‹ Saint-Jean-d'Angély: d'après les archives de l'échevinage et les sourcesChapitre 3 sur 24 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

A PARTIR DK l'ÉTABUSSKMENT DE SA COMMUNE JUSQU'AUX GUERRES DE RELIGION

Jusqu'en 1204, la ville de Saint-Jean-d'Angély n*a pour histoire que celle de son monastère de bénédictins ; mais, à partir de cette date, rétablissement de sa commune lui donne une existence propre dont l'importance annule peu à peu lancienne prépondérance de l'abbé et lui permet d'occuper une place considérable dans l'histoire civile, religieuse et politique de la Saintonge.

Une population laborieuse et dépendante s'était agglomérée autour du monastère, et était passée de la vie rurale proprement dite à des commencements plus ou moins grossiers de la vie urbaine. Le régime purement domanial s'était altéré par le mélange de certaines pratiques ayant le caractère d'institutions publiques ; pour le soin de la police et le jugement des délits de peu d'importance, les villageois servaient d'aides et d'assesseurs à l'intendant ; et cet oflicicr, pris parmi eux et de même condition qu'eux, devint une sorte de magistrat municipal. Ainsi, du droit de propriété joint à l'esprit d association, .sortirent pour les petites sociétés naissantes les premiers éléments de l'existence

civile ; l^esprit du bien-être, qui ne se repose jamais, les conduisit bientôt plus avant. Dès le commencement du xi^ siècle, les habitants des bourgs et des bourgades, les vilains, comme on disait alors, ne se contentaient plus de Tétat de propriétaires non libres : ils aspiraient à autre chose; un besoin nouveau, celui de se décharger d'obligations onéreuses, d'affranchir la terre, et avec celle-ci les personnes, ouvrit devant eux une nouvelle carrière de travaux et de combats. Les habitants du bourg de Saînt- Jcan-d'Angély étaient alors dans ces conditions et leurs aspirations ne tardèrent pas à se réaliser.

Philippe-Auguste, jaloux de voir les plus belles provinces de son royaume dans la possession des Anglais, résolut de chasser l'étranger. La Normandie, indignée contre le roi d'Angleterre, qui lui avait refusé les secours qu'elle lui demandait pour résister au roi de France, se rendit sans coup férir à ce dernier. Enhardi par ce premier succès, Philippe se dirigea sur le Maine, TAnjou, la Touraine, le Poitou et la Saintonge, dont il se rendit maître en peu de temps. Dans le but de récompenser les Angériens, qui s'étaient prononcés pour lui contre le roi d'Angleterre, et aussi pour créer, selon sa politique, une force assez puissante pour contrebalancer le régime féodal, qu'il voulait abaisser, Philippe leur accorda sur leur demande des lettres de commune, datées de Sens, en 1204, dont les articles réglementaires étaient semblables à ceux de Rouen, Falaise et Angouléme :

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, nous, Philippe, par la grâce de Dieu roi des Français, faisons savoir à tous, présents et à venir, que nous avons concédé à perpétuité, à nos chers et féaux jurés de la commune de Saint-Jean-d'Angély, et à leurs héritiers, la perpétuelle durée et l'inviolable confirmation de leur commune jurée à Saint-Jean-d'Angély, afin qu'ils puissent mieux défendre et plus intégralement conserver tant nos droits que les leurs propres, sauve néanmoins et réservée la foi qu'ils nous doivent, ainsi que nos autres droits et ceux de nos héritiers,

sauf aussi les privilèges de la sainte et vénérable église du bienheureux Jean-Baptiste d'Angély. et de toutes les autres églises.

» Voulons, en conséquence, ordonnons et établissons qu'ils possèdent- à perpétuité, gardent, maintiennent et défendent toutes les libres coutumes de la ville de Saint- Jean ; que, pour les garder, maintenir et défendre, pour conserver nos droits et ceux de nos héritiers, ainsi que les leurs propres et ceux de la sainte église, ils exercent et emploient, s*il est nécessaire, contre tout homme, toute la force et la puissance de leur commune, sauf la foi qu'ils nous doivent et à nos héritiers. »

Voici maintenant les articles de la commune donnés à Sens en novembre 1Î204 :

« Article premier. — Lorsqu'il faudra faire un maire à Saint-Jean d'Angély, les cent pairs éliront trois personnes de la cité, et les présenteront au roi, qui en prendra une pour être maire.

» Art. !2. — Chaque année, les cent pairs éliront entre eux vingt-quatre personnes, dont douze seront nommées échevins et les douze autres conseillers. Avant d'entrer en charge, ces vingt-quatre personnes jureront de conserver les droits de l'église et ceux du roi, de rendre la justice suivant leur conscience, et de garder le secret sur les affaires communes lorsque le maire l'ordonnera.

» Art. 3. — Le maire et les échevins s'assembleront deux fois la semaime pour les affaires communes, et ils pourront appeler à leur assemblée ceux des conseillers qu'ils jugeront à propos de consulter. Le maire, les échevins et les conseillers s'assembleront tous les samedis ; et les pairs de quinzaine en quinzaine, le même jour. Ceux de ces officiers qui, sans excuse valable, ne se trouveront point à ces assemblées avant Theure de prime, ou qui s'en retireront, ou qui ne se rendront pas près du maire lorsqu'il les demandera, paieront une amende.

» Art. 4. — L'échevin qui voudra aller en voyage en demandera la permission au maire et aux échevins dans

l'assemblée du samedi ; ces derniers choisiront une personne pour remplir la place de l'absent.

» Art. 5. • - Si. dans une assemblée, un échevin interrompt le maire dans son discours, ou une personne a qui le maire a permis de parler, celui-ci lui impof^era silence ; s'il continue d'interrompre celui qui parle, et que celui-ci. soit un bourgeois, cet échevin paiera une amende de douze deniers, dont huit seront employés aux dépenses communes, et les quatre autres distribués aux clercs et aux serviteurs.

» Art. 6. — Les échevins, les conseillers et les pairs qui, dans les assemblées, sortiront de place sans la permission du maire, pour donner leur avis, paieront une amende de douze deniers, qui seiont employés conformément à l'article précédent.

» Art. 7. — Si, dans les assemblées de l'échevinage, une personne dit des injures à une autre, le maire et les échevins la puniront.

D Art. 8. — Si le maire viole les lois de la commune, la peine à laquelle il sera condamné sera du double plus forlc que celle que l'on infligerait à un échevin pour le même délit, parce qu'il doit Texemple aux autres.

» Art. 9. — Si quelqu'un réclame une chose qu'il prétend lui appartenir, et qui a été trouvée en la possession d'un voleur convaincu, et s'il peut prouver que cet objet lui appartient, il lui sera rendu, et le voleur mis au pilori. Si celui-ci a été condamné à mort, il sera exécuté. S'il a été condamné à perdre un membre, il sera mis, ainsi que ses biens, entre les mains des juges royaux, qui en feront justice.

» Art. 10. — Si un bourgeois tue un autre bourgeois et qu'il prenne la fuite, et qu'il soit convaincu, sa maison sera détruite; et, si on peut le saisir, sa personne et ses biens seront remis entre les mains des juges royaux.

)) Art. 11. — Si un bourgeois fait perdre un membre à un autre bourgeois, les juges royaux lui feront son procès, et l'amende à laquelle ils le condamneront appartiendrafau

roi. Les juges de la commune pourront encore le condamner à une autre peine pour ce délit.

» Art. 12. — Si quelqu'un excite une sédition à Saint- Jeïin d'Angély, il pourra être condamné sur le témoignage de deux échevins ou conseillers, et aussi sur le témoignage do deux pairs. I^ peine que lui infligeront le maire et les échevins sera plus ou moins grande suivant le délit et sa conduite ordinaire.

» Art. 13. — Celui qui aura dit des injures à un autre sera condamné sur le témoignage de deux pairs, et sera puni par le maire et les échevins, suivant les injures et sa conduite ordinaire ; s'il n'y a point eu de pair qui ait entendu les injures, on fera le procès à Taccusé suivant la coutume du pays.' *

» Art. 14. — Si quelqu'un est mis au pilori, non pour avoir volé, mais pour avoir contrevenu aux règlements de la commune, celui qui l'insultera payera vingt sols, dont cinq seront donnés à celui qui est au pilori, et cinq employés aux dépenses communales. Si celui qui a fait l'insulte ne peut ou ne veut payer cette amende, il sera mis au pilori.

w Art. lo. — Les femmes qui aimeront les procès et seront médisantes seront liées avec une corde sous les aisselles et seront plongées trois fois dans l'eau. Les hommes qui les insulteront dans cet état paieront dix sols, et ceux qui leur feront des reproches sur leur beauté paieront dix sols et seront plongés trois fois dans l'eau.

» Art. 16. — Si quelqu'un qui n'est pas de la commune fait quelque tort à un bourgeois, on l'engagera à le réparer ; s'il refuse de le faire, il sera défendu au bourgeois d'avoir aucun commerce avec lui, à moins que le roi ou son fils ne soit à Saint-Jean d'Angély, ou que l'on y tienne les assises : celui qui contreviendra à cette défense sera puni. Si l'étranger persiste à ne pas réparer le tort qu'il a fait, le maire et les échevins en avertiront lo^ juges royaux et feront rendre justice au bourgeois.

» Art- 17, — Si quelqu'un demande justice au maire et

aux échevins d'une injure qui lui a été faite, ils devront la lui rendre, et lui faire jurer de ne point se venger de cette injure; s'il s'en venge, il sera puni comme coupable d'un faux serment.

)) Art. 18. — Si un bourgeois qui a commis un délit qui doit être jugé par le maire et les échevins, engage quelques personnes à intercéder pour lui, afin que la peine h laquelle il doit être condamné soit mitigée, cette peine, si ce n'est pas le roi qui demande grâce pour lui, loin d'être mitigée, sera plus forte.

)) Art. 19. — Un bourgeois peut prouver sa bourgeoisie par le témoignage de deux autres bou.'^geois.

)) Art. 20. — Si un clerc ou un chevalier est débiteur d'un bourgeois, et qu'il ne veuille pas se soumettre, à ce sujet, à la juridiction du maire et des échevins, les bourgeois ne feront aucun commerce avec lui et ne le logeront point dans leurs maisons, à moins que le roi et son fils soit à Saint-Jean-d'Angély, ou que les assises s'y tiennent. Si un bourgeois commerce avec lui ou le loge, il paiera le montant de sa créance ; s'il persiste à ne point vouloir se soumettre à la juridiction du maire et des échevins, la commune donnera sa protection au bourgeois, afin de lui faire rendre justice.

» Art. 21. — S'il s'élève un procès entre des bourgeois, . touchant quelques marchés ou quelques conventions qui auront été faits en présence de deux échevins, il sera terminé sur le témoignage de ces deux échevins, en conséquence du serment qu'ils ont fait en entrant en charge. Si ces échevins sont sortis de charge, ce procès no pourra plus être terminé que par leur serment. Si un échevin et un ou plusieurs pairs ont été témoins de ces marchés ou de ces conventions, le procès sera jugé sur le seul témoignage de l'échevin et sur le serment des pairs. Le serment de trois pairs suffira pour juger ce procès. Si les marchés ou les conventions n'ont pas été faits devant des échevins ou des pairs, le procès sera jugé suivant la coutume du pays. S'il ne s'agit dans le procès que de dix sols ou au-dessous, il

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sera jugé sur le seul témoignage des pairs présents à la convention.

» Art. 22. — Si quelqu'un revendique une terre, il donnera des cautions et des gages pour poursuivre sa demande ; et, s'il y succombe, il paiera cinquanle-neuf sols d'amende.

)) Art. 23 et 24. — Si quelqu'un revendique une terre devant son juge, ou s'il demande le paiement d'une somme qui lui est due, le juge décidera, dans un temps marqué, les contestations qui se seront élevées à ce sujet, et, s'il ne le fait pas, le maire et les échevins les jugeront, à moins que ce juge n'ait de légitimes excuses qui . leur soient connues.

^ Art. 25. — Si une personne doit une somme qu'elle ne puisse ou ne veuille pas payer, son créancier sera payé sur ses bienS;, si elle en a assez pour le satisfaire. Si ces biens sont insuffisants^ elle sera mise hors de Saint-Jean d'Ansélv jusqu'à ce qu'elle ait donné caution. Si ce débiteur est trouvé dans la ville avant que d'avoir donné caution, il sera mis en prison et il n'en sortira point qu'il n'ait payé cent sols, et qu'il n'ait juré de ne revenir à Saint-Jean d'Angély qu'après avoir donné caution.

» Art. 26. — Si un étranger se pourvoit devant le maire et les échevins contre un bourgeois qui est son débiteur, son seigneur pourra revendiquer le jugement de ce procès ; mais, s'il ne le juge pas dans trois jours, il sera jugé par le maire et les échevins.

» Art. 27, — Lorsque les officiers de la commune feront un voyage par l'ordre du roi^ ou par celui de ses juges, le corps de ville nommera ceux qui resteront à Saint-Jean d'Angély pour la garde de la ville. Si uç officier de la commune se trouve dans la commune après l'heure marquée pour le départ, ceux qui doivent garder la ville lui feront son procès, et sa maison sera abattue ; s'il n'a pas de maison il paiera cent sols. Si, dans la route, un officier de la commune se .sépare des autres sans la permission du maire et des autres officiers, il sera puni. y>

L'importance de !a ville fut encore augmentée par le choix qu'en fit le même roi Philippe pour Télablissemcnt de, la justice royale. Il y institua un sénéchal chargé de juger les différends (jui excédaient la compétence de la juridiction communale ; son ressort comprenait toute la partie de la Saintongc qui reconnaissait l'autorité du roi de France, et Saint-Jean d'Angély devint par ce fait le chef-lieu de la province, rang qu'il conserva pendant deux siècles et demi.

Cependant Saint- Jean d'Angély ne devait pas rester longtemps fran(;ais ; l'Angleterre, indignée,' força le roi Jean à sortir de son apathie et à faire un effort pour reprendre les possessFOus qu'il s'était laissé enlever, faute de les avoir secourues. Il équipa une flotte considérable, vint débarquer à La Roclrelle, et reprit bientôt queUiues places, parmi lesquelles Saint-Jean d'Angély ; puis il s'avança dans le Poitou à la rencontre de Philippe-Auguste. Ce dernier, ne se trouvant pas en force, dispersa ses troupes et revint à Paris. Mais informé que Guy, vicomte de Thouars, le baron du Poitou, sur leciuel il avait le plus compté, venait de faire sa soumission au roi Jean, et que celui-ci avait incendié Angers, il revint immédiatement avec de nouvelles troupes. Jean sans Terre ne l'attendit pas pour le combattre, et se dirigea précipitamment sur La Rochelle, où il mit à la voile pour l'Angleterre. Philippe ne profita pas de l'avantage que la fuite de l'ennemi lui donnait pour se remettre en possession des villes que lui avait prises Jean sans Terre; et, l'année suivante (lî207), il conclut avec ce dernier une trêve de deux ans par la médiation de la cour de Rome.

Depuis son honteux retour en Angleterre, Jean sans Terre, eu butte aux sarcasmes de ses sujets, avait cherché à se réhabiliter en préparant une nouvelle expédition contre le le roi de France. Il se fit dos partisans dans les principales villes de l'Aquitaine par des largesses, tandis que dans le nord il se liguait avec les comtes de Flandre^ de Boulogne, et les ducs de Brabant et de Lorraine. Pendant que ces derniers occupaient Philippe sur les bords du Rhin, Jean sans Terre débarquait une seconde fois à La Rochelle, le

14 février 1214, avec uneartnée nombreuse. Il s*^tait rendu maître de presque tout le Poitou, lorsqu'il fut arrêté par le prince Louis, qui le repoussa et reprit toutes les conquêtes faites dans TAnjou par son adversaire. Philippe-Auguste, vainqueur à Bouvioes, étant venu réunir ses troupes à celles de son fils, força Jean sans Terre à demander la paix, qui fut signée le 18 septembre 1214 ; Tabbé de Saint-Jean-d'Angélj' figurait à ce traité comme député du roi d'Angleterre. t Au commencement de Tannée 1215, Guilbelme Maéngot, fils de Berthe, seigneur de Surgères, se rendit, accompagné do ses ' chevaliers^ dans le chapitre deS bénédictine de Saint-Je^n-d'Angély. Là, en présence de Tabbé Hélie <dt de ses moines, pour le salut de. la reine Aliénor, de son très illustre mari Jean, roi d'Angleterre, et de ses fils, il se démit solennellement, en faveur de Dieu et de Tèglise du bienheureux Jean-Baptiste, de tous les droits qui lui appartenaient, soit à titre héréditaire, soit par concession du roi Jean et de la reine Aliénor, sur les prieurés de Muron, Charentenay et Perrière, relevant de Tabbaye de Saint- Jean-d'Angély, ainsi que sur leurs hoipmes et dépendances. Il n'excepta de cet abandon que les hommes connus de toute antiquité sous la dénomination de « coutumiei's », appartenant au prieuré de Perrière, bien que Tabbé et le couvent de Saint-Jean-d'Angély soutinssent qu'il n avait aucun droit sur le prieuré, ou que, s'il en avait jamais eu, il .s'en était depuis longtemps dessaisi à leur profit.

Guilhelme Maéngot défendit, en conséquence, à ses héritiers et à ses baillis, de lever à l'avenir, soit sur les trois prieurés, soit sur leurs hommes et dépendances/ sauf sur les coutumiers du prieuré de Perrière, aucun droit de^ milice, service, cens, taille ou autre exaction, et d exercer envers eux aucune violence. «

Il donna en outre, aux prieurés de Charentenay et de Perrière,' la faculté de prendre dans la forêt d'Argenton (Benon), hors la présence de ses baillis ou sergents, des branches d'arbres pour se chauffer et le bois nécessaire pour l'entretien de leurs bâtiments et ustensiles, sans toutefois

lôur permettre de vendre ou de donner à qui que ce fut le bois provenant de la forêt, bien que Tabbé et le couvent de Saint-Jean-d'Angély prétendissent que les prieurés ^e Charentenay et de Perrière avaient été de tout temps en la possession d'un pareil droit.

