa pauvreté, payer le subside annuel qu'elle nous doit selon sa coutume, lorsque nous viendrons, nous ou nos successeurs, dans le bourg de Saint-Jean, chacun de nous recevra^ au réfectoire de labbaye, pour tenir lieu du droit que nous avons perçu jusqu'à présent, une prébende égale à celle qui, ce jour-là, sera attribuée à chaque moine.
» Et afin que tout ce qui est ci-dessus écrit soit observé à perpétuité, chacun de nous a brûlé sur Tautel de saint Jean-Baptiste un grain d'encens, comme gage de notre sincérité et comme un hommage dont l'odeur est agréable à Dieu. Si quelqu'un à l'avenir, roi, duc, comte, clerc ou séculier, prétendait anéantir cet acte de notre volonté, il sera sommé trois fois de faire satisfaction à l'église ; s'il s'y refuse, qu'il soit à jamais privé de nos dignités et de nos domaines, et qu'il subisse, dans le fou éternel allumé pour le diable et ses mauvais anges, le châtiment de son iniquité. Pour ceux, au contraire, qui respecteront nos dispositions, que la paix de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec eux, qu'ils régnent heureux dans ce monde, sur notre patrimoine, et qu'ils recueillent, dans l'autre, les fruits d'un héritage éternel. »
Le 18 août iOoO, Ostende, fils de Constantin et d'Emmeline, seigneur de Taillebourg, donna aux moines d'Angéri
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l'église de Sainte-Marie de Champdolent, avec des vignes, des moulins, et le droit de pécho dans la Boutonne.
Le successeur de Guillaume Aigrct. Guy Geoffroy, qui, à son avènement, prit le nom de son prédécesseur, bravant les peines éternelles appelées par le bref de Jean XIX sur les spoliateurs du monastère, n'hésita pas, pour enrichir son ami Guillaume d'Angouléme, sans pour cela bourse délier, de dépouiller l'église de saint Jean-Baptiste de ses vases sacrés et de ses riches ornements. Mais Guillaume, accablé de remords, les restitua à sa mort à l'église à la condition que des prières pour le repos de son âme seraient dites chaque année dans l'abbaye (1058).
Dans la confrontation des biens de l'abbaye établie dans les Içttrcs de Louis d'Outremer et de Hugues Capet, en 931 et 990, la forêt d'Essouvert est bornée d un côté par les terres de Mallevault (Mallevallis), Senegundis, dame du dit lieu de Mallevault, voulant renoncer au monde, en fît don en 1060 à Téglise de saint Jean-Baptiste, aiosi que de tout ce qu'elle possédait dans la forêt d*Essouvert ; plus des terres, prairies et moulins situés près d'Angéri, ne se réservant que la jouissance d'un moulin pour subvenir à ses besoins. Cette donation faite, elle entra dans un monastère.
A sa mort, son fils Aimerick s empara violemment des biens dont sa mère l'avait dépouillé au profit de l'église. Poursuivi en restitution par l'abbé Eudes ou Odon^ successeur de Geoffroy, il se repentit et concéda les mômes biens au monastère, par une charte qu'il déposa sur l'autel de saint Jean-Baptiste, après y avoir fait de sa main une croix, ainsi que le duc d'Aquitaine et les seigneurs présents, ce qui ne l'empêcha pas, lors de son mariage avec Alais, fille d'Hugues de Surgères, d'en dépouiller de nouveau l'église d'Angéri pour doter une de ses filles, mariée avec un chevalier nommé Ostende de Saloinc. Enfin, cette fille étant morte, en 1060, Aymerick II donna irrévocablement son patrimoine à l'église, prit l'habit dans le monastère d'Angéri, où il mourlit, et fut inhumé près de sa mère. Il laissait un
fils Hugues, qui se fit moine, à l'exemple de son père, et finit sa vie dans le même monastère.