En sortant du chapitre, Guilhelme Maêngot alla dans l'église, suivi de Hugues son fils, et tous les deux, les mains posées sur l'autel du bienheureux saint Jean-Baptiste, confirmèrent de leur propre bouche ces libéralités, promettant de les respecter à jamais et d'employer tout leur pouvoir pour en ftiire jouir l'église de Saint-Jean-d'Angély.

De leur côté, l'abbé et le couvent s'obligèrent à payer au seigneur de Surgères et à ses héritiers, en lieu compétent, une rente annuelle de cent sols, monnaie courante. Et voulant lui octroyer, comme ils l'eussent fait à l'un de leurs frères, les grâces éternelles, ils s'engagèrent à entretenir dans leur église un prêtre dont l'unique occupation serait de prier pour le salut de Guilhelme, de ses aïeux et de toute sa lignée. Enfin ils promirent qu'après sa mort, son anniversaire et celui d^e ses parents seraient célébrés chaque année, en grande solennité, dans le couvent de Saint-Jeand'Angély.

Le 19 juillet de la même année, Jean sans Terre qui, après son traité de paix avec Philippe-Auguste, tenait sa cour à Cognac, laissa cette ville pour Saint-Jean-d'Angély ; il y resta peu de temps, obligé d'aller en Angleterre calmer l'irritation que sa conduite y avait causée. Il mourut Tannée suivante sans avoir revu les bords de la Charente.

Aussitôt son avènement au trône, Henri III, son successeur, écrivit au maire de Saint-Jean-d'Angély, de même qu'aux plus puissants seigneurs de la Saintonge et de l'Aunis, pour les engager à lui conserver la même fidélité qu'a son prédécesseur.

« Nous vous adressons d'innombrables actions de grâce, écrivait-il, le 22 décembre 1216^ au maire de Saint-Jeand'Angély, pour les bons et loyaux services que vous avez rendus au roi Jean, de bonne mémoire, notre père et

seigneur, et que vous devez nous rendre encore. Nous vous prions de persévérer envers nous dans le fidèle attachement que vous avez toujours eu pour lui. »

Et, sachant que l'intérêt est le plus puissant mobile qui dirige les hommes, le roi eut soin, chaque fois que le corps de ville de Saint-Jean-d'Angély députait vers lui, en Angleterre, quelques-uns de ses membres, pour affaires intéressant la commune, de les indemniser de leurs frais de voyage pour ne pas grever les ressources communales, et y ajoutait toujours quelques cadeaux pour les députés. Ku 1221, Henri III faisait payer vingt sols par son trésorier, à Regnault de la Marche, envoyé de Saint-Jean-d'Angély, et lui remettait comme présent une tunique, un manteau de bcunette noire, et une casaque de peau de lapin.

Il chercha même a attirer les juifs dans son parti, en les autorisant a résider librement dans les bonnes villes de son domaine, et recommanda, dans ce but, à Savary de Mauléon, son séneschal en Poitou et Gascogne, de les traiter avec ménagement, de les protéger au besoin, mais à condition que ceux établis à Saint-Jean-d'Angély notamment, lui paieraient une taille de quatre livres par feu.

Mais ni les flatteries ni les cadeaux n'empêchèrent les Angériens de saisir la première occasion qui se présenta de se soumettre volontairement au roi de France.

La trêve conclue en 1244 avec Jean sans Terre, et renouvelée avec Henri III, fut rompue en 1223, à la mort de Philippe-Auguste, par Louis le Lion. Ce prince, impatient de satisfaire la rancune qu'il nourrissait contre les Anglais, depuis la malheureuse expédition tentée par lui pour prendre possession de la couronne d'Angleterre, qui lui avait été offerte en 1214, ayant passé la Loire, défit en Poitou Savary de Mauléon, prit Niort, et se dirigea sur Saint-Jean-d'Angély. Quand le corps de ville apprit la venue du roi de France, il se rendit processiounellement au devant de lui avec Tabbé et les moines du monastère, lui offrit les clefs de la ville, et le reçut avec les plus grands honneurs, ainsi que les seigneurs de sa suite.

Après quelques jours de repos, Louis se dirigea sur La Rochelle, et c'est pendant le siège de celte ville^ qu'il confirma par lettres les privilèges accordés à l'abbaye par le duc Guillaume, en récompense de la part importante que l'abbé avait prise dans la reddition volontaire de Saint- Jean-d'Angôlv.

« Voulant donc que les choses susdites (les privilèges énumérés dans la charte du duc Guillaume de 1131) soient établies, nous avons cru devoir ajouter que nous concédons les même droits, possessions, libertés, coutumes, qu'eut l'abbaye d'Angéri, et qu'elle posséda tranquillement sous Henri et Richard, autrefois rois' d'Angleterre, et du vivant de notre père, et surtout le respect constant et inviolable de lasile de l'abbaye. Et, afin que ceci demeure ierme et stable à toujours, nous avons confirmé la présente charte par l'autorité de notre sceau et l'apposition de notre nom royal, réservant nos droits et ceux d'autrui en toutes choses:

» Fait à Dompierre, près de La Rochelle, l'an du Seigneur 1224, et premier de notre règne.

y> Présents dans notre palais ceux dont suivent les noms et sceaux : Robert, le bouteiller ; Barthélémy, chamberrieh Mathieu, connétable.

» De notre propre maiii :

» Ainsi, signé

» Louis. ))

Les rois et les grands seigneurs n'étaient pas alors les seuls à se faire la guerre ; les monastères se querellaient aussi entre eux ; seulement, ces djerniers n'employaient pas les armes pour vider les différends : ils les soumettaient presque toujours à un médiateur, qui imposait un compromis dont bénéficiait le plus puissant.

Les frères mineurs, établis près de Saint-Jean-d'Angély, sur le bord de la Boutonne, désiraient fonder un oratoire. L'abbé Geoffroy s'opposait à cette fondation, dans la crainte de voir diminuer les revenus de son église. N'ayant pu réussir dans son opposition, il fit en sorte de leur interdire

les cérémonies lucratives, ne leur laissant que celleâ qui ne rapportaient rien. Voici le traité passé entre les parties devant Hélie II, évèque de Saintes.

a — Sachent tous, dit Tévêque Hélie, que les frères mineurs. aspirant à établir un oratoire clans les maisons qui leur ont été concédées près de- la ville de Saint-Jeand'Angély, au bord de la rivière qu'on nomme la Boutonne, et qu« Geoffroy, abbé de Saint-Jean-d'Angély, réclamant contre cette prétention, parce que le couvent des frères mineurs est situé tant sur un fief appartenant à l'abbaye que dans la paroisse même de Téglise de Saint-Jean, ce qui les conduirait à de nouvelles dépenses, nous avons, du consentement de l'abbé et de son couvent d'une part, et des frères mineurs de l'autre, réglé leur différend ainsi qu'il suit :

» Ledit abbé et son couvent ont permis aux frères mineurs de bâtir un oratoire dans ledit lieu, autant toutefois qu'ils pourront rentretenir sans aucune dépense à la charge do Téglise de Saint-Jean, ce qu'ont accepté les frères mineurs. Lesdits frères ont promis de ne recevoir, à titre de pieuses largesses, ni terre, ni dîmes, ni prémices, ni autres choses immobilières, et, dans le cas où ils en recevraient, de les appliquer à l'usage et au profit de l'église de Saint-Jean-r d'Angély. Ils n'accepteront non plus aucune offrande mobilière en pain, en deniers, en encens, et en quelque autre matière que ce soit ; et s'ils viennent à en recevoir, comme toutes les oblations appartiennent au camérier et au chapitre de Téglise de Saint-Jean, et que la part revenant à chacun est déterminée, celle qui appartient au camérier lui sera restituée fidèlement, inté^^ralement et dévotement, ainsi qu'au chapelain celle qui est affectée à la chapelle.

« Les frères mineurs n'auront ni autel en pierre, ni cimetière, et lorsque quelqu'un d'entre eux viendra à décéder, il sera inhumé dans le cimetière des moines d'Angély. Ils ne pourront administrer les sacrements de l'Eglise dans leur oratoire qu'aux frères de leur ordre, et ne permettront qu'à ceux-ci, autant qu'il dépendra d'eux, d'y célébrer les

divins offices. De plus, les frères mineurs ne célébreront point, dans leur oratoire, les dimanches ni les jours de fête, avant que la messe n'ait été dite au peuple par le chapelain de l'église de Saint-Jean-d'Angély.

€ Si l'abbé ou le couvent de Saint-Jean ou leurs successeurs s'aperçoivent, par la suite, qu'il peut résulter de la présente concession quelque dommage pour leur église, et que les frères mineurs refusent d'y porter remède après en avoir été avertis, les premiers pourront, de leur seule autorité, révoquer ladite concession. Mais si l'abbé et le couvent de Saint-Jean prétendaient molester les frères mineurs en dérogeant aux articles ci-dessus établis, nous aurions, ainsi que nos successeurs, du consentement des parties, le pouvoir de connaître du différend, et contraindre à faire satisfaction, soit l'abbé et le couvent, dans le cas où la vexation serait prouvée, soit les frères mineurs, s'ils venaient à enfreindre les clauses du présent traité.

t Ces choses ont été arrêtées de l'aveu tant de l'abbé et du couvent de Saint-Jean-d'Angély que de Benoit, ministre des frères mineurs pour la province de Bordeaux, à la demande desquels nous avons fait écrire et sceller de notre sceau la présente charte, dont un double a été remis audit abbé de Saint-Jean-d'Angély, l'autre aux frères mineurs.

» Fait l'an du Seigneur 1225, au mois de mars. »

La comtesse Agnès montra sa munificence envers la religion et l'église en donnant au monastère de Saint-Jeand'Angély, du consentement de son époux et de son fils, au mois de février 1227, la dime d'une île appelée « Poius Cerverius », située près du monastère de Sainte-Sévère (Charente), etconfrontant d'une part à « Campus Cerverius», cTautre part à des terres possédées par la comtesse.

Le roi d'Angleterre, pour se venger de la facilité avec laquelle les villes de la Saintonge s'étaient rendues au roi de France, donnait à ses alliés du continent, notamment à Savary de Mauléon, des lettres de marque les autorisant à s'enrichir en pillant et ravageant les terres de ses ennetnis. Savary de Mauléon vint porter la désolation jusqu'aux

-apportes de Saint-Jean-d'Angély. Louis IX, craignant que Hugues de Lusignan, comte de la Marche, surnommé Hugues le Brun, marié en secondes noces à la veuve de Jean sans Terre, mère d'Henri III d'Angleterre, ne suivit l'exemple de Savary de Mauléon, le combla de faveurs, et consentit à user de son influence auprès de la princesse Elisabeth de France, sa sœur, pour la décider à conclure le mariage que l'ambitieux comte de la Marche avait projeté entre elle et Hugues, son fils aîné. Louis IX lui céda même, en 1230, son château de Saint-Jean-d'Angôly et plusieurs autres, comme gage de l'exécution de ce projet puisqu'il fut convenu que les villes cédées feraient retour au domaine royal en cas de réalisation du mariage projeté.

Mais un motif d'amour-propre exagéré fit oublier, en 1242, au comte de la Marche, et les engagements pris envers le roi de France et son propre intérêt. Obligé de rendre la foi et l'hommage qu'il devait au duc Alphonse, comme feudataire du duché d'Aquitaine, lorsque Louis IX donna ce duché en apanage à son frère, l'orgueilleux comte ne put supporter ce qu'il regardait comme une humiliation, et, pour s'en venger, engagea le roi d'Angleterre à rompre la trêve conclue, en 1236, avec le roi de France, lui promettant l'appui des forces considérables dont il disposait.

A la nouvelle que toute la haute Saintonge s'était déclarée pour le roi d'Angleterre, Louis, à la tête d'une formidable armée, vint combattre les Anglais et les Aquitains dans les plaines de la Saintonge ; il prit en chemin plusieurs villes et forteresses ; puis Tonnay-Boutonne, Saint-Jeân-d'Angély et Taillebourg lui ouvrirent leurs portes. Ce fut sous les murs de cette dernière forteresse qu'eut lieu le fameux combat du pont de Taillebourg, forcé par Louis, et ensuite la bataille de Saintes, qui termina cette guerre par Tanéantissement de l'armée de Richard III et l'humiliation de ses partisans.

Saint-Louis n'avait pu se défaire de ses doutes sur la légitimité de l'arrêt de confiscation rendu en 1203 contre Jean sans Terre, meurtrier d'Arthur de Bretagne ; sous

cette impression, le 20 mai 1259, il confirma à Henri III la souveraineté de diverses provinces, et lui donna toute la terre que le duc d'Aquitaine tenait en Saintonge, à titre de fief ou de domaine, par delà la Charente ; c'est-à-dire la Saintonge depuis la Charente jusqu'à la Gironde. Par ce traité, la Saintonge se trouva scindée, du levant au couchant, en deux territoires, dont la Charente devint .la ligne séparative. Le roi d'Angleterre eut le midi, avec File d'Oleron, et le roi de France conserva le nord, avec 1 lie de Ré, La Rochelle, Saint-Jean-d'Angély et Taillebourg.

Par une clause expresse du traité, il fut stipulé que kt justice serait rendue au nom du roi de France dans la partie du territoire de la Saintonge cédée aux Anglais. Saint Louis retint le droit de haute juridiction sur toute la Saintonge du sud, c'est-à-dire qu'il fut convenu que son sénéchal de Saint- Jean-d'Angély connaîtrait en appel de toutes les. sentences rendues par les baillis et sénéchaux du roi d'Angleterre de la rive gauche de la Charente, et que, lorsque ces sentences seraient infirmées, les officiers qui les auraient rendues seraient passibles d'une amendé au profit du roi de France.

Après ce traité, la prévôté royale de Saint-Jeau-d'Angély fut mise en adjudication, aux enchères publiques, et adjugée, en 1239, au maire et aux prudhommes de Saint-Jean-d'Angély, moyennant huit cent soixante livres, ce qui leur donnait le droit de nommer le prévôt, à la charge seulement par. ce dernier de prêter serment au comte de Poitiers.

Le prévôt du roi ou juge prévôtal, avait dans ses attributions la connaissance des infractions à la police et l'instruction des affaires criminelles lors que les accusés n'étaient ni bourgeois ni jurés de la commune, auquel cas elle appartenait de droit au maire. Cette magistrature créée en 1331 par Philippe de Valois, fut supprimée en loOO, pendant les troubles religieux. Guillonnet-Merville ne cite que les noms de deux prévôts, nous en avons recueilli un plus grand nombre dont voici la liste ;

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Alericus, prévôt du duc d'Acquitaine en. . 1030

Girbert, prévôt du comte de Poitou vers.' 1048

Gilbert de la Folatière, prévôt <Ie St-Jeân vers. 1082 Guillaume et Aimery, frères, prévôts de Saintonge. liOl

Guillaume Floridi 1311

Hélies Autîroy 1374

Pierre Càjats, dit Malicorne 1397

Huguet de Fors 1410

A y mer i' de Besse, juge du ppéïôlde la ville de Si Jenn-d'Angéli . 1411

Regnaud Dagueneau 1412

Jeban Bagueneau 141»S

Jehan Forea, prévôt fermier du roi 1420

Jehan Dangiers 142o

Robin Dorgières 142t)

Jehan Gaschet, prévôt fermier du roy vers 1490

Jehan Dauvy, juge de la prévôté de St Jehan. 1498

Martial Colineau 1KB2

Jean Leblois 1566

Elie Malat (sans date)

Paul Régnier, grand prévôt du roi 1641

Ce dernier prend cette qualité dans Tacte de baptême de sa fille Louise, inscrite sur les registres paroissiaux de Saint-Jean-d'Angély de 1641. 11 est probable qu'il était délégué par la sénéchaussée, chargée après le" siège de 1621, du jugement des affaires de police. Il s'était donc paré d'un titre qui ne lui appartenait pas.

Atteint de violentes douleurs rhumatismales, Alphonse, comte de Poitiers, avait fait vœu, s'il guérissait, de prendre part à une nouvelle croisade. Revenu à la santé, il se prépara à 1 accomplissement de son engagement par des aumônes aux églises et aux monastères de son domaine.

Etant venu à Saint-Jean-d'Angély au mois de mars 1269. il entra un jour dans l'église des bénédictins de cette ville, et déposa sur l'autel de saint Jean-Baptiste une charte ainsi conçue : « Nous faisons savoir que, pour le salut de notre âme et de celles do nos père et mère d'illustre mémoire, le roi Louis et la reine Blanche^ et aussi pour la dévotion

particulière que nous avons à Téglise du bienheureux Jean-Baptiste d'Angély, dans le diocèse de Saintes, nous donnons et nous concédons à Dieu, à la bienheureuse Vi^ge Marie et au bienheureux Jean-Baptiste, dans ladite église, vingt livres de monnaie courante du Poitou, à percevoir chaque année sur notre prévôté de Saint-Jeaad'Angély, pour Tentretien d'un cierge du poids de deux livres de cire qui brûlera nuit et jour devant l'autel du bienheureuse saini Jean. Cette rente sera payée par les mains du prévôt de la même ville, en deux termes, savoir : dix livres la veille de la Toussaint, et les dix autres livres la veille de l'Ascension du Seigneur, voulant que le prévôt dudit lieu soit tenu de payer à l'abbé de la dite église deux sous à titre d'amende pour chaque jour de retard qu'il aura apporté dans le paiement de ladite somme aux termes axés.

(( Donné à Saint-Jean-d'Angély, l'an du Seigneur 1269, au mois de mars. »

En 1301, Philippe le Bel, trouvant cette charge onéreuse, traita, par l'intermédiaire de Philippe de Bailheus, son sénéchal en Saintonge, avec l'abbé OlUvier. Celui-ci consentit à échanger cette rente, et une autre de vingt-neuf livres, fondée par le môme prince, pour dire dans l'église du monastère des messes pour le repos de son âme, contre le droit de haute justice que le roi avait sur les fiefs de la Folatière, Antezant, la Chapelle-Bâton, la Pinelière, Lozay, Blouc et le Pin^ près de Saint-Jean-d'Angély, avec tous les cens, rentes, hommages, devoirs et autres droits féodaux qui en dépendaient.

Guillaume, seigneur de Saint-Julien-de-l'Escap, près de Saint-Jean-d'Angély, avait fondé une chapelle dans Téglise Saint-Pierre de cette dernière ville, et l'avait dotée de quelques biens qu'il possédait dans la paroisse de Saint- Julien, dépendance de l'abbaye de Sainte-Marie de Saintes. Hilaire, abbesse de ce monastère, contesta la validité de cette donation, par le motif que Guillaume, avant sa mort, en abait déjà disposé au profit de son monastère. Thomas

de Galei:ne, maire de Saint-Jean-d'Angély, soutint là validité du testament de Guillaume de Saint-Julien et de Jeanne Paylech, son épouse. Le procès ayant été débattu devant Geoffroy d'Archiac, évoque de Saintes, Tabbesse fut obligée, en 1291, de reconnaître les droits delà commune de Saint-Jean-d'Angély, mais se réserva certaines redevances sur les moulins de Saint-Julien et le droit de nommer le desservant de la chapelle fondée par Guillaume.

Le commerce d'exportation des Angériens prenait une grande extension, favorisé par les franchises communales, et le corps de ville, dont presque tous les membres se livraient au négoce, soutenait ardemment la défense de ses intérêts lorsqu'ils étaient en péril. Ces privilèges consistaient dans la franchise des droits sur les marchandises importées, la liberté de la vente et l'exemption des subsides sur tout le territoire français. Ils prétendaient, en conséquence, jouir de ces mêmes immunités dans les Flandres, comme fief relevant de la couronne de France. La ville de Saint- Omer, n'ayant pas voulu reconnaître ces privilèges aux marchands de Saint-Jean-d'Angély et de La Rochelle, les communes de ces deux villes s'engagèrent, par acte authentique et par serment, a cesser tous rapports commerciaux avec elle. Marguerite, comtesse douairière des Flandres, craignant que l'interruption du commerce de ces deux villes ne portât atteinte aux intérêts de son fils Guy, comte de Flandres, leur proposa d'entreposer leurs marchandises à Gravelînes, offrant dé prendre sous sa protection et sauvegarde leurs marchands, facteurs et marchandises, dans tous les lieux soumis à son obéissance, ce qui fut accepté avec empressement et, plus tard, ces avantages furent étendus aux villes de Niort, Poitiers et Bordeaux.

Cette extension du commerce nécessita l'amélioration de la voie navigable de la rivière la Boutonne, qui fut endiguée et approfondie ; le port qui jusque là n'avait pu recevoir que des barques d'un très faible tonnage, fut considérablement agrandi, par l'acquisition d'un pré appelé « Argouillet » ou « Orgueillet » appartenant à un nommé Aymeric Guibert,

des Nouillers. et put recevoir des barques de plus grande? dimensions, qui a|)rès avoir porto à Charente où La Rochelle les marchandises destinées à prendre la mer, rapportaient comme fret de retour, le sel dont Saint-Jean-d'Angély avait obtenu Tentrepôt.

Les bourgeois promptement enrichis purent en diverses circonstances, pendant les années ISlKi à 1300, non seulement ouvrir leur bourse au roi pour des prêts considérables, mais lui firent aussi des dons gratuits lorsque les* nécessités de la guerre pour la défense du pays leur en imposaient Tobligation. Le rôle des prêts souscrits individuellement pendant cette période par les bourgeois de Saint-Jeand'Angély et reçus par le chancelier de Meaux, pour le compte du roi, s'élevait à la somme de cinq mille quatre cent quatre-vingt-seize livres tournois, indépendamment des dons, qui se montaient à une somme bien plus considérable.

Philippe IV, pour les récompenser, et probablement aussi pour éviter de restituer les sommes empruntées, exempta les maires el bourgeois de Saint-Jean-d'Angély de toutes iailles et impositions, et les maintint dans la jouissance des privilèges qui leur avaient été accordés par ses prédécesseurs.

Les Angériens furent reconnaissants au roi des immunités, qu'il leur accordait ; aussi lorsque Philippe voulut pousser plus activement la guerre des Flandres, conduite mollement jusque-là, rendit en 1303 une ordonnance imposant aux nobles et aux ecclésiastiques de lui fournir un cavalier noble, ou de payer à défaut cent livres par cinq cents acres de terre, mettant à la charge des communautés bourgeoises, la fourniture de six hommes de pied, ils lui firent encore l'avance de certaine somme. Ce prêt est constaté par un reçu de cent quatre-vingt-quinze livres, donné à Giraut Tronquière, receveur de la commune, le lundi avant la Madeleine de l'année 1304, par Maëngo, sire de Surgères, engagé par Philippe de Bailheus, sénéchal de Saintonge. et Pierre de Bonncval, chevalier du roi, à servir pendant

un mois dans les Flandres avec un chevalier et sept écuyers.

Les moines bénédictins de Saint-Jean-d'Angély paraissent avoir été, eux aussi, mêlés à la politique de Philippe, ou tout au moins avoir partagé sa haine contre les templiers, et avoir favorisé les projets de vengeance qu'il nourrissait contre cet ordre, plutôt militaire et politique que religieux. En 1^98, Guillaume Légé, commandeur de La Rochelle, ayant acheté, sans le consentement de Tabbé Ollivier, qui gouvernait alorâ le monastère, des fiefs dépendant de son abbaye, ce dernier ne consentit à Ten laisser jouir que sous la réserve des devoirs, cens, rentes et services dont ils étaient grevés ; il fut entendu que les colons établis sur ces fiefs seraient soumis à la juridiction de Tabbé et de ses successeurs ; que les templiers ne feraient jamais bâtir, soit dans la ville de Saint-Jean-d'Angély, soit dans tout autre lieu dépendant de Tabbaye, aucun oratoire, église, chapelle ou autre édifice consacré au culte ; qu'ils n'y rassembleraient aucun chapitre ni collège ; qu'ils n'y planteraient pavillon, croix, enseigne aux armes de leur ordre, ni aucun autre indice de propriété.

Enfin, d'après le chroniqueur italien Villani, un fait important se serait produit en 1305, dans le chamblain de la Fayolle, dépendance du monastère de Saint-Jean-d'Angly, (|ui semblerait établir que les moines favorisèrent tout au moins Tentrevue de Philippe le Bel et de Bertrand de Got, dans laquelle fut décidée la perte des templiers. Des critiques récents, se fondant sur le registre de la visite faite par Bertrand de Got à plusieurs diocèses de sa province en 1304 et 1305^ registre conservé dans les archives du département de la Gironde, ont contesté la véracité du fait rapporté par Villani ; sans vouloir entrer dans la discussion, n'est-il pas vraisemblable, cependant, que les parties, ayant intérêt à cacher une entrevue dans laquelle devait se débattre une si grave question, aient employé tous les moyens pour la cacher, même jusqu'à simuler leur éloignementdu lieu de l'entrevue. Quoiqu'il en soit, voici ce que Villali raconte à ce sujet ;

Le pape Boniface VIII était mort depuis neuf mois et le conclave assemblé pour la nomination de son successeur, divisé en deux partis, celui des Catétans et celui des Colonna, ou parti de la France, n'avait pu s'entendre sur le choix du candidat, lorsqu'un membre du parti français proposa au parti Caîétan de nommer trois sujets parmi lesquels le^ parti français élirait un pape. Les Caiétans, croyant être sûrs d'obtenir la tiare pour un de leurs partisans, acceptèrent la proposition et présentèrent trois archevêques qui leur étaient dévoués ; l'un d'eux était Bertrand de Got, connu par l'inimitié qu'il avait eue jusqu'alors avec Philippe le Bel. Le cardinal de Prato, qui avait fait la proposition, informa Philippe de ce qui se passait au conclave. Ce dernier, sans perdre de temps, demanda à Bertrand de Got une entrevue dans un lieu sûr et isolé. Ce dernier désigna le chamblain de la Fayolle, seigneurie de l'abbé de Saint-Jean-d'Angély. Philippe et Bertrand s y rendirent secrètement et sans suite. Après avoir entendu la messe dans la chapelle et avoir l'un et l'autre prêté serment, sur l'autel, de ne rien divulguer de leur entretien, ils se rendirent dans la forôte d'Essouvert, contiguë à la Fayolle, et, là, Philippe offrit la tiare à Bertrand en échange de six choses qu'il avait à lui demander. Au nombre de ces demandes était, dit-on, l'abolition de l'ordre des templiers. Bertrand de Got consentit à ce que lui demandait le roi, et en échange il fut élevé à la papauté.

Au commencement de l'année 1307, Philippe le Bel eut une autre entrevue avec Clément V, qui s'était rendu à Poitiers avec dix-neuf cardinaux. Ils eurent de longs et mystérieux entretiens, auxquels ne furent admis que leurs affidés. Bref, le 13 octobre de la même année tous les templiers présents en France furent arrêtés, et en 1314 leur ordre était aboli par le concile de Vienne.

Un conflit qui prit de graves proportions vint troubler la paix du monastère de Saint-Jean-d'Angély. L'église abbatiale servait en même temps aux exercices religieux des moines, selon le rituel de leur ordre, et aussi d'église

paroissiale pour les fidèles ; elle était desservie pour la ville par des chapelains séculiers officiant suivant le rituel de la liturgie romaine. Il en résultait que la même cérémonie, célébrée en même temps par les moines au maître autel et par les chapelains à la chapelle de la paroisse^, différait essentiellement, ce qui créa une espèce de conflit sacerdotal troublant le service divin et semant la discorde parmi les fidèles. L'abbé Ollivier voulut faire cesser cet ordre de choses ; il s'adressa au souverain pontife, accusant le chapelain de la paroisse et ceux des églises de Notre-Dame, de Saint-Révérend et de Saint-Pierre, d'empiéter sur les privilèges des moines, de semer parmi eux la division, de troubler la paix du cloître et celle des fidèles ; il lui représenta que le moyen de faire cesser la discorde élait de concéder à l'abbaye toutes les chapelles et églises de la ville, avec leurs revenus, à la charge par les bénédictins de pourvoir à leur entretien et à celui de leurs chapelains, ainsi qu'aux dépenses du culte. Le saint Père, après avoir examiné les récriminations articulées de part et d'autre^ accorda aux moines tout ce qu'ils lui demandaient, par un bref daté de Lyon, le 13 janvier 1306.

A partir de cette époque, les chapelains furent pris parmi les moines bénédictins, et cette coutume a été observée jusqu'en 1792.

L'abbaye de Saint-Jean-d'Angély avait acheté, à une époque non indiquée, le tiers de la terre de Courjon au prix de trois cents sols, plus quarante-sept sols aux seigneurs Robert de Roifert et Kalo, vicomte d'Aulnay, pour les droits qui pouvaient leur en revenir. Les deux autres tiers furent ensuite acquis par l'abbaye à différentes époques. Une contestation s'étant élevée, en 1308, entre l'abbé Ollivier et Geoffroy, vicomte d'Aulnay, au sujet des droits de justice, les parties demandèrent l'arbitrage de l'évoque de Saintes et acceptèrent une transaction par laquelle le vicomte cédait à 1 abbaye les droits qu'il pouvait y avoir conservés.

Edouard II d'Angleterre avait épousé Isabelle, fille de

Philippe le Bel, et sollicitait de son beau-père la prorogation de la faveur que Philippe avait octroyée en 1286, au roi Edouard, de ne payer aucune amende pour la réformation des sentences rendues par lui et ses justiciers dans la partie de la Saintonge située au midi de la Charente. Mais Philippe refusa de proroger une concession qu'il regrettait d'avoir faite, et qui. trop prolongée pouvait porter atteinte à sa souveraineté. Le traité de 1259 recouvra donc son entière exécution, et les bailis du roi d'Angleterre redevinrent, comme au temps de saint Louis, passibles d'une amende lorsque leurs décisions étaient annulées par le sénéchal du roi de France à Saint-Jean-d'Angély.

Le contrôle des finances était à peu près illusoire, et les receveurs se livraient à des exactions qu'il était diflicilc de reconnaître et souvent de réprimer. Celles qui avaient été commises par Pierre Demelet et Pierre Troncherea, receveurs en Poitou et Saintonge, étaient si considérables que les réclamations qu'elles soulevèrent de la part des contribuables parvinrent jusqu'à Philippe IV. Une enquête fut ordonnée par le roi en 1309, et, afin d'éviter les gi-aves conséquences qui pouvaient e^i résulter pour eux, sur les conseils do l'abbé de Saint- Jean-d'Angély et du chevalier Arnoy do Aden, les deux receveurs s'empressèrent de restituer une somme de deux cents livres. Mais le commissaire chargé de l'enquête ne trouva pas cette restitution suffisante, et, par une transaction avec les coupables, il ne consentit à abandonner les poursuites commencées que sur l'engagement, pris par eux, de verser une nouvelle somjne égale à la première dans la caisse du receveur de Saint- Jean-d'Angély.

Le plus grand désordre régnait, du reste, dans les finances, et le roi lui-même ne se faisait aucun scrupule d'altérer les monnaies pour augmenter ses ressources, quand il ne pouvait se procurer par un autre moyen l'argent dont il avait besoin. Les remontrances très vives ((ui lui furent faites à ce sujet le forcèrent à convoquer à Paris, pour le 1*'^ novembre 1314, les députés des bonnes villes de France, au nombre

desquels figuraient ceux de Saint-Jean-d'Angcly, afin d'arrêter avec eux un nouveau règlement sur la fabrication des monnaies.

Jusqu'alors, l'échevinage n'avait pas possédé d'édifice approprié à son service ; ses réunions se tenaient dans l'hAtcl du maire ou dans quelque autre maison prêtée «à cet effet. Le maire, Adhémar de Lussaut, acquit, en 1313 et en 1317, de Barthélémy de la Féraudie et de Pétronille, veuve de Giraut de la Féraudie, une maison possédée en commun par ces derniers, maison qui devint, croit-on, riuMel de réchevinage.

I/alliance des familles royales de France et d'Angleterre, contractée sous le règne de Philippe le Bel par le mariage d'Edouard II avec Isabelle, fille du roi de France, n avait pas fermé pour toujours l'ère des difficultés entre les deux familles. Divers griefs avaient été soulevés par la contiguïté des possessions des deux rois. Un des principaux fut la prétention de Philppe le Bel à la suzeraineté de l'abbaye royale de Sainte-Marie de Saintes, qu'il éleva à l'instigation de Tabbesse Agnès de Rochechouart. Charles le Bel, pour soutenir la guerre née de cette question, fut obligti de lever des subsides sur les bonnes villes de son royaume, et adressa à cet effet, en 1324, à messire Guillaume Perrineau, son sénéchal en Saintonge, des lettres lui ordonnant de lever, seulement pendant la- durée de la guerre, un droit sur, toutes les denrées et marchandises vendues, obligées et chargée.^ dans la ville et la châtellenie de Saint-Jeand'Angély, cest-à-dire :

« Deux sols pour un tonneau de vin ; douze deniers pour une pipe ; deux deniers pour chaque scxtier de froment (mesure de Paris), valant six boisseaux (mesure de Saint- Jean) ; autant pour le seigle, les pois et les fèves ; cinq deniers pour pareille mesure d'orge, d'avoine, et toute autre, même de blé.

» Trois deniers par mille de harengs ; au dessous, néant ; un bœuf, six deniers ; une vache, quatre deniers ; un porc vendu dix sols, un denier; au-dessous, -néant: pour celui

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(5[uî était vendu vingt sols, deux deniers ; deux deniers pour un mouton, un chastrie, une brebis..

» Enfin, sur toutes les autres denrées, comme sel, drap, fer, acier, bûches, foin, et toutes quelconques, deux deniers par vingt sols. »

Cette guerre durait encore en 1331, année pendant laquelle les Anglais avaient réussi à prendre possession de presque tout le royaume. Les Angériens leur avaient courageusement résisté, et^, malgré les ravages et les ruines amoncelés autour d'eux, ils étaient parvenus à conserver leur ville au roi de France. Le souvenir des maux qu'ils avaient soufferts pendant cette guerre, et aussi celui de leur grande vaillance, se perpétuèrent au point que, plus de deux siècles après, dans des lettres patentes de 1599, Henri IV rappelait leur résistance courageuse de l'année 1331 comme le principal titre à la confirmation des privilèges que ses prédécesseurs leur avaient accordés.

L'église de saint Jean-Bapliste, déclarée inviolable par le duc Guillaume, fut cependant souillée quelquefois par des crimes. Une nommée Jeanne Martin, de Chermignac, qui s'y était •attardée après le couvre-feu sonné, le soir de la nativité de saint Jean, en 1328, en avait été enlevée par plusieurs hommes et traînée dans une maison où ses ravisseurs lui avaient fait subir les derniers outrages. Cette femme avait cru reconnaître, parmi ces derniers, un bourgeois appelé Guillaume de Paris, et l'avait dénoncé au maire à l'instigation de Guillaume Sarpaut, prévôt du roi, dans l'espoir d'en tirer de forts dommages-intérêts. Mais, n'ayant pas de preuves à offrir, elle retira sa plainte. Le maire donna acte à Jeanne Martin de son désistement, et, comme il soupçonnait la culpabilité de Guillaume de Paris, il retint l'affaire et ne mit Tinculpé hors de prison que sous caution et à charge de se représenter à une prochaine audience.