Souvent, au déclin, de leur vie, les puissants soigneurs étaient pris de scrupules au sujet des biens dontils s'étaient emparé au détriment de Téglise. Il en fut ainsi de Guillaume^ vicomte d'Aulnay, qui restitua en 10C8, à labbaye d'Angéri, Téglise de Saint-Martial et autres biens dont il l'avait dépouillée, voulant effacer à l'article de la mort les fautes qu'il avait commises envers les moines.
Un peu plus tard, en 1074, Guillaume de Matha, étant au château de Taillebourg, concéda à la même abbaye une partie de la forêt de Bagnizcau, dont l'abbaye possédait déjà l'autre paitie.
Depuis la réforme opérée en 1018 par Odilon, abbé de Cluny, dans l'abbaye d'Angéri, les moines de ce monastère avaient acquis une telle réputation de piété, que le pape Urbain II, alors à Saintes, et occupé à réformer les monastères du pays où régnait l'indiscipline, leur confia le rétablis-^ement de ceux contre lesquels il était obligé de sévir. Les chanoines de Tonnay-Charente furent au nombre de ces derniers ; Geoffroy, seigneur du lieu, petit-fils de Masselin, leur fondateur, finit par les expulser de Tonnay- Charente, et les remplaça, avec l'autorisation du pape, par des moines réguliers de Saint-Jean-d'Angély. Depuis cette époque (1092-1096), l'abbé de Saint-Jean-d'Angély nommait celui de Tonnay-Charente. Ce dernier avait le droit d'assister à l'office qui se célébrait le jour de la Nativité dans l'église de Saint-Jean-d'Angély, assisté d'un de ses moines et de son sacristain, et d'encenser l'autel pendant la cérémonie.
Le pontife soumit, en outre, à l'autorité de Tabbé Ausculf le monastère de Bassac, où la dissipation avait remplacé la règle, et plaça l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély et ses possessions sous la sauvegarde spéciale du siège apostolique.
Pour mettre le comble à cette prospérité, Amatus, archevêque de Bordeaux et légat du Saint-Siège, concéda aux moines de Saint-Jean-d'Angély, à la sollicitation de
Tabbé Ausculf, les revenus de huit églises du diocèse de Bordeaux. Le môme prélat fit décider en leur faveur, au concile de Bordeaux, un procès qu'ils poursuivaient contre Tabbé do Saint-Mai xent, au sujet de l'église de Maretay, donnée au moutier de Saint-Jean-d'Angély par l'évéque Ramnulphe, et dont la possession ne lui avait pas été contestée pendant trois ans (1098-1099).
Depuis Tan mil, la foi n'avait cessé de se développer chez les chrétiens, et chaque années des milliers de pèlerins se rendaient en Palestine, malgré les difficultés et les dangers du voyage, pour s'incliner sur le tombeau du Christ. Les papes Silvestre II et Grégoire VII avaient formé le projet de profiter de l'enthousiasme général pour reconquérir Jérusalem et le tombeau du Christ; mais ils n'avaient pu mettre à exécution leur projet, lorsque la prise de Jérusalem par les Turcs, et les persécutions que ceux-ci exerçaient contre les pèlerins, vinrent tout à coup réveiller avec une force irrésistible le désir de le réaliser.
A la voix de Pierre l'Ermite; le héros des légendes populaires, qui croyait avoir reçu de Jésus-Christ la mission d'aller prêcher la délivrance de son tombeau et la guerre contre les infidèles, la France se leva au cri de « Dieu le veult », lancé au concile de Clermont par Urbain II et une foule de barons et de vilains, de clercs et de gens d'épée, même des femmes et des enfants, arborèrent sur leur poitrine la croix rouge, signe de leur engagement dans la lointaine expédition.
Le duc d'Aquitaine fit partie de cette première croisade et s'y prépara en offrant à Dieu et à saint Jean-Baptiste une femme serve nommée Cavilla et ses enfants. Il fit cette donation à Mauzé, en présence de Josselin, Guillaume et Pierre, qu'il embrassa en signe de leur ancienne amitié.