La guerre terminée, les Angériens cherchèrent à réparer l'énorme préjudice qu'elle leur avait causé, en s occupani de lever les difficultés qui s'opposaient à l'extension de leur commerce avec les nations étrangères, et notamment avec

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la Flandre, où les marchands de Saint-Jean-d'Angély avaient fondé des établissements prospères, particulièrement dans la ville de Gand, leur principal entrepôt; Le comte de Flandre, ayant taxé les marchandises étrangères à des droits excessifs, causa au commerce un si grand préjudice que le corps de ville de Saint-Jean-d'Angély s'en émut et résolut d'envoyer des députés chargés de protester, au nom du commerce français, contre ces mesures fiscales et de menacer au besoin les Gantois de transporter leur entrepôt à Bruges, qui le sollicitait, en offrant de grands avantages. Après s'être préalablement consulté avec les marchands des villes de Bordeaux, Libourne et La Rochelle, le maire, Pierre Boisseau, convoqua dans Téchevinage, le jour de la Saint- Barthommé, les bourgeois et jurés de la commune, ainsi que les principaux marchands des environs : Guillaume Jumel ; maître Jauffré Mouffart ; Guillaume Gairdrat et Hugues de Courbon, de Saint-Savînien ; Amand Jauffait, de Varaize ; M« Pierre, de Chives ; Pierre et Hugues Chopin, de Migré ; Etienne- Limozin et son frère, de la Folatière. Il leur exposa, dans les termes suivants, le motif de la réunion :

« Beaus seigneurs, il est la vérité que les gens de Flandres ont fait moût grand tors, cous et vilanies à nos gens et aus vos, et aus marchans de cest pays cy, comme vous savez ou povez savoir, et veulent fere et t^nir moût fortes coustumes indehues et qui seroient au grant damage et préiudice des gens et marchans de cest paîs. Et que nous avons escript surce aus bourgeois et marchans de Bourdeaux, de Liborne, de La Rochelle et de Saint-Jehan, deux prudes hommes et sages yront par de-Ià en Flandres et requerront à ceux de Flandres que les chouses devant dîtes ils veuillent mètre ef retourner a estât dehu. Et quil s'en veullent souffrir et corrigé, et s'il ne le veullent faire, les deux prudes hommes de chescun des lieux dessus dits iront par devers cens de Bruges, qui ont promis à nos gens et aus marchans de cest pais fere moût grans grâces et courtoisies, franchises et libertez, si nous voulons remuer notre estable à Bruges. Et

à ce feront accorder et consentir le comte de Flandres. Et sus ce leur feront passer bons privilèges et bonnes lettres et confirmer par le roi messire. Pour quoi il a été regardé et considéré des bourgeois, marchans et jurés de chescun des lieus dessus dis, que il seroit proH table chouse à ceux de tout cest pals de remuer lestables à Bruges, ou là où il seroit plus profitable, au cas que ceus de Mandres ne se voudroient retraire des cliouses dessus dites. Et tout ce ne pourra faire sans grans cous et missions. Pourquoi il a esté ordonné par le conseil des prudes hommes et sages de notre dite commune ; ob le conseil et eyde de vous autres seigneurs de ci environ, que tous ceus de la dite commune qui feront vins à treuil, et tous les autres d'environ, paieront et donneront pour chescun tonnel de vin, qu'ils feront en cestes présentes vendanges, tant seulement six deniers pour eidcr à fere les cous et missions dessus dis. Lesqueux six deniers seront levés par la main de un homme ou de dcus dignes de foy a ce députés, qui en rendront loyau compte par leurs serments. Et quand les dons prudes hommes, qui iront procurer les chou^es dessus dites seront venus, .se il y avoit résidu de ladite recette, comptez les cous, dessus dits, le dit résidu sera restitué à chacun d'iceux qui auront paie selon ce qu'il li appartiendra. Pourquoi je vous demande si vous accordez à ce. »

Les assistants, après s'être consultés, ayant adhéré aux propositions contenues dans Texposé du maire, acte en fut dressé par Guillaume Autin, notaire.

La même année, le mardi avant la fête de la décollation de saint Jean-Baptiste, Guillaume Grant, bourgeois de . Bauvès, après avoir pris connaissance des conventions ci-dessus établies, déclarait y adhérer à M^ Pierre Assailli, député vers lui par le corps de ville de Saint-Jean-d'Angél<' . « Je me accort bien à tout ce et le veult et promet faire en la manière que les prudhommcs de Saint-Jehan le feront. )> Et son adhésion fut établie au l)as du traité.

11 y a tout lieu de croire que le comte de Flandre accorda auxAngériensIe redressement des griefsdontiisse plaignaient

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car pendant plus de deux siècles, ils continuèrent leur commerce, fréquemment interrompu cependant «par les incidents do la guerre de cent ans, qui donna lieu bien souvent au retour de semblables difficultés.

En 1396, l'êchevinage de Saint-Jean-d'Angély et celui de La Rochelle, d'une part, le Bourgmestre et les Echevins de Dam, de Tautre part, s'accordèrent sur les franchises et libertés dont les marchands des deux premières villes devaient jouir à Dam, accord renouvelé en 1444.

Philippe, duc de Bourgogne, fils du roi Jean- de France, par lettres datées de Lille, le 11 février 1397, leur avait confirmé les privilèges de 138o, par lesquels en cas de naufrage de leurs navires sur les côtes voisines des Flandres, les marchandises et" denrées sauvées du naufrage, leur seraient rendues, pourvu que sur le navire naufragé l'on put constater la présence d'un être vivant, fut-ce même une bête.

Aroos Barbot, dans son histoire de La Rochelle, cite au nombre des privilèges dont cette ville jouissait en 1418. « I^ sauvegarde des seigneurs pour toutes les marchandises « entreposées par les marchands, au port de l'Escluze et en « la ville de Dam » même pour les vins^ qu'elle avait la faculté d'ouiller et couper avec d'autres, sans encourir d'amende, pourvu qu'ils se fussent pas corrompus. Il était interdit aux courtiers Flamands d'acheter des vins do Saintonge sur les côtes de Flandre, pour les revendre, et de s'associer avec les vendeurs ou acheteurs sous peine de 40 sols parisis ; ils étaient, en outre, exemptés de la visite des celliers par le bailly ou tout autre ofiicier.

Pour l'exécution des articles de la comniune octroyée par Philippe-Auguste à Saint-Jean-d'Angély, et aussi pour suppléer aux lacunes qu'ils contenaient, il s'était établi certaines mesures de police consacrées seulement par l'usage, et qui avaient besoin de la sanction royale pour éviter les difficultés que leur application faisait surgir fréquemment. Sur la demande du maire, Philippe de Valois les érigea en articles au mois de juillet 1331 ; les voici tels qu'ils furent rédigés :

« Philippe, par la grâce de Dieu roi de France, sçavoir « faisons à tous présents et advenir : que comme nos amez <i et feauz le maire et les jurez de la maison commune de « la ville de Saint-Jehan-d'Angély, nous ayant humblement « supplié que certains usages, coustumes, libertés, juridi- « cions, privilèges et status, des quelles ils ont d'antîenneté « uzé, si comme nous sommes suflBsamment informés tant (( par concessions de nos prédécesseurs, comme par antienne « introduction ou observance de bonnes mœurs des devan- « ciers des dicts maires et jurez, pour le bon gouvernement « et tranquilité du peuple conversant en la dicte ville, « nous de notre royale authorité et de grâce spéciale leur « voulons confirmer :

« Article premier. — Si on amène dans la ville un homme c( prévenu de crime^ il sera remis entre les mains du maire, « pourvu qu'il n'ait point été pris dans Tenceinte du ce château, qu'il ne soit point ofïicier du roi, et qu'il ne « s'agisse pas d'un cas royal. Si le maire juge à propos « qu'il ait assez de preuves pour faire le procès à cet homme, « il le remettra entre les mains du prévôt, qui le jugera « conjointement avec le dit maire et d'autres personnages « sages. Si cet homme est condamné, les profits de justice « appartiendront au roi.

« Art. 2. — Le maire et les jurés ont seuls le droit de a faire arrêter les bourgeois prévenus de crime ; et s'ils « jugent qu'il y ait assez de preuves pour faire leur procè.s, « ils les remettront entre les mains du prévôt, pour être « jugés comme ceux qui ne sont pas bourgeois, suivant la « forme prescritp dans l'article précédent. Les profits de « justice appartiendront également au roi.

« Art. 3. — Le maire et les jurés ont juridiction sur « les bourgeois dans tous les cas, à lexception de ceux « indiqués dans les articles précédents, et lorsque ces « bourgeois auront été pris en flagrant délit. On observera « néanmoins, dans tous ces cas, la coutume du pays.

« Art. 4. — Les sergents royaux ne pourront saisir les « biens des bourgeois sans appeler les sergents du maire.

« si ce n'est pour ce qui est dû au roi, ou par son ordre, en « se conformant cependant aux ordonnances royales.

« Art. 5. — Si un homme qui n'est pas de la commune « fait quelque tort à un bourgeois, et si, étant requis de le « réparer, il refuse de le faire, le maire pourra défendre à « tous les bourgeois d'avoir aucun commerce avec lui, « jusqu'à ce qu'il ait réparé le dommage ou qu'il ait donné a caution de comparaître en justice, à moins que le, roi ou « son fils ne soit à Saint-Jean-d'Angély, ou que Ton y « tienne la grande assise du roi. Le maire pourra réquérir « le prévôt de faire la mémo défense aux habitants de la « ville non bourgeois. »

«c Art. 6. — Ceux qui ne sont point de la commune ne « pourront faire entrer dans la ville du vin qui n'aura « point été fait dans la banlieue, si ce n'est pour leur « provision. Les bourgeois ne pourront ainsi faire entrer « dans la ville du vin qui n'aura pas été fait dans la « banlieue, à moins qu'il ne provienne de leurs biens. Le a vin que l'on aura fait entrer dans la ville en contrevenant « à cet article sera répandu.

« Art. 7. — Le vin que l'on aura fait entrer en ville sans « la permission du maire sera répandu.

(( Art. 8. — Le maire a l'inspection, dans la ville et les « faubourgs, sur les marchandises, les denrées et les vivres « qui sont exposés en vente. Il juge si elles sont bonnes « ou mauvaises. Il établit des courtiers et les révoque, € lorsqu'ils ne font pas leur devoir. Il punit ceux qui font « des jurements, et ceux qui volent du raisin, du verjus, « du foin et autres choses, pourvu que le vol ne soit pas « considérable.

« Art. 9. — Le maire et les jurés peuvent faire des « règlements, des proclamations et établir un guet quand « il est nécessaire. Les armes cachées qui seront trouvées « par le guet seront confisquées, et ceux qui les auront « cachées seront condamnés à une amende envers le roi. Le « maire et les jurés peuvent défendre aux regrattiers « d'acheter les denrées avant une heure fixée.

(( Art. 10. — Le maire et les jurés peuvent faire des « ordonnances pour la police et la sûreté de la ville. »

La commune de Saint-Jean-d'Angély avait un siècle d'existence ('1204-1332), et elle était bien près d'être parvenue au plus haut point de sa prospérité ; grâce au gouvernement municipal, l'accroissement de la ville avait été rapide. Elle devait sa fortune à son commerce, alimenté principalement par les vins de sa banlieue, considérés comme supérieurs, même sur le marché de Paris, si Ion en juge par l'élévation relative de la taxe qui leur était imposée dans les tarifs établis par diverses ordonnances des rois de France pendant le XIV'' siècle. Les lettres do Philippe VI, do décembre 1337 et du 23 avril 1341, les imposent 4 sols, de même que les vins de Gascogne, d'Espagne et même ceux de Beaune. Celles du roi Jean, du 3 mai 13ol, élèvent ce droit à 9 sols. Ils étaient expédié.s à l'étranger par la rivière la Boutonne, dont les divcr.^ bras serpentant dans les marais, réunis en un seul canal, formèrent une voie navigable et sûre pendant une partie de l'année, au moyen des écluses construites dès cette époque à Bernouet, Tonnay-Bou tonne et Champdolant, aux frais de la commune. Le corps de ville était si fier de cette création et des services qu'elle rendait aux commerçants, que, dans diverses suppliques, il qualifiait la ville de port de mer, qualification qui semblerait ridicule aujourdhui, mais qui était justifiée à cette époque, où les moyens de communications autres que les rivières étaient le plu.s souvent impraticables et toujours dangereux pour les hommes et les marchandises. Jaloux de ces avantages, le corps de ville s'opposait, par tous les moyens en son pouvoir à la création d'entreprises dont le commerce local aurait pu souffrir.

Le percement du canal de Charras avait été autorisé en 1332 par lettres patentes de Philippe de V^alois. Dès 1333, une enquête, faite à Surgères par le sénéchal de Saintonge-, Richard de Monligny, pour rétablissement d'un port au Gué Charrau, desservant le canal, constatait qu'il était

déjà navigiiable pour les yoles de douze à quatorze tonneaux, depuis Chalons, en la paroisse d'Arzillières jusqu'au Vergeroux ; de Charrau au A'ergcroux pour des barques de six à huit tonneaux seulement. La même enquête établissait qu'il y était passé plus de mille tonneaux de vin Tanné précédente, et qu'il était à présumer que, les portes et ponts nécessaires à la navigation achevés, il pourrait être expédié par cette voie plus de trois mille tonneaux chaque année. Les Angériens voyaient dans ce canal une concurrence redoutable pour le commerce des vins, dont ils avaient eu presque le monopole jusque-là, en raison de la facilité d'expédition que leur procurait la canalisation de la Boulonne. Ne pouvant profiter du canal de Charras, plus éloigné, qu'en payant deux sols pour droit de halage par tonneau de vin, droit dont les nobles et les religieux qui avaient créé le canal étaient affranchis, ils se mirent à la tête des opposants et réclamèrent contre la construction du canal et du port projeté, en se servant de la question du péage comme argument.

Les Angériens ne réussirent pas d'abord dans leur opposition ; car, au mois d'avril de la même année 1lî33, le roi autorisait le prompt achèvement des travaux projetés. Los opposants renouvelèrent cependant leurs réclamations, et l'argument du péage, dont ils s'étaient servi' avait sans doute de la valeur, puisqu'on VMl les principaux intéressés dans la construction du port et du canal renoncèrent à jouir de ce privilège de franchise si rétablissement du port était maintenu ; de plus, ils s'engagèrent à verser le montant entier du droit sur les vins qu'ils faisaient passer par le canal dans la caisse de Renaud Crolebois, receveur pour le roi en Poitou et en Saintonge. Cet engagement fut pris par le prieur de Saint-Gilles de Surgères ; le maître des Granges de Landray ; Guillaume Dauny, prêtre au nom du prieur de Saint-Pierre de Surgères ; Pierre Larquier, prêtre; le maître de Saint-Giles de Ciré ; Jourdain de Poire, chevalier, seigneur du dit lieu ; Pierre de Peire, dit de Charcoigne, écuyer, seigneur de Ciré et Chabans ; Pierre

SALNT-JEAX 8

Lombart, seigneur d'Arzillières, et son parsonnier Raymond Michcau ; Guillaume de Paire, seigneur de Landray ; Jean de la Croix, seigneur de Charcoigne ; Aimery Tliourel ; Jelian Jourdain de la Begaudière ; Hugues Marchais ; Bertrand de Varaize, seigneur de Lileau. Cette renonciation, et Toffre faite d'abandonner les droits perçus au profit du trésor royal, eurent tout le succès désiré par les promoteurs de l'entreprise ; rétablissement du port fut maintenu par lettres royales du 13 juillet 1341.

Les Angériens ne se tinrent pas encore pour battus et renouvelèrent leurs réclamations ; mais cette fois appuyés par les clameurs et complaintes des prélats, religieux, nobles et bourgeois du pays, et surtout par le crédit de Jean, évoque de Beauvais, lieutenant en Saintonge du duc de Normandie, qu'ils surent intéresser à leur cause.

Dans le mémoire que les Angériens remirent à leur protecteur, ils firent ressortir que le port du Gué Cliarrau étant assis au-dessous de toutes villes et habitations, les gens montant les navires qui y venaient charger pouvaient, comme cela était arrivé déjà, commettre des actes de pillage, d'assassinat et d'incendie, et regagner ensuite la mer sans empêchement. Ils ajoutèrent qu'avant la construction du port aucune armée ou navire de guerre ne pouvait avancer ou prendre terre sur son emplacement, en raison des marais vaseux et couverts d'eau en tout temps qui Toccupaient, tandis que ces marais, desséchés maintenant par l'ouverture du canal, pouvaient servir d'accès à une armée qui mettrait en danger une partie du royaume. Qu'en outre, le lest des navires, jeté dans la Charente par les gens des bateaux y venant charger, pourrait finir par obstruer le lit de la rivière et faire obstacle au passage des embarcations chargées, au grand dommage de la Saintonge, du Poitou et des Marches. Enfin, que le* équipages deg navires d'Allemagne, d'Espagne, de Flandre, de Bayonnc et autres lieux refusaient de se soumettre à la justice du pays, et causaient de grands dommages dans la forêt de Rochefort, déjà en partie ravagée par eux. Ces motifs, habillement développés

par l'évêque de Beauvais, eurent assez de poids pour faire donner gain de cause aux opposants : et, par lettres datées de Saint-Germain-en-Laye, en avril 1345, Philippe de Valois déclara mettre à néant toutes les lettres, concessions, actions, confirmations et toutes autres choses relatives au port, cours, canaux, fossés et conduits dépendants du dit canal et du port du Gué Charrau au Vergeroux. Les Angéricns n'eurent pas cependant la satisfaction de voir la destruction du canal, qui existe encore et a converti en riches prairies les marais vaseux d'autrefois.

Charles le Bel, mort en 1323, n'avait pas laissé d'héritier mâle, en lui s'éteignit la branche des Capétiens. En vertu de la loi salique, Philippe VI fut proclame roi de France et commença la dynastie des Valois. Edouard III, qui prétendait à la couronne de France par sa mère Isabelle, fille de Philippe le Bel, n'accepta jamais cette sentence, et, dix ans après, commençait cette guerre dite de cent ans, pendant laquelle la France fut plusieurs fois près de succomber. Mais les malheurs de la patrie ne firent que fortifier les Angériensdans l'attachement qu'ils lui portaient, et dans sa bonne comme dans sa mauvaise fortune, ils sacrifièrent pour elle leurs personnes et leurs richesses.

Aussi, Philippe de Valois, pour montrer le cas qu'il faisait de leur vaillance et do leur fidélité, par lettres du 1^' mai 1341, réunit et annexa pour toujours leur ville à la couronne de France, sans pouvoir jamais en être séparée, pour quelque cause, sujet ou occasion.

La révolte des Flamands, dirigée par Jacques Artevelde, fut une occasion pour Edouard III de commencer la guerre. Artevelde ayant appelé Edouard à son aide, celui-ci débarqua en Flandre et prit le titre de roi de France, tandis que Henri de Lancastre, comte de Derby, pour faire diversion, débarquait à Bayonne et s'avançait jusqu'à Angoulôme. Le prince Jean, fils de Philippe, qui fut plus tard Jean le Bon. le força de se retirer à Bordeaux. La perte de la bataille de Crécy, en 1346, détermina malheureusement la retraite des Français, qui durent couvrir Paris, menacé par Edouard III ;

le comte de Derby, n'ayant plus aucune force devant lui. s'avança sur Saint-Jean-d'Angély, prenant en route les villes et les cliàtcaux qu'il rencontiait. Cette place, mal approvisionnée et dépourvue de gens d'armes, lit cependant une vigoureuse résistance ; ses bourgeois la défendirent avec la plus grande valeur, malgré les dommages, .menaces ou promesses que leur lirent les Anglais. Ce ne fut que lorsque les murailles furent ruinées et qu'ils se virent en danger d'être pris d'assaut qu'ils se décidèrent à implorer la clémence du comte de Derby. Guillaume de Rion, maire do la ville, et les cclicvins, envoyèrent demander au comte un sauf conduit pour les députés que les bourgeois avaient désignés pour traiter de leur soumission. Le comte accorda une suspension d'armes durant « cette nuit et le jour suivant ». Le lendemain matin les députés se rendirent à la tente du comte et lui ii jurèrent cCetre bo/is Anglais, tant f/ue le roi d'Angleterre ou personne /orte de par lui les coudrait et pou/'rnit tenir en pai.r arec les Français. »

Les termes de ce serment indiquent ^clairement que les Angériens ne se rendaient qu'à la dernière extrémité, et (ju'ils n'entendaient demeurer sous la domination anglaise qu'autant que le roi d'Angleterre les y maintiendrait par la force ; aussi payèrent-ils cher l'obstacle qu'ils avaient élevé à la marche du comte de Derby. La ville fut livrée à la soldatesque comme si elle avait été prise d'assaut. * La plupart des /nihitants J'ure/it tués, les autix's fait prisonniers, et tous leifrs biens hriïlês, pillés et emportés, » Le riche monastère des bénédictins, dirigé alors par Pierre d'Aigrefeuille, ancien évoque de Clermont, fut ruiné de fond en comble, de même que son église abbatiale. Le jour de son entrée dans la place, le vainqueur s'empressa d'écrire au roi d'Angleterre, occupé au siège de Calais, pour lui faire part de sa victoire.

Après qucUiucs jours de repos donné à ses troupes, l<' comte de Derby reçut le serment de fidélité du corps de ville et des bojrgeois, puis se remit en route pour le Poitou, d'où il revint queUpie temps après, l^^ndant son second

séjour à Saint-Jean-d'Angély, le comte s efforça de faire oublier aux Angériens la rigueur excessive avec laquelle il les avait IraiU^s, et sachant combien le sexe faible a d'empire sur les hommes, il fit en sorte de gagner les bonnes grâces des darnes et demoiselles de Saint-Jean-d'Angély en leur distribuant de riches joyaux et en leur offrant des fôtes splendidcs. Cependant, il n'atteignit pas son but ; et tandis que les femmes, d'après Froissard, le proclamaient « le plus nob/e prince (j ai put chevaucher i^ur palefroi », les hommes conservaient dans leur cœur la haine qu'il y avait semée.

Après avoir fait jurer de nouveau au maire et aux notables bourgeois « (puis tiendraient et défendraient la cille ainsi comme le bon héritage du roi d' Angleterre », le comte quitta Saint-Jean-d'Angély, pour se rendre à Bordeaux.

Philippe ne fut pas juste envers les habitants de Saint- Jean-d'Angély, qui, bien que vaincus, avaient si vaillamment combattu pour rester attachés à sa couroxine. Oubliant les .services rendus, le roi ne vit en eux que des étrangers et les dépouilla sans remords, au profit d'Aymar de Malmont, ^5cigueur de Tonnay-Boutonne et de Fouras, des portes de Champdolent et du cours de la Boutonne, appartenant aux bons bourgeois de Saint-Jean- d'Angély , avec tous les profits, émoluments et seigneuries en dépendant. Il est probable que les bénédictins avaient cédé cette partie de la rivière an corps de ville, pour la facilité de la navigation, car elle leur appartenait primitivement, en vertu d une donation faite en leur faveur.

Pour ajouter encore aux calamités de la guerre, l'horrible peste noire venue d'Orient, moissonna pendant trois ans ce qui restait d'hommes valides et d enfants, les femmes étaient moins frappées par le tléau, et elle sévit si fort dans toute la Fraticc, qu'elle imposa aux deux adversaires une trêve d'un nn.

Edouard d'Angleterre la rompit en prenant la ville de Guynes, en Picardie. Les hostilités reprirent aussitôt dans la Saintonge, ou Guy de Nesle, sieur d'Offremont, maréchal

de France, vint mettre le siège devant Saint-Jean-d'Angély. La faiblesse de cette petite armée ne lui permettant pas d'investir la place, il lit construire des bastions pour mieux la bloquer, mais les anglais le forcèrent à lever le siège. C'est en opérant sa retraite que le maréchal rencontra à la Chapelle -Saint -Georges, près de Saintes, une troupe d anglo-gascons, qui le battirent et le tirent prisonnier avec Guillaume de Nesle, son frère, et plusieurs seigneurs : parmi ces derniers se trouvait Hugues de Surgères, seigneur de Balans et du Breuil. Le roi Jean, pour récompenser ce dernier des services qu'il lui avait rendus en qualité de capitaine de Surgères et de Bourgneuf, on Aunis, et de l'énorme rançon que les Anglais lui avaient fait payer sa liberté, lui accorda, par lettre du lo octobre 1354, une somme de mille livres à prendre sur les recettes de l'Anjou et du Maine.

L'année suivante (1351), Charles de la Cerda, connétable de France, vint de nouveau assiéger Saint-Jean-d'Angély. Les Anglais ne se sentant pas assez forts pour défendre la ville, se retirèrent dans le château royal, puis demandèrent et obtinrent un traité dont les clauses font pleinement ressortir l'esprit chevaleresque de lepoque. D'après ce traité, Raymond Guilhem, seigneur de Copanne, Girautde Saint- Aon, Gailhart Durant, Pierre de Castelnuef et Jehan de Montignac, écuyers pour le roi d'Angleterre et chefs de la garnison, s'engagèrent à rendre au connétable, le 31 aoiit 1351, au coucher du soleil, la ville et le château de Saint-Jean-d'Angély, dans l'état ou ils se trouvaient au moment du traité, si du vingt-cinq au trente et un du même mois ils ne recevaient secours assez forts pour combattre en champ clos le connétable et ses chevaliers ; que dans le cas où ils seraient ainsi secourus, deux chevaliers choisis de chaque côté détermineraient le champ de bataille, la possession de la ville et du château devant être le prix du vainqueur. Les Anglais s'interdisaient de recevoir tout autre secours, soit en gens, vivres, munitions ou travaux. Il fut convenu aussi que les chevaliers de la garnison

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pourraient sortir de la ville pour combattre avec les leurs, et que les otages donnés de part et d'autre se rangeraient sous leurs bannières respectives. Les chevaliers Anglais devaient s'abstenir, pendant la trêve, de piller en pays de France. Voici ce traité :

« Au tous ceulx qui ces présentes lettres verront : Charles « Despaigne, comte d'Angoulesme, connétable de France, « lieutenant du roy, nostre sire, es pays d'entre les rivières « deLoireetdelaDourdogne; etRaymonGuilhem, seigneur « de Copanne, Giraut de Saint-Aon, Gailhart Durant, Pierre « de Castelnuef et Jehan de Montignac, escuyers, de la part a du roy d'Angleterre et de lestablie de St-Jehan-d'Angély. « salut et cognoissance de vérité : Savoir faisons que à donner a le respit et les astinances entre nous connestable devant « dit pour le roi de France, nostre sire, et ceux de nostre « présent lioste et de nostre part^ et nous, sire de Copannc, « Giraut de Saint-Aon, Gailhart Durant, Pierre de Castel- « nuef et Jehan de Montignac, devant diz, tant en nos « noms et pour nous comme es noms et pour tous ceulx de « mostre dite establie de la ville et chastel de Saint-Jehan- « d'Angeli octroiées, convenanciées et jurées sur saincts « euvangiles de chascune partie dnjourd'hui au derrenier « jour de ce présent mois d'aoust à soleil couchant, a été « traicté, octroie, convenancié^ accordé, fiancé et juré, en « la fourme et manière qui s'ensuit : Premièrement : Nous « sire de Copanne, Giraut de Saint-Aon, et autres dessus a nommés de ladite ville et establie de Saint-Jehan, rendrons « la dite ville et le chastel de Saint- Jehan au connestable « dessus dit reaiment et de fait, ou à celui qui de par le « roi de France ou de par le dit connestable y sera député « le deurnier jour de ce présent mois d'aoust dedans soleil « couchant, se a celi jour ou six jours devant plus prochains, « c'est assavoir du vingt cinquième jour du dit mois d'aoust « jusques au dit deurnier jour d'iceli mois nous ne sommes ' « secourus par home de notre part qui soit si fort sur les « champs en l'un des dix six jours, qu'il puisse lever pour « bataille le dit connestable et affronter li et ses gens, ou

« celi et ses gens qui de par le roy de France, ou de par le « dit connestable, y serait député. Auquel cas seront pris « de chacusne part deux chevaliers, pour faire planner et « unir la place d'entre les deux batailles. Et sont et seront a ces choses entendues en bonne foi sanz nul mal engin. « Et en cas que nous serions si fort que nous nous peussion^j « combattre et feussions desconfis, rendrons la ville et le « chastel ledit jour, dedans l'heure dessus dite. Item : Est « accordé que nous de la dite establie par nulle autre voie « quelconque que par celle dessus dite ne nous pourrons ne « devrons tenir pour secourus. Item : Est accordé par nous (^ connestable que celi jour ce secours venoit à la dite « establie. les queulx hommes qui y sont porront issir pour « estre et combattre avecque leur dit secours ; et aussi les « hostages ci-après nommés baillés de leur part se porront « combattre avec leurs gens se il leur plaît, par si que du « capitaine qui viendra de leur part. Ils bailleront bonne « seureté par la foi du dit capitaine et par ses lettres « ouvertes scellées de son scel, de rendre la ville et le chastel a de Saint-Jehan au cas qu'ils ne seroient secourus par la a manière que dessus. Item : Est accordé par nous de ladite « establie que les autres non nobles, servans et gens de a pié, ne partiront de la dite ville ne du chastel, ne se « secourons, conforterons, ne aiderons, ne recevrons dans « la ville ne le chastel nuls de ceulx qui viendraient pour « secourre, ne aussi ne prenrons ne recevrons aide ne confort « de eulx. Item : Est accordé par nous de la dite establie « que nous ne chevaucherons, ne pillerons au pais du roy « do France, de ses aidant, ne do nul de ses subgez durant « ce temps. Item : Avons accordé que ce dit temps dui'ant « nous ne partirons de la dite ville, ne nous avitaillcrons ne « croistrons de vivre quels qu'ils soient, ne croistrons de « gens que de capitaine, ne laisserons entrer dans la ville « autres gens et autres vivres, que ils ne conforteront la « ville de nulz ouvrages ne de nulle artillerie. Item : Avons « accordé que pour quelconque treuves, astinances ou souf- « frances de guerre qui se puisse prendre entre les deux

« roy, nous ne Tarrons que nous ne rendions la dite ville et

« le dit chastel à la dite journée... les convenances se

« nous n'estions secourus par la voie dessus dite. Item :

« Avons accordé que si nous savions qu'aucun de nos gens

« qui chevauchent et pillent au païs du roy de France, nous

« les en destourberons et se ils estoient à notre connaissance,

a nous les en punirons. Ce néanmoins, ce les gens du roy de

« France en connoient aucuns, ils les en pourroient punir

« sans pour ce déprécier. Item : Avons accordé que du jour

« duy en avant nous ne empirerons la ville ne le chastel de

« Saint-Jehan, mais le rendrons au jour dessus dit en

« Testât et au point qu'il est maintenant. Item : est accordé

« que ce dit présent traité fait et parfait et juré d'une part,

« par advant deux des chevaliers de nous connestable

« entreront dedans la ville et le chastel à seureté et avec

f< deux gentilz hommes de la dite ville:. . et leur devront

« montrer par leur serment, sans nulz ne celer, et ce fait.

a les deux dits chevaliers et deux gentilz hommes... leur

«' serment selon la quantité de vivres qu'ils trouveront, et

« la quantité de gens... yceulx vivre... en feront venir et

« administrer de dehors par leur argent durant chascun

« jour pour vivre eux et leurs chevaux jusques... Item : Kst

« accordé par nous connestable devant dit que nous, en

« notre personne, conduirons ceulz de la dite establie de

« Saint- Jehan à Tours, ou ferofis conduire par le maréchal

« de France, ou par le comte de Lille, en sa compagnie

« Clerraont et Boucicaut, et en porront emporter avec eux

« leurs biens, les vendre ou aliéner ainsi comme bon leur

« semblera. Item : Leur avons accordé que éeulz de la

« ville de Saint-Jehan, qui s'en voudront aller avecque eux

« puissent aller et emporter ce qu ils en voudront emporter

« de leurs biens ; et que ceulz qui voudront demeurer

« auront leurs corps et leurs membres sauces. Item : Est

« accordé de nous de lestablie dessus dite que les biens

ft des dessus ditz qui voudront demourer dans la ville seront

tt et demeureront sous la saurcrjardc du connestable. Et a

« tenir toutes les choses devant dites et chascunes à'icelles

SAIST-JEA.N 9

« fermes et accomplies en bonne foi feurent accordées, « convenanciées et jurées par la manière que dessus est dit. « nous sire de Copanne, Giraut de Saint-Aon, Gailbart « Durant, Pierre de Cartelnuef et Jehan de Montignac, « escuyers devant diz, pour nous et les dessus nommés de « la dite ville et establie de Saint-Jehan, avons baillié et « baillons au dit connestable les hostages ci-après nommés, « c est à savoir : Messire Pierre Gombaut, Guillaume Naple, a Marestain de Santon, Richard du Temple, Raymonet « Durant . . . de la Duz, Loy s de Somput, Gautier Méos,messire « Arnaut de Copanne et Bernart deCastelnuef. En tesmoings « des choses dessus dites, nous connestable de France « devant dit, et nous Guillaume Raymont. sire do Copanne, « Giraut de Saint-Aon, Gailhart Durant. Pierre de Castelnuef « et Jehan de Montignac, escuyers dessus dits, avons scellé a ces lettres présentes de nos sceaulz. Faites, accordées « et données devant Saint-Jehan d'Angeli, le cinquième « jour dudit mois d'aoust, Tan de grâce mille ccc cinquante « et ung. »

D'après Froissart, les Anglais n'ayant pas été secourus et n'ayant plus de vivres, rendirent la ville sans combat, à l'expiration du délai fixé pour la capitulation. D'après Holinshed, au contraire, le fils de lord d'Albret, à la tête de six cents hommes d'armes, aurait tenté de faire lever le siège, mais sans pouvoir y réussir. Il y aurait donc eu bataille, et voici ce qui paraît l'indiquer :

Pendant le siège, Thebaut de Gï^anges, lieutenant de Guillaume l'Archevêque, seigneur de Parthenay, chargé d'un commandement dans l'armée, ayant déployé son gonfalon aux armes de Surgères, fut provoqué par Hugues de Surgères, qui lui contestait le droit de porter les armes de sa famille, comme n'étant pas de sa lignée. Le combat fut empêché par Guillaume l'Archevêque, et. dans un jugement rendu par le duc de Berry, à Niort, le 21 août 1379, au sujet de cette contestation entre les familles de Granges et de Surgères, il est dit que Hugues de Surgires

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fut trouvé mort après la bataille qui suivit le siège de Saint-Jean-d'Angély.

Aussitôt que le connétable de France fut en possession do la ville, en considération des maux et dommages que ses habitants avaient soufferts, tant lors de la prise de la ville que depuis, par les vols et le pillage des Anglais, il en confia la garde, pendant un an, à la loyauté du maire et des jurés, avec mission d'en réparer les fortifications en ruines, donnant pleins pouvoirs à ces derniers sur les habitants, auxquels il fit faire le serment d'obéir promptement aux ordres qui leur seraient donnés à ce sujet.

Tout le temps que Saint-Jean-d'Angély était resté au pouvoir des Anglais, ces derniers s'étaient emparés des recettes du minage, et n'avaient point payé pendant deux ans, au chapitre de l'église archiépiscopale de l'ours, une rente de soixante livres qui lui avait été léguée par Guillaume de Sainte-Maure, doyen de cette église. Les chanoines de Tours en ayant demandé le paiement, lors du retour de 'la ville sous la domination française, le roi Jean enjoignit au sénéchal de Saintonge, en 1351^ de leur en faire payer les arriérés.

Les Angôriens avaient été réduits à une si grande misère que la plupart furent pendant plusieurs années obligés d'avoir recours à la mendicité. Les privations avaient réduit leurs corps à une telle débilité qu'ils n'avaient plus la force de faire le guet pendant la nuit sur les murailles on ruines, le corps de ville n'ayant pu se procurer les fonds nécessaires po.ur les relever ainsi qu'il l'avait promis au connétable en 1351. La ville était donc ouverte, sans défense, et à la discrétion de l'ennemi. Les barons et les nobles du Poitou et de la Saintonge. réunis par le connétable pour aviser aux moyens propres à éviter une pareille perte, s'empressèrent de faire parvenir leurs doléances au roi. Jean le Bon chargea Arnoul d'Audeneham, maréchal de France, son lieutenant dans les pays d'entre Loire et Garonne, de prendre les mesures nécessaires au salut de la ville et de ses hal^itants. Le 17 janvier VS6% en conformité des lettres royales, le

maréchal ordonna que soixante hommes de guet, aux pages de deux sols tournois chacun, payés par le trésorier des guerres^ veilleraient chaque nuit sur les murailles de Saint- Jean, pendant tout le temps nécessaire. En outre, il alloua nu maire, sur le même trésorier, une somme mensuelle de trente livres tournois pendant un an, pour réparer les fortifications. Jean de Clermont, seigneur de Chantilly, maréchal de France, et lieutenant pour le roi en Poitou, Saintonge et Angoumois, ordonna Texécution des lettres royales et de l'ordonnance d'Arnoul d'Audeneham, le { août 1354.