Les moines d'Angéri furent reconnaissants à Guillaume de cette libéralité. A la mort de Tabbé 'Ausculf un débat s'engagea au sujet de l'élection de son successeur, entre les moines de Saint-Jean-d'Angély et ceux de Cluny. Ce:^ derniers prétendaient avoir le droit d'imposer un abbé de
leur choix depuis qu'Odilon était venu réformer le monastère de Saint-Jean-d'Angély ; cette prétention fut repoussée par les premiers. Le différent fut vidé, en 1103, par Arnald, archevêque de Bordeaux, Ramnulphe, évêque de Saintes, et le duc d'Aquitaine. Les deux prélats nommèrent le troisième fils du duc, Henri, qui était moine de Cluny, mais il fut convenu qu'après sa mort l'abbé ne pourrait plus être choisi que parmi les moines de Saint-Jean-d'Angély.
Guy Geoffroy, frère de Guillaume Aigret, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, avait succédé, comme il a déjà été dit, à ce dernier, mort au siège de Saun\ur, en 1058, et avait pris le nom de Guillaume, avec la couronne ducale. Parvenu à un âge très avancé, d'où lui fut donné le surnom de « vieux », il voulut, en 1123, racheter de la damnation éternelle son âme et celle de ses parents, en donnant, aux églises de saint Jean-Baptiste et saint Révérend, l'église de Loulay et son presbytère, qui se trouvaient alors dans l'évêché de Saintes et le comté de Poitiers, et qu'il détacha de son patrimoine, avec les droits de sépulture, de baptême, et les offrandes et dîmes de toute la Jarrie.
Quelques années après cette donation, le violent duc d'Aquitaine, irrité de ce que les moines de Saint-Jean d'Angély avaient pris parti pour le pape Innocent III, tandis que lui-même sur les conseils de Gérard, évêque d'Angoulême, avait embrassé celui d'Anaclet, envahit leur église le jour de la nativité de saint Jean-Baptiste, pendant l'office ; en présence de la foule remplissant l'église, il dispersa les moines et s'empara des riches offrandes déposées sur l'autel . Il ne tarda pas à se repentir de cette profanation, et, quelques temps après, sur les vives exhortations de saint Bernard, il vint humblement, à pareil jour, dans la même église, la tête nue et les épaules découvertes, se reconnaître coupable de son crime; pour le racheter, il donna aux moines son palais d'Angéri et ses dépendances, confirma les privilèges accordés îi l'église de saint Jean-Baptiste par ses prédécesseurs, et conféra le droit d'asile au monastère.
« Au nom de Dieu, moi, Guillaume, duc des Aquitains,
fait savoir à tous, présents et à venir, que, pour le salut et soulagement de mon âme et de celle de mes parents, je fais don et concession à Dieu et à l'église angérienne, qui a été fondée en l'honneur de saint Jean-Baptiste, et aux moines qui y servent le Seigneur, de mes maisons, logis, cours et clôtures, que mes prédécesseurs, ducs des Aquitains, avaient eus et possédés en face du monastère. En outre, je confirme les anciennes coutumes de l'église de saint Jean dans ce bourg, et je veux qu'à Tavonir elle en jouisse librement^ entièrement et en toute sécurité. Et si un criminel se réfugie dans le monastère de saint Jean, que personne ne Ten arrache, quelle que soit sa faute ; mais qu'à labri de toute attaque il y jouisse du droit d'asile comme dans une église.
» J'ai fait cette concession dans le chapitre de saint Jean- Baptiste, entre les mains de Hugues, alors abbé élu do cette église, pour le salut de mon âme, et surtout pour avoir envahi cette église le jour de la nativité de saint Jean-Baptiste, attaqué les moines qui y célébraient l'oflice, et confisqué à mon profit les oblations de cette môme église.