La campagne environnant la ville, ravagée pendant la guerre, ne présentait plus à la vue qu'un désert inculte ; les vignes brisées ou arrachées, ne pouvaient fournir le vin nécessaire à la consommation des habitants. Jean de Clermont, en considération de la loyauté et de Ta bonne volonté que le& Angériens avaient eues pour le roi de France, voulant réparer autant que cela était en son pouvoir les ])eines et dommages qu'ils avaient soufferts et souffraient chaque jour encore de? conséquences de la guerre, les autorisa sur leur demande à faire entrer dans la ville, pendant trois ans, des vins étrangers pour les vendre en taverne, contrairement aux privilèges du corps de ville, qui ne permettaient cette sorte de vente que pour les vins provenant des héritages de ses membres.

Autant la conduite cruelle et sanguinaire des Anglais avait amoncelé de haine dans le cœur des Angériens, autant le roi de France, en cherchant à réparer les maux causés par ses ennemis, s'était affermi dans leur affection. L'année suivante (13oo), ils donnèrent une nouvelle preuve de leur attachement à la France ; sous la conduite de Richard d'Angles, sénéchal de Saintonge, et de concert avec la flotte et les arbalétriei's rochelais. ils chassèrent les Anglais de Salles, de Hochetort et de plusieurs autres places de l'Aunis, dont ces derniers venaient de s'emparer.

Malgré lour fidélilc et tout ce qu'ils avaient soufferts pour la France, les Angériens devaient bientôt cesser encore

de lui appartenir. I^ fatale bataille de Poitiers, perdue par Jean lo Bon et suivie du traité de Brétigny, les fit passer sous la domination anglaise. Aux termes de ce traité, le roi Jean abandonnait à l'Angleterre, pour sa rançon, entr'autres provinces, TAunis et la Saintonge, depuis la Sèvre jusqu'à la Gironde. En conséquence, par ordre du loi de France, Saint-Jean-d'Angély dut recevoir sans résistance les officiers du roi d'Angleterre.

La remise de la ville et du cMteau fut faite à Jean Chandos, commissaire du roi d'Angleterre, par Loys de Harcourt, vicomte de Chàtellerault, et Guichard d'Angles, vicomte de Saint-Sauveur, sénéchal de Saintonge, commissaires du roi de France, le 8 octobre 1360.

« Jehan Chandos partit de Surgières le huictiosmc jour « de octobre et vint à Saint-Jehan-d'Angeli.

« Et envoïa devant maistre Pierre Pigache, pour montrer « les chartes et lettres de la délivrance de la dite ville et a du J3aîs, liquieu les monstra et bailla aux maire, bour- « geois et habitans de la dite ville, pour avoir cens entr'eulx « et auxi leur bailla la lettre à eux adroyssée de par « le roi de France sur la délivrance de la dite ville et du « chastel.

« Et après ce arriva le dit messire Jehan Chandos à la « dite ville, à la porte de TAunis, en sa compagnie messire « Richard de Statfort, le vicomte de Rochechouart, le sire « do Surgières et plusieurs aultres.

« Illec trouva messire Loys de Harccort, vicomte de « Chastellerault, et messire Guischard d'Angles, commis- <t saires de par le roi de France sur la délivrance du païs « et aussi trouva Jehan de Marteaux, maire de la dite « ville, avec plusieurs autres bourgeois et habitans d'icelle.

« Et après ce que les dits commissaires du roi de France ^ curent faits le commandement du roi de France, par « vertu de leur commission audit maire, de être obéissant « et entier en la subjection du roi d'Engletcrrc, nostre '< seigneur, en signe de vraye subjection et oubeissance. il « baillast les chefs de la dite ville au dit messire Jehan

« Chandos, lieutenant de nostro dit seigneur le roi d'En- « gleterre, pour et au nom do li le dit maire, emprès la « dicte chartre et autres lettres visitées et eu advis dessus, « obéissant à leur commandement selon la tennour de la dite « lettre, baille les dites cliefs au dit messire le lieutenant, « en luy baillant et délivrant par le commandement des « dits commissaires la pocession et saisine réelement et « deffait de la dite ville pour et au nom du roi d'Engle- « terre notre dit seigneur, et ses hoirs et successeurs, pour « la tradition des dites cliefs pour l'entrée de la^dite ville « et par la prise de taroils de la dite porte.

« Et emprès ce que le dit messire Jehan Chandos, lieu- « tenant dessus dit, eut prins et appréhendé la saisine et 4 pocession comme dit est de la dite ville pour et nom de « notre dit seigneur le roi d'Engleterre, bailla au dit maire « les dites cliefs en garde pour le roi d'Engleterre, notre « seigneur, jusqu'au lendemain, lequiel maire les prins et « reçut au nom que dess;.îs.

c( Et d'illec le dit messire Jehan Chandos ala droit au « chastel de Saint-Jehan, ensemble le dit commissaire et « ovvec eux la compagnie dessus dite, et illec estoient « Pierre de TEspine et Bertet de Sainte-Herbe, lieutenants « de Tassart Delavenue, chastelain au dit chastel, aux « queux les dits commissaires firent le commandement de « par le roi de France qu'ils lui baillasscnl les cliefs du dit « chastel affîn do les bailler au dit messire le lieutenant diï « roi d'Engleterre, notre seigneur, lesquieux lieutenant de « Tassart baillèrent les cliefs du dit chastel es dit com- « missaire.

« Les quieux commissaires baillèrent présentement les « dites cliefs et la possession du dit chastel au dit mon « seigneur le lieutenant pour et au nom du roi d'Engleterre. « nofre seigneur, liquieux les prinst et accepta pour et au « nom que dessus, en signe de bonne et vraie possession « pour le roi notre seigneur d'Engleterre, nos seigneurs ses « enfants, leurs hoirs et successeurs ; et en icelle possession « incontinent entre au dit chastel, en prenant aux mains

ft«B7^ :- * -

«t le toroil de la porte et entra au donjon et fist les autres « choses et solempnités qui appartènent à fere.

« Et ce fait le dit mess, le lieutenant de notre dit seigneur « le roi d'Engleterre baille les dites cliefs et la garde du dit « chastel aux dits lieutenants du dit Tassart pour et au « nom de notre dit sire le roi d'Engleterre jusqu'au « lendemain.

« Emprès le dit messire le lieutenant fist fere un cri de « par le roi d'Engleterre, notre sire en la dite ville, que « tous fussent le landemain à Tostel des frères précheours « dedans heure de prime pour devant lui en la manière « que es aultres villes a été fait.

« Le landemain neuviesme jour d'octobre en dit ostel des « frères, en la présence de messire le lieutenant, de messire <r Richard Stafiford, messire Lois de Harecort, et de messire « Guischard d'Angles, furent messire Guy Larchevesque, « seigneur de Taillebourg, et messire Loys, vicomte do « Rochechouart, seigneur de Tonnay-Charente, lesquieux « firent requeste au dit messire le lieutenrnt de leur fere « délivrer leurs dits lieux de Taillebourg et de Tonnay, « lesquieux étaient tenus et occupés pour nom du sire de « Campene et par messire Pierre de Landwas, et par la « paix le doivent estre rendus et délivrés. Et ensemblement, « le maire et habitans de Saint-Jehan requeroient que les fli dits lieux feussent vuydés pour la paix et tranquilité « de pais, avant qu'ils fessent le serment d'obéissance, et « ainsi devait être fait pour la paix ; sur laquelle chose leur « fut accordé par nous le lieutenant les ditz lieux estre « délivrés aux dits seigneurs d'iceuls dedans la feste de « tous les saints et il manda le dit monseigneur le lieute- « nant, le sire de Campene et les cappitenniers des dits lieux « de Taillebourg et de Tonnay pour leur parler sur la « délivrance des dits lieux.

« Et reçut le serement d oubeissance des maires et « échevins de la dite ville de Saint-Jehan et des autres, en « la dite ville, dont les noms s'ensvivent et le firent en la « forme et manière qu'il est escript :

*< Nous jurons et promettons à vous, sire et lieutenant du « roi d'Engleterre, notre seigneur, que dores en avant serons (( à notre dit seigneur le roi d'Engleterre, et à ses hoirs et « successeurs, vous et autres ses lieutenants, commis et « députés, pour nous et pour nos hoirs et tous les nôtres, « bons et loyaux, aubeyssans et subgiez : son corps, vie et « membres }.;arderons, sauverons et détendrons ses biens et « ses droyts, mesmeinent la cité et la ville de Saint-Jehan, « à lui, à ses hoirs et successeurs, à son oubéissance « garderons et détendrons contre toutes personnes qui « peuvent vivre ou mourir ix noustre loyaulx pouvoir sans (( jamais recognoistre aultre seigneur ou souverain, et à vous « sire lieutenant et à tous aultres ses ministres et officiers « ferons au nom de lui les oubeyssances et serements « accoutumés, bon aide et conseil donnerons, son secret « cèlerons sans révéler à nulle ses ennemis, domages et « destourbance deflfendrons et contredirons les hommages, « services et revenances h lui dehues en la ville et « dépendance, bien et loyalement ferons, ses rentes et « autres devoirs li payerons et rendrons et le promettons et « jurons sur les saints évangiles de Dieu icy présent, sur le « signe de la croys, sur nostre baplesme, sur nostre foy et a nostre créance, sur notre part de paradis, sur dampnc- « ment de nos âmes, pour nous, nos hoirs et successeurs.

« Jehan Marteaux, maire ; id. en son privé nom ; Jehan « Roille ; Bernard de Marteaux ; Pierre Roille ; Jehan « Miilon ; Bernard Villatte ; Pierre d'Essideuil ; Jehan « Tronquière ; Guillem Roille ; Pierre Morisson ; André ^ Costellier ; Jehan Gaillard ; Philippe Phéron ; Arnaut « de Mahon ; Ambroys de Matha ; Jehan Hullin ; (îuillem « Boteville ; Jehan Leiièvre ; Gyraud Germain : Colin « Mausset ; Michel Faurc ; Robin Pierre ; Jehan Baudon ; « Jehan Grant ; Guillem Fradin ; Iléliot Chevalier ; Jehan <i Costantin ; Jehan Chevalier ; Iléliot Chotard ; Joffrion « Michel ; Colin Texier ; Pierre Boucard ; Pierre Porchier ; « Guillem Giraud ; Yvonet Meyrc ; Guillem Doigne ; <i Robin Lemaire ; Jehan (Jaudosse ; Re^juaud de Pineux ;

« Jehan de la Porte ; Jehan Bauvet ; Guillem Seguin ; « Guillem Bauvet ; Robert Abbcnz ; Guillem le Clav^reur ; <k Arnaut Alcite de Lart ; Raolin, son frère ; Pierre Fouchet ; « Hugues Bidaut ; Guillem de la Porte ; Colin Malgendre; « Jehan Guyié; Jehan Arnaudin : Pierre Lemosin ; Jehan « de la Prade ; Jehan de Bonercsse ; Pierre Baudin ; Pierre « Babaut; Guillem de Roilac; Thomas Régnant; Bertrand « Maynnard ; Robin Villain ; Meriot le IJ^lasson : Jehan « Roiihe ; Jehan de Bassart ; Jehan de la Porte ; Jehan de « Virez ; Jehan Morin ; Pierre Vitardier ; Arnaut Vitardier ; « Jehan de Maire ; Galouchat ; Jehan Bernet ; Mathiot de « Tournay ; Mess. Martin Gilbert ; Jehan Doré ; Jehan « Dufour ; Ytier Recubreour ; Jehan de Reims ; Pierre t Aloîs ; Pierre Roy ; Jehan Batjavelle ; Jehan Couârt ; « Bertrand Biset; Jehan Coreau ; Jehan Illayret ; Guillem « Martin ; Jehan Bonin ; Guillot Roy ; Clément de Crest ; « Jehan Basin ; Pierre Olier; Robert Roux; Guillem Raoul ; « Jehan Oudins ; Pierre Pannetier ; Pierre Michaud ; Robert A Moraut ; Jehan Guy ; Guillem Maurin ; Guion Jocelin : « lîuillem Chauveau ; Guillot de la Coste ; Pierre Arnaut ; a Pierre Achart ; Armant Faure ; Jehan Clerjcaut ; Alain « Legoux ; Giraud de Caumont ; Guillem Baquier ; Raoul « Juglar ; Pierre Plumagier ; Guillem Hervey ; Guillem « Bouy ; Jehan Gilebert ; Jehan Haureau ; Jehan Besson ; « Thévenot Roux ; Pierre Barie ; Jehan Bassot ; Jehan « Renoul ; Guillem Renoul.

« Ce même jour, neuvième d'octobre, serement de « loyaulté dans la forme ù peu de chose près que celle des a écheving, par :

« Messire Guy Larchevêque, seigneur de Taillebourg ;

« L'abbé de Saint-Jehan. Tétole au col, une main sur la « poitrine et l'autre sur les saints évangiles ;

a Messire Jeffrey du Furie ;

« Jehan Sauveur, à cause de sa femme et doyt en été « jonchère et en y ver paille, à cause du poys du roy qu'il « tient ;

tt Maitre Pierre Maurccsseau, à cause do Elles, son (ils ;

« Le prieur de Saint-Savinien, serement de reconnais- « ?anoe de souveraineté à cause de sa temporalité, ressortant « sans moyen à Saint-Jehan ;

« Le seigneur de Mauzé, pour sa terre de Mauzé et de « Milescu et sa terre du Bordet ;

« Messire Jehan de la Brouce, chevalier ;

« Simon Chaffroy ;

« Messire Bertrand Tison, chevalier ;

« Messire Guy de Bancey, chevalier ;

« Helie Plaute, à cause de sa femme ;

« Messire Jehan la Personne, vicomte d'Aunay, à cause « de la vicomtesse sa femme.

«Jehan Chandos nomma ensuite chastelain de la ville et « chastel de Saint-Jehan messire Richard Totesham, qui le « fut aussi de La Rochelle, et le dit jour fut institué et « stabilité Jeffré Michel, prévôt de la dite ville.

« Le dix octobre, le lieutenant^ après avoir reçu le « serement de plusieurs seigneurs et expédié par courrier « pour Bordeaux les lettres patentes pour la prise dé « possession de plusieurs villes, le onze se partit de la ville « de Saint-Jhean, allant à Saintes. »

Jean Chandos, en prenant possession de Saint-Jeand'Angély, avait promis de conserver à Téchevinage la jouissance des nombreux privilèges, qui lui avaient été donnés par les rois de France. Le corps de ville eut bientôt Toccasion de rappeler cette promesse au gouverneur anglais. L'autorisation de vendre dans les tavernes des vins étrangers, accordée pour trois ans aux Angériens en 1354 par Jean de Clermont, était expirée, mais la vente n'en avait pas moins été continuée jusqu en 1362, à la faveur des temps troublés, et constituait un abus préjudiciable aux intérêts du corps. Les uns prétendaient que le vin qu'ils faisaient entrer dans la ville était destiné à leur consommation personnelle ; les autres que c'était pour le sauver du pillage, tandis qu'en réalité tous en tiraient profit en le faisant vendre au détail dans les tavernes. Les membres du corps de ville demandèrent Tautorisation de faire saisir et

répandre tout vin qui ne proviendrait pas de leurs propres héritages. Richard Toteshara fit droit à leur demande en prohibant Tentrée des vins étrangers dans la ville, mais à partir seulement du jour de la Toussaint à venir, par le motif que le roi d'Angleterre et son fils devant, dans Tintervalle, venir visiter Saint-Jean-d'Angély. il aurait été regrettable que la ville ne fut pas suffisamment approvisionnée devin pour cette circonstance. Le sénéchal ordonna, en outre, de lever, à partir de la même époque, six sols par chaque tonneau de vin, pour aider à mettre les fortifications en état.

La visite du roi d'Angleterre à Saint-Jcan-d'Angély et les faveurs dont il combla ses habitants ne purent faire oublier aux Angériens qu'ils étaient sous la domination anglaise ; efiflammés par les victoires successives du connétable Bertrand Duguesclin, qui en '1372 s'avançait sur la Saintonge, ils n eurent pas la patience d'attendre l'aide que leur apportait ce vaillant guerrier. Entraînés par Patrice de Cumont, leur maire, ils se ruèrent sur la garnison anglaise, et après un sanglant combat, dans lequel Patrice de Cumont et de nombreux bourgeois furent tués, ils parvinrent à la chasser de la ville et du château. Les pertes douloureuses subies par les Angériens dans cette journée ne les empêchèrent pas de célébrer leur victoire par des feux de joie, qui, pendant la nuit suivante, furent allumés dans tous les quartiers. Duguesclin fit quelques jours après son entrée dans Saint-Jean-d'Angély, toutes portes ouvertes pour le recevoir, et n'eut qu'à faire prêter aux bourgeois le serment de fidélité au roi de France. Cet acte de courage patriotique valut aux Angériens toutes les faveurs royales ; Jean, duc de Berry et d'Auvergne, comte de Poitiers, de Maçonnais, de Saintonge et d'Angoulôme, par lettres de grâce du l*''^ octobre 1372, les amnistia de toutes peines criminelles, corporelles ou civiles qu'ils pouvaient avoir encourues pour homicides, larcins, injures, violences, sauvegarde enfreinte et autres délits ou crimes ; ordonna la restitution des biens confisqués pour désobéissance ou

rébellion envers le roi à tous ceux qui reviendraient à son autorité, et mit les Angôriens, leurs familles et leurs biens sous la sauvegarde royale.

Charles V confirma ces grâces par lettres du 15 novembre 'J372 et étendit l'amnistie à tous les crimes commis pour faits de guerre, accidents, rumeurs, noises ou autres, rétablissant leurs auteurs dans leur ancienne bonne famé, renommée et biens.

Ebranlées par les sièges successifs, les fortifications avaient besoin de continuelles et fort coûteuses réparations, auxquelles les habitants étaient toujours appelés à concourir. Quelques-uns d'entr'eux s'y refusèrent, entr'autres des gens possédant rentes, propriétés foncières ou autres revenus assis tant dans la ville que dans les faubourgs. Le maire s'en plaignit au roi. Celui-ci, après avoir exanîihé les motifs invoqués par les refusants, ne les ayant pas reconnus fondés, maintint les réclamants dans le rôle de répartition de la taille établie à ce sujet, et manda au sénéchal de Saintonge de les « contraindre rigoareuscinent à contribuer à la dite Jbrtî'/icciiion , »

Toute l'énergie du maire sudîSait à peine pour faire respecter les importants et nombreux privilèges du corps de ville, car il avait h lutter sans cesse contre des communes rivales, de puissants seigneurs, et môme des princes du sang. Jean Berthelot, lieutenant du sénéchal, avait fait saisir et inventorier, à la requête du procureur du duc de Berry, les biens d'un pair du corps de ville, Jehan Rousseau, sans y avoir appelé les sergents de la commune, ainsi que le voulait l'article 4 des lettres de ISSI. Le corps de ville, assemblé en mésée, ordonna que les privilèges seraient montrés aux officiers du duc, avec menace, dans le cas où ils ne voudraient pas s'y conformer, de les poursuivre devant le conseil du roi.

D'un autre côté, Hélie Auirroy, prévôt du roi, avait arrête et emprisonné dans le château de Saint-Jean-d'Angély un bourgeois nommé Aymory Barbe, sans préalablement l'avoir présenté au maire, conformément aux mêmes privilèges*

Sur les représentations qui lui furent faites, le prévôt s'empressa de reconnaître qu'il avait empiété sur les privilèges du maire, il fit sortir de prison le détenu et le présenta au maire, en s'engageant à indemniser Aymery Barbe du préjudice qu'il avait pu lui causer, en se dispensant de remplir cette formalité, il offrit même de payer l'amende que le maire croirait devoir lui infliger.

De plus, le corps de la ville de La Rochelle ayant refusé de reconnaître que les jurés de Saint-Jean-d'Angély étaient francs et quittes de toutes impositions à La Rochelle, Téchevinage décida qu'il poursuivrait la reconnaissance de cette exemption.

Enfin, Jean Courant, de Soubise, fut ajourné devant le sénéchal par Guillaume Desbordes, lieutenant du roi en Saintonge, à l'effet de produire les prétendues lettres de grâce en vertu desquelles il s'était permis de lever le vingtième sur les denrées que les Angériens avaient fait passer et repasser par bateau devant Soubise, et à défaut restituer les droits qu'il avait perçus indûment et contrairement aux privilèges des Angériens.

Des succès importants avaient, depuis l'avènement d'Edouard III au trône d'Angleterre, relevé le courage des partisans de ce prince sur le continent, et les hostilités continuaient sur divers points du royaume. Les Anglais occupaient sur la Garonne quelques places fortes, d'où ils faisaient de fréquentes irruptions au nord de la Charente. Héliot de Plassac, qui commandait la garnison anglogasconne du château de Bouteville, dans la haute Saintonge, et qui se rendait surtout redoutable, par les déprédations qu'il exerçait dans tout le pays environnant, vint piller jusque devant Saint- Jean -d'Angély, où il faisait de fréquentes apparitions, en l'absence de Ilern le Coret, sénéchal de Saintonge, occupé ailleurs pour le service du roi avec ses chevaliers. Le maire prit toutes les précautions que la prudence lui prescrivait contre un coup de main de ce redoutable adversaire. II organisa le guet, le reguet, la garde des portes, et, comme il n'avait pas assez d'hommes

en âge de porter les armes pour suflSre à tous ces services, il enriMa les enfants depuis Tâge de quatorze ans, menaçant les défaillants d'une amende de dix-sept sols dix deniers, somme énorme 4 cette époque. Il nomma des capitaines chargés chacun de la garde d'une partie des fortifications, et donna ce poste de confiance aux citoyens les plus recommandables. Sire Ambroise de Matha et sire Guillaume Roilhe furent chargés de défendre la partie comprise de la tour de TEspingolle au château royal ; Pierre Seigneuret^ celle du château à la tour Pierre Assailli ; sire Bernard Tronquière, depuis cette dernière tour jusqua celle des Lussaut; Hélies AufFroy, la partie qui s'étendait de la tour des Lussaut à la Tour-Ronde ; et sire Bernard de Marteaux, celle de la Tour-Ronde à la tour de l'EspingoUe, y compris cette dernière. On renforça les fortifications d'une palissade faisant le tour de la ville, palissade à laquelle chaque habitant s'engagea de travailler un jour par mois.

Toutes ces précautions, en assurant la sécurité de la ville, ne pouvaient rien pour la protection de la banlieue. Les habitants de la campagne étaient dévalis.és de tout ce qu'ils possédaient ; les récoltes étaient détruites avant leur maturité ou enlevées à peine mures avec les bestiaux ; les voyageurs étaient de nouveau détroussés par les gens de Bouteville ; les marchandises n arrivaient plus ; la fortune avait fait place à la misère et la disette se faisait sentir. N espérant plus l'envoi des secours que le corps de ville avait sollicités, en invoquant les lettres de protection çt de sauvegarde que Charles V avait accordées à la ville en 1373, ni aucun aide financier, que le vide du trésor mettait le roi dans l'impossibilité de lui donner, le maire se décida à convoquer ses bourgeois, le 10 juin 1379, et après leur avoir exposé l'extrême détresse ou se trouvait la ville, leur déclara qu'il ne voyait d'autre moyen de l'en sortir « quen « prenant de rechef pâti ob le capitaine de Bouteville pour « le profit de tout le peuple ». C'est-à-dire acheter de nouveau la neutralité de ce capitaine, qui, moyennant le paiement d'une redevance annuelle, s'était déjà engagé à

respecter les Angériens dans leurs personnes et dans leurs biens.

Le retour du Sénéchal vient heureusement peu après relever lo moral des Angériens, abattu par toutes ces calamités, aussi il fut accueilli avec la plus grande joie et le corps de ville lui souhaita la bienvenue par des présents. Sa présence fit cesser les bruits de reddition qui commençaient à circuler, il ouvrit, de concert avec le maire, une enquête sur des propos tenus par la femme d'un chapelier, qui prétendait que trois ou quatre bourgeois avaient vendu la ville à Tennemi. Le résultat de Tenquète ne fut pas divulgué ; cependant, • de plus grandes précautions que par le passé furent prises pour la sécurité de la ville, et, le 16 décembre 1379, Téchevinage fit le règlement suivant, relatif à la garde des fortifications :

« Sont d'assent que toutes manières de gens qui sont « ordonnés à faire la garde des portes y soient en leur « personne, et qu'ils n'ouvrent qu'une des portes jusqu'à « passé toutes les soirées de Noël. Et que ceux qui font « reguet y soient en leur personne ou personne suffisante. « Que ceux qui font les reguets devers le soir ne partent de « dessus les murs jusqu'à ce que ceux devers le matin soient « venus. Que ceux qui font le reguet devers le matin ne « partent de dessus les murs jusqu'à ce que les guettes « soient sur les porteaux qui doivent faire le jour et « jusqu'à ce que la guette du clocher ait sonné trois coups t le sin, laquelle ne le sonnera jusqu'à ce qu'il soit temps c d'ouvrir la porte. Que les guettes du jour y soient si « matin qu'ils y trouvent les reguets et guets sur les murs. « Et que l'on mettait le jour guette sur la porte qui « n'ouvrira point, ainsi que sur la Tour-Ronde et la porte « de Niort. Et aussi l'on mettra un ou deux des portiers « sur le porteau de la porte qui ouvrira. Et que l'on fera « leà estiguets de la manière que l'on le solait faire. »

L'argent faisant absolument défaut pour soutenir la guerre, il fallut avoir recours à l'impôt ; le conseil du roi frappa de douze denfers par livre tournois toutes les marchandises

vendues dans la ville et ses faubourgs, à Texception du vin vendu au détail, déjà imposé au huitième du prix de vente et du seK sur lequel il était perçu vingt- francs d'or par muid, mesure de Paris. Cet impôt, tombant inopinément sur des gens qui mouraient de faim, avait soulevé parmi le peuple un mécontentement général. Le maire avait eu à ce sujet une altercation assez vive avec le sénéchal, qui, pour faire cesser Topposition du corps de ville et l'encouragement au refus de payer dont il donnait Texemple, avait fait saisir les revenus de la commune. Bernard Courtaut et Hugnes Bidaut, chargés par le corps de ville d'aller près du roi eu solliciter la décharge, n'avaient pu obtenir qu'une réduction de quatre deniers, les huit autres étant destinés aux fortifications. Lorsque ces députés rendirent compte de leur mission, à la mésée du 25 février 1380, le maire déclara hautement ainsi que Giraut de Fages, l'un des conseillers, qu'on ne pouvait les contraindre à payer cet impôt, et qu'ils entendaient n'en rien payer. Cette déclaration et l'altercation que le maire avait déjà eue avec le sénéchal ayant été rapportées au chancelier de France, le corps de ville fut obligé, pour éviter des difficultés sérieuses, do déclarer, à la mésée du 2 mai suivant, qu'il av^it pour agréable le mandement du roi réduisant l'imposition de quatre deniers, mais il désavoua en même temps ceux qui avaient rapporté au chancelier « que le sénéchal de Sainlonge était aigre ob le maire, bourgeois et commune », et il chargea le maire d'écrire en son nom une lettre d'excuses au sénéchal. Les difficultés furent ainsi aplanies. Le 8 du même mois, sir André Coutelier donnait récépissé au lieutenant du sénéchal des titres saisis, et la commune rentrait dans la possession de ses revenus :

« Sachent tous que nous, André Coutelier, maire de la « ville et commune de Saint-Jehan d'Angély, et Hugues a Bidaut, procureur d'icelle, confessons et reconnaissons « aujourd'hui avoir eu et reçeu de honoiable Jiomme « Geoffroy Ayraut, lieutenant de M^'*" le sénéchal de « Saintonge, les privilèges et lettres de la commune et

P-Çi-.

-Ti -

« autres lettres qui sont en une sache qu'il avait ett garde «de M^ le sénéchal, et aussi avoir pris et accepté la « délivrance de la dite partie du souchet, du revenu des (( portes de Champdolent et do Tonnay-Boutonnc, du « pavage, des portes de la ville de Sainl-Jelhin. et autres « revenus qui mis avaient été ja pieça à la main du roi (« nàessire ». , ^

La ville employa une partie des ressources que lui procurèrent ces différents droits pour faire construire un pont a jouxte raumôncrie fors la ville Saiitt-Jeltan », oc aujourd'hui //* pont Saint-Jacrjucs ou de Taillehoufr/y et « plus vulgairement le « grand po/it ».

Le 19 juin 1^80, l'ennemi annonçait î-a présence dans les environs de Saint-Jean-d'Angély par l'enlèvement de quatre bœufs pris dans la prairie. Le maire demanda aussitôt une ordonnance du sénéchal et la nomination do commissaires pour contraindre les habitants des villages de la banlieue, ainsi que les gens d église, à faire le guet et le reguet, dans la ville.

A la fin de l'année, le duc d'Anjou, régent du royaume, convoquait, à Paris, les barons de France pour avoir leur avis sur la situation du royaume, et Bernart Courtaut se rendait à son mandement pour y représenter la commune. Il fut pourvu aux frais de son voyage au moyen d'une taille de vingt livres tournois sur les Angériens.

Les Anglais étaient alors à Fontaine, attendant une occasion favorablo pour surprendre Saint Jean- d'Angély, et cherchaient à se ménager des intelligences dans cette ville. Le procureur de ('ognac, qui avait été en leur compagnie, étant sorti de Saint-Jean-d'Angély plusieurs fois et rentré sans autorisation, fut soupçonné de leur servir d intermédiaire avec des affidés, et se vit refuser l'entrée de la ville. Il fut aussi décidé, par surcroît de précautions, qu'aucune troupe de gens d'armes no serait admise dans la ville, à moins qu'elle ne fût composée d'hommes bien connus.

La situation de la ville, comme celle de toute la Saintonge

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du reste, était devenue intolérable et ne pouvait durer longtemps ainsi ; le corps de ville pria Tabbé des bénédictins d'aller lexposer au duc de Berry et de le presser d'avoir pitié de sa détresse. L'abbé obtînt du duc qu'il tenterait un grand effort contre les Anglais, et, quelques jours après, le prince chargeait le connétable, Olivier de Clisson, de convoquer les seigneurs du Poitou et de la Saintonge pour avoir leur avis et leur concours. Voici la lettre adressée par le connétable au maire de Saint- Jean-d'Angély et au sénéchal de Saintonge :

« Très cher et grant ami, je entans que brièvement niez « une certaine jornée assignée en certain lieu on païs de par « delà ou sera M*^'' de Berry et la plus grande partie du « pays de Poitou et Saintonge, pour certaine ordenance (( fère pour le bien commun ; si vous prie qu'il vous playse « a y estre, pour ce que nous parlons ensemble sur le fait « du dit païs ordenner. Très chier et grant ami, le Saint- « Esprit vous aïet en sa garde. Escript le xxvii^ jour (( d'Avrilh.

(( Le connétable de France ».

Mais pour lever des troupes en nombre sulTisant et tenir la campagne, il fallait de l'argent qu'on- ne trouva pas et Ton fut obligé de remettre à plus tard l'exécution des nîesures arrêtées.

Au milieu do toutes ces difficultés, le monastère de Saint- Jean traitait ses intérêts particuliers avec le plus grand calme. Le 19 avril 1381, Gérald d'Orfeuille, son abbé, recevait le serment de féauté que lui devait Louis, seigneur de Taillebourg, pour son fief du Cluzeau, dans la mouvance de l'abbaye.

Ce môme abbé de Saint-Jean-d Angély rendit un service signalé aux Angériens, en acceptant l'arbitrage d'un procès entre la commune et Bernard Tronquière, ôchevin. Ce dernier avait été député au roi par le corps de ville, afin de solliciter un don de deux milles livres pour réparer les fortifications, ainsi que la confirmation de certain3 privi-

rr^-

lèges importants. Retenu sept mois et demi â Paris pour remplir sa mission, et n'ayant pu obtenir que deux cent cinquante livres au lieu de deux mille, il avait dépensé en frais de séjour et autres, au delà de la somme qu'il avait obtenue. Poursuivi par le' procureur, pour le versement dans la caisse de la commune des deux cent cinquante livres qu'il avait reçues, Tronquière appela la commune en gamntie et alla en appel devant le parlement de Bordeaux. Le corps de ville se divi,sa à Toccasion de ce procès : les uns prirent parti pour la commune, les autres pour Tronquière ; le reste des habitants en fit autant, et la ville se trouva partagée en deux camps adverses, employant l'un contre l'autre tous les moyens, même les injures et les menaces. La querelle s'envenima tellement que le sénéchal ^put craindre un moment que la défense de la ville s'en ressentît en cas d'attaque de l'ennemi. Le parlement, ayant ordonné une enquête sur les faits du procès, envoya à Niort deux conseillers chargés d'entendre les parties. Ces magistrats leur ayant conseillé de se soumettre à l'arbitrage de l'abbé, elles y consentirent. L*abbé s'adjoignit quatre membres du corps de ville et quatre parents de Tronquière et reconnut la commune débitrice de trois cents livres envers ce dernier, sentence qui fut acceptée ^par toutes les parties.

L'ennemi rôdait toujours dans les environs, mais n'osait rien entreprendre de force, sachant que la ville était bien gardée. Le 18 septembre 1383, cependant, il reçut des renforts et parut se disposer à une attaque prochaine. Le corps de ville, pour parer h cette éventualité, fit murer, pour en faciliter la défense, les portes de Taillebourg et de Matha, qui étaient en très mauvaise état, ne laissant que les basses portes pour l'entrée et la sortie des piétons. Il ordonna, en outre, à tous les habitants valides, de se tenir constamment armés pour être prêts à tout événement, en attendant qu'on eût négocié un nouveau pâti avec l'ennemi.

L'année d'après, le 28 février et jours suivants, Guillaume

dc NoilJac. sénéchal de Suintonge, tint ses grandes assiî^es à Saint-Jean-d'Angély, dans la salle de Téchcvinage. Cette solennité judiciaire avait attiré dans !a ville, indépendam^ ment des parties intéressées et des gens de justice, toute la suite militaire du sénéchal.. A cette occasion, le corps de ville offrit en jirésent à ce dernier deux tonneaux de vin, payés sur le produit de la ferme du Souchet.

Un acte qui honore les Angérions et qui prouve Ja profonde reconnaissance qu'ils avaient conservée au connétable Bertrand Dugucsclin, fut Tempressement qu'ils mirent à se conformer au vœu de ce grand homme (Je guerre, en concourant au paiement de la rançon d'Olivier Duguesclin. son frère, fait prisonnier au siège de Cherbourg en VMS, et mis à la rançon de 40.000 livres. Voici la délibération prise à ce sujet par le corps de ville, le 8 juillet I38i'.

« Sont d'assent que Ion facet la taiihée sur tous les « habitants de la somme de vingt livres qui ont esté « empruntées de l'argent du souchet pour paîcr Taide que « Ton fait à Mo»' Olivier du Glesquin pour paîer sa rançon « et accomplir le test de feu Mik le connestable de « France. »

Les Anglais avaient pris Taillebourg et Jarnac-Charente, et venaient, lie ces deux villes, piller sans opposition la banlieue de Saint-Jcnn-d'Angély. chassant les cultivateurs des champs et enlevant leurs bestiaux, aucune force militaire n'ayant pu leur être opposée, malgré les demandes continuelles de subsides faites aux Angériens ])Our la réunion des gens d'armes qui devaient les protéger contre le pillage. Le corps de ville supplia le sénéchal d'avoir pitié des sounrances du peuple; et, puisqu'il était impuissant à les protéger par la force, de permettre au maire d'acheter au moins la neutralité des capitaines ennemis, afin que les cultivateurs pussent faire le labour des terres et les e!)semcHcer.