» C'est pourquoi je me suis déclaré coupable et criminel dans ce chapitre, où j'ai fait cette concession en présence de tous les moines ; et, sortant du chapitre devant eux et mes barons, pieds. nus et tenant en main des verges, je me suis humblement avancé jusque devant l'autel, sur lequel se trouvait le chef du précurseur ; là, m'étant prosterné, je me suis accusé et reconnu coupable de ces crimes et de ces attentats, et, pour en faire réparation, j ai déposé ladite concession sur l'autel de saint Jean, et pour que l'église saint Jean jouisse constamment et dans leur plénitude de tous ces privilèges, je l'ai confirmée de ma propre main par le signe de la croix, et livrée à mes barons et à tous les assistants pour la corroborer.
» Sont témoins de cette concession, Hugues, abbé élu de l'église angérienne, etc.
» Fait Tan du seigneur 113 1, sous le pontificat d'Anaclet II, Gérard étant évoque d'Angoulême et légat de la sainte
Eglise romaine, Guillaume, évêque de Saintes, et Louis, régent de France avec son fils Philippe. »
La richesse du monastère, la confiance que les papes accordaient â ses moines, la protection des plus puissants seigneurs, les pèlerins qui venaient en foule de toutes les parties du monde, avaient porté assez loin le nom de la ville en mémo temps que celui du monastère, pour qu'un géographe arabe, nommé Edini, qui vivait de 10î!0 à 1164, la cite comme une des cités importantes du Poitou et fixe la distance qui la séparait des villes voisines.
On peut faire remonter à cette époque les fortifications primitives de la ville ; il est probable, en efïet, que la maison donnée par le duc à Tabbaye était protégée au moins par des fossés et que le voisinage d'un si puissant seigneur était une garantie de sécurité pour les Angériens. Cette garantie disparue, ces derniers durent pourvoir à leur propre sécurité et firent au bourg une ceinture de fossés, garnie ensuite d'une palissade. Plus tard, en présence d'un danger imminent ils élevèrent des murailles avec des pierres tirées à la hâte sur les lieux mêmes ; ce qui explique les excavations nombreuses qui sillonnent la ville, et qui ont servi depuis aux habitants à faire des caves et des refuges en cas de siège et de prise d'assaut, pour sauver leurs familles et leurs richesses du viol, du pillage et de l'incendie.
Le vieux duc ne crut pas avoir fait assez pour son salut ; en H37, il concéda aux mêmes moines tous ses droits sur la conche d'Esnandes, afin qu'ils pussent y établir des pêcheries, complétant ainsi la donation déjà faite â Dieu, à saint Jean- Baptiste et aux moines d'Angéri, vers 1425, par Raoul de Mauléon et Rivaille, sa femme, de ce qui leur appartenait dans le prieuré d'Esnandes, tant en droit d'étalonnage, de rivage et de vente, que tous autres.
La grande faute commise en Ho2 par Louis-lc-Jeune, en répudiant Eléonore, duchesse d'Aquitaine, qu'il soupçonnait d'infidélité, amena le mariage de celle-ci avec Henry, duc de Normandie, comte d'Anjou et du Maine, héritier de la couronne d'Angleterre qu'il prit, en 'lloi, à la mort du
roî Etienne, son cousin, faisant passer TAquitaine sous la domination de TAngleterre. Pour se faire bienvenir de ses nouveaux sujets, Henry leur confia les premières charges de son duché, les plus riches terres et les grandes seigneuries, au détriment des Français, qui en étaient pourvus jusque-là. Ces derniers ainsi brutalement dépossédés de ce qu'ils considéraient comme leur appartenant de droit se tournèrent contre le roi d'Angleterre. Louis-le-Jeune, comprenant alors la faute qu'il avait commise, se ligua avec eux et commença cette longue suite de guerres dont Saint-Jeand'Angély eut particulièrement à souffrir et qui ne prit fin que lorsqu'une simple bergère, conduisant à l'assaut nos plus vaillants guerriers, chassa définitivement nos ennemis séculaires.