Cette demande lui fut accordée, et il traita moyennant cent livres tournois avec Admon de la Pierre, capitaine de Taillebour<^.

Durand de la Perrière, lieutenant a Bouteville pour le captai de Buch, ayant eu connaissance do ce traité, alors que celui qu*il avait obtenu autrefois pour son maître était expiré, signifia au corps de ville, par une lettre des plus impérieuses, que le captai n'avait donné mission à qui que ce fût de traiter pour lui, et qu'il eût à lui envoyer, aussitôt le reçu de sa lettre, .personnes suffisantes pour traiter, sous peine de voir ses gens recommencer le pillage :

« Durand de la Perrière, lieutenant à Bouteville pour « My le captai de Buch,

« Aux maire, bourgeois habitants et retraïans de la ville « de Saint-Jean-d'Angély et de toute la banlieue.

« Je vous mande que tantost vîst' les présentes vous veniez « appatisser à raoy à Bouteville sous la peine d'estre « pillages, si comme j'ai entendu que vous avez pris pâti « de Taillebourg, sachez que je vous ai fait prendre pàti de « moi par nul homme qui soi. . . Et c'est mandement. . .

« Sous mon propre scel, le 22 avril 1386. »

Le corps de ville, sans force armée, ne pouvait résister à de pareils arguments ; il savait par expérience (juc l'exécution suivrait de près la menace ; il décida donc^ le 31 août 1386, que le pàti consenti avec le capitaine de Taillebourg, serait payé, pour que ses gens n'eussent motif do piller la ville et sa banlieue. Il s'engagea, en outre, envers le captai de Buch, à lui payer chaque année, à la Saint-Michel et à la Toussaint, une somme de cent livres, un drap de velours, treize housses de selle et huit mains de papier. D'après une reconnaissance donnée par le corps de ville, en 1391, cette redevance était considérablement augmentée, elle consistait alors en deux cent trente francs d'or, sept draps de belinieau, vingt aunes de toile, six livres d'espras, huit mains de papier, une selle et une bride de cheval garnies, et quatre francs d'or.

Chaque capitaine ermemi se crut alors en droit d'exiger le paiement de sa neutralité, et les Angériens furent obligés de traiter avec le « Soudan de la Trau », titre emprunté à VEgypte par les seigneurs de la Trau. (En 1336 le seigneur

de Didonne prenait le titre de « soudan de Preyssac, seigneur de la Trau et de Didonne ».) Les lettres de reconnaissance de ce pâti, datées du 21 avril 1391. contiennent des détails très précis sur les obligations imposées aux Angérieps et la nomenclature des seigneuries faisant partie de la banlieue de Saint-Jean-d'Angély.

« Sachent tous que nous, maire, écjicvins, conseillers et « pairs de la ville et commune de Saint-Jean-d'Angély, « confessons devoir bien et loyalement à noble homme « messire le Soudan de la Trau, la somme de sept vingt « francs d'or et les droits appartenant auxdits sept vingt « francs ; c'est assavoir : sept marcs d'argent et quatre marcs « d'agent pour les petits droits, plus cinquante francs pour « les bilhetes, et un marc d'argent pour la quittance, pour « cas dudit pâti et souffrance de guerre par lui à nous donné <i dès le seixième jour du mois de mars 1390 jusqu'à un an « ensuivant, pour les religieuses personnes, bourgeois « marchands et autres gens quelconque, demeurant, mar- « chant, habitant et résidant en ladite ville de Saintce Jean-d'Angély, faubourgs et banlieu d'icelle, et pour les a paroisses deMazeray, Asnières. Fontenet, Saint-Julien, « Antezant, Saint-Pardoult, la Chapelle, Pouzou, Landes, « Poursay, la Vergne, Torxé, toute la terre d'Hérisson. (( Chantemerle, Sainte-Mesme, et toute la terre du cliam- « blain de la Fayolle. Laquelle somme de sept vingts « francs, d'or, sept marcs d'argent, et pour les grands droits « trente-sept francs, quatre mates d'argent pour les petits « droits, et cinquante francs pour les bilhetes et saucoudre <t et le marc d'argent pour la quittance. Nous, lesdits maire, « échevins, conseillers et pairs, y mettons et sommes tenus « payer et rendre audit Mo^ le Soudan de la Trau, ou au « porteur de ces présentes lettres pour les termes qui « s'ensuivent, c'est assavoir la quarte partie dedans le « premier jour de mai, juillet, octobre, décembre, et par « tout le temps comme ledit pâti tiendra... Et seront tenus « de payer chacun terme, de quoi l'on jouira huit jours, le' « terme entièrement. »

Le capitaine de Jarnac eut également son pâti ; les conditions ne devaient pas être plus douces que celles de Bouteville et de Mortagne, puisque Jehan Bidaut, chargé d'en faire la recette, avait des gages fixés à douze livres par an.

Les voyageurs et les marchands angériens qui avaient affaire en dehors des limites de la banlieue, avaient soin de se munir de laisser-passer qui leur était délivré par le maire, pour se faire reconnaître et pouvoir circuler sans être molestés. Voici les termes de celui délivré à Jean Foucaut, juré de la commune, le 26 mai 1391 :

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, « Berthommé Marquis, maire de la ville et commune de (L Saint-Jean-d'Angély, salut', savoir faisons que Jean « Foucaut, demeurant en la ville de Saint-Jean, porteur de « ces présentes lettres, est notre juré et bougeois de ladite « commune, si prions et requérons tous justiciers et officiers « du roi nostre sire, et autres, et leurs lieutenants, que « ledit Foucaut, notre juré et boui'geois, avec ses biens, « bêtes et denrées et marchandises, ils laissent aller, venir^ « passer et repasser franchement et paisiblement, sans faire « ni mettre empêchement contraire, ne au préjudice des « privilèges, franchises et libertés de ladite commune. Et a pour certification de laquelle chose nous avons fait mettre « à ces présentes lettres le scel aux causes de ladite « commune. »

Les ennemis ne furent pas seuls à profiter des malheurs de la pauvre cité ; les amis crurent aussi pouvoir tirer quelque profit de sa* détresse. Le seigneur de Tonnay- Boutonne prétendit avoir commission pour prélever des droits sur les bateaux de la Boutonne. Le corps de ville,- ne pouvant parler haut, essaya d'arranger à l'amiable cette affaire, et réussit à faire renoncer ce seigneur à ses prétentions, en prenant à la charge de la ville le coût de la réparation des écluses de Tonnay-Boutonne, alors en fort mauvais élat. Mais, en 1399, le même seigneur émit encore la prétention de prélever de un à quatre fardeaux de drap

de laine, selon Timportance ducliargement, sur les bateaux chargés de cette marchandise passant devant Tonnay^^ Boutonne. Il ne fut pas aussi facile de s entendre avec lui que lors de ses exigences premières, et la commune fût contrainte de se pourvoir judiciairement contre cette demande arbitraire.

Complètement épuisés par les impositions de toutes sortes

' qu'ils étaient dans l'impossibilité de payer, les Angériens

adressèrent, en 1388, une supplique à Charles VI, dans

laquelle ils énuméraicnt les charges fiscales auxquelh^s ils

ne pouvaient plus satisfaire :

Ils restaient devoir : pour Timposition de huit denier» par livre et pour celle de vingt francs par muid de sel, dix-huit cents livres ; sur la taille pour la guerre de Casse], cinq cents livres ; pour Tarmée envoyée en Espagne sous le commandement de Duguesclin et la guerre du duc de Lancastre, cinq cents Ii\Tes ; plus le paiement des rançons et pâtis de Bouteville. Morlagneet autres; enfin, ils avaient à reconstruire deux cents toises de murailles écroulées. Ils terminaient leur supplique en déclarant : que leur impuissance à satisfaire à ces charges leur commandait de quitter le pays et d'abandonner ainsi leur ville à l'ennemi ; que cent vingt bourgeois avaient déjà transporté leur domicile dans des villes exemptes d'impôts, et que le reste des habitants se préparait à suivre leur exemple.

Le roi, reconnaissant la justesse des plaintes des Angériens et craignant de les voir mettre à exécution leur projet d'abandonner la ville, leur fit remise, en 1388 et 13tK), de de ce qu'ils restaient devoir des 'dites impositions. De plus, il leur restitua l'argent prêté pour la délivrance de Taillebourg, et le corps de ville désigna trois de ses membres pour en faire la répartition entre les prêteurs. ' Une trêve, désirée depuis longtemps, fut conclue, le 18 août 1388, à Blayo, par les commissaires de la France et de l'Angleterre. L'armistice devait commencer le 20 août et se prolonger jusqu'au 10 mars suivant, soleil levant. Pendant sa durée, il ne devait être fait aucune prise de

personnes ni do forteresses ; tout pillage, vol, incendie, démolition de maison, abattis d'arbres portant fruits, et tous autres faits de guerre devaient cesser- Charles VI profita du répit que lui laissait la trêve pour corriger quelques-uns des abus qui s'étaient introduits dans le royaume à la faveur des dissensions intestines et de la guerre étrangère. Une grande quantité de fausse monnaie avait été importée du Périgord dans la Saintonge ; il en fît rechercheriez colporteurs, dont il fut fait justice pour servir d exemple.

A l'expiration de la trêve (16 mars 1389) la guerre recommença ; le vicomte de Meaux vint se cantonner à Saiat-Jeand'Angély, avec quelques chevaliers, pour garder le littoral de l'Océan et s'opposer aux Anglo-Gascons, qui reparaissaient de temps en temps pour dévaster et piller.

Les hostilités se prolongèrent pendant quatre ans, sans avantages marqués pour l'un ou l'autre des partis; la folie de Charles VI, étant survenue sur ces entrefaites, rendit la paix indispensable. Des négociations furent entamées à Amiens, sous les auspices des ducs de Bourgogne et de Berry, mais sans résultat, et une trêve nouvelle ne fut conclue qu'un an après, à Lalinghem, village anglais sur la limite des comtés de Boulogne et de Pohthieu.

Cet armistice permit au maire de Saint- Jean-d'Angély de rétablir Tordre dans les finances de la ville. Ne pouvant obtenir la reddition des comptes des collecteurs des tailles, et ces officiers percevant sur les habitants des sommes arbitraires, il s'en plaignit au roi. Ce dernier ordonna, le 4 mars 1391, à Jean de Harpedane, seigneur de Mon tendre, sénéchal de Saintonge, de se faire rendre les comptes des collecteurs en présence du maire et de trois ou quatre bourgeois notables.

La paix ayant été conclue, l'armée commandée par de Coucy et le vicomte de Meaux, son lieutenant, fut licenciée. Plusieurs compagnies avaient reçu l'ordre de se cantonner dans les villes, et notamment dans Saint-Jeand'Angély. A cette nouvelle, le maire, d'accord avec le

SAINT- iEAX iS

sénéchal, déclara tout d'abord qu'il refuserait de les recevoir, dans la crainte que les hommes d'armes ne missent à exécution la menace qu'ils avaient faite de traiter les Angériens aussi mal (juc les habitants de la banlieue, dont ils avaient pris de force les vivres sans les payer. Mais Aubert Espine, écuycr et capitaine d'une route composée de vingt arbalétriers et de quinze Gallois, s'étant présenté, recommandé par Aignellet de Laleue, lieutenant du vicomte de Mcaux, et invoquant les ordres du roi et de M. de Coucy l'autorisant à séjourner dans Saint-Jean-d'Angély jusqu'à nouvel ordre, le maire rassembla ses bourgeois, et, sur lavis de ces derniers, consentit à les recevoir, à la condition que le capitaine se porterait garant de la bonne conduite de ses hommes ; que ces derniers ne prendraient rien, sans le consentement des habitants et sans en payer la valeur ; et qu* Aubert Espine donnerait le nom de ses Gallois et arbalétriers, s'engageant à ne faire entrer personne autre dans la ville. Sur la liste des Gallois figurait un Jehan de Gennes, nom porté encore actuellement par une honorable famille angérienne.

Le vicomte de ]\Icaux vint lui-même résider à Saint- Jean-d'Angély et pour rendre son séjour et celui de sa suite moins onéreux pour les habitants, il fit dresser un état des prises de blé, vin, foin et autres provisions de guerre faites sur les Angériens, pour en faire payer le montant. Il fit aussi délivrer au maire, par Régnant Veilhard, son écuyer et maître du scel, une reconnaissance authentique des sommes ducs aux marchands angériens pour fournitures à sa propre maison, ce dont le maire le remercia au nom de la commune par une lettre des plus gracieuses.

D'un autre côté, Raymond Queux, bourgeois et juré de la commune, envoyé près du roi solliciter des fonds pour l'entretien des fortifications, rapportait de Paris des lettres accordant dix-huit cents livres, partie pour être afïectée aux fortifications, et partie au paiement des pâtis.

En reconnaissance des bons conseils et de l'aide donné

aux Angériens dans ces difficiles circonstances parle sénéchal Aymeri de Rochechouart, le corps de ville offrit à M™® la sénéchale un tonneau de vin blanc, quatre torches de cire du poids de quatre livres chacune, et deux douzaines de chapons qui coûtèrent au total 19 livres ?> sols deniers.

La ville ne borna pas là ses largesses. Après les grandes assises de 1393^ tenues à Saint-Jean, et auxquelles assistèrent Mo" de Coucy et de Mcaux, le sénéchal accepta six pipes de vin et six torches de cire. Les trompettes de ces seigneurs furent gratifiés de deux paires do bottines et d'une paire de chausses. Enfin^ le maire réunit dans un banquet, du coût de quaranic-cinq sols, l'avocat du roi et les conseillers qui avaient siégé pendant les assises, dans le but de s'entretenir avec eux de certaines questions relatives aux privilèges, avec Tcspoir de les mettre dans les intérêts de la commune.

Les routes, devenues plus sûres, permirent aux Angériens de reprendre leurs opérations commerciales avec les villes éloignées. Il y avait si longtemps que les marchandises faisaient défaut, que l'arrivée de quatre balles de mercerie,* venant de Paris, lit événement, et que le maire, Bernard Tronquière, s'empressa d'en informer les habitants.

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, « Bernard Tronquière, maire de la ville et commune de a Saint-Jehan d'Angéli, savoir faisons que Getfroy Guïart, « marchand, maître bourgeois et juré de la dite commune, (( arriva, et amena en la dite ville de Saint-Jehan, le xxui^ « jour de cesty moy de juing, et deschargea à son hostel, « quatre balles de marchandises do mcrserie, sur deux « chevaux, et les mist en vente à destailh en son ditliostel « et non ailheurs. Et. du pris et somme de quatre vins dis i francs, si comme il nous a fait présenté soy. Laquelle « marchandise il avait prins et achapté à Paris. Et à ^ certiffîer de co nous avons fait mettre et npuuscr, à la a. requestre du dit Gieiïroy, nostre juré, le petit scel aux « armes do nostre dite commune, le xxvr jour du dit moys « de juing l'an mil ni cent quatre vingt et treize. »

Les capitaines des gens d'armes admis dans la ville étaient dans l'impossibilité de tenir la promesse qu'ils avaient faite au maire lors de leur admission. Depuis longtemps déjà, ils n'avaient reçu leur solde, et la commune avait été obligée de pourvoir à leur nourriture et à celle de leurs hommes, pour éviter qu'ils ne prissent de force les vivres. Bien plus, les compagnies cantonnées dans d'autres lieux affluaient vers la ville, et le maire, Bernard Tronquière, fut obligé de s'assurer le concours des Gallois qui y étaient déjà entrés, pour éloigner au besoin par la force les routiers se présentant chaque jour aux portes et cherchant à en forcer le passage. 11 exigea d'eux un serment solennel, que le capitaine Madot et plusieurs autres prêtèrent, le 14 avril 1396, sur lautel de saint Jean-Baptiste, dans Tcglise abbatiale :

« Je promets et jure à sire Bernard Tronquière, maire « de la ville de Saint-Jehan, par la foi et serment de mon « corps, comme gentilhomme, que je baillerai par écrit les « noms et surnoms de tous ceux de ma route qui doivent « être de la garnison de cette ville par l'ordonnance de « Mq' de Coucy et de M^'' le vicomte de Meaux, sans autres « en avouer.

« Que ceux que je baillerai comme dit est ne prendront « en la ville de Saint-Jehan ni banlieue d'icelle aucune « chose quelconque sans payer, ni ne feront venir fourrage « ni autres choses pour mettre en cette ville, ne feront « déplaisir à aucuns ni en corps ni en biens.

« Que si aucun autre de ma route ou autre veut venir « loger en la ville, il n'y sera reçu si ce n'est pour se « repaître à dîner ou souper seulement.

« Je jure et promets par la foi et serment de mon corps « que si aucun voulait entrer par force ou autrement en la « ville malgré les portiers ou ceux qui seraient à la porte, « j'irai en armes et de tout mon pouvoir au secours et aide « du roi et du maire, et de vivre et mourir pour l'aider et « garder de force et violence. »

Ces malheureux soldats, chassés du plat pays, repoussés des villes, ne recevant pas de solde, étaient obligés de vivre

de pilhige. Charles VI, à qui leurs plaintes parvinrent, ne pouvant payer Tarriéré qu'il leur devait, recommanda à ses sénéchaux de laisser demeurer et vivre sur le plat pays, pendant deux mois encore, les Gallois et les Genevois qui l'avaient si loyalement servi, espérant qu'alors il pourrait payer leurs gages arriérés.

« Charles, par la grâce de Dieu roi de France, aux « sénéchaux de Saintonge, Périgord, Limousin, Quercy et « Angoumois, et à tous nos autres justiciers ou à leurs « lieutenants, salut : nous avons entendu que sous ombre « de nos lettres ou mandements à vous envoyés de par « nous, vous avez fait crier, défendre et publier par les « lieux notables et accoutumés de vos sénéchaussées, que « aucuns gens d'armes, archers, arbalétriers, ni autres gens « de guerre ne se tiennent, demeurent ou arrêtent sur le « plat pays, et aux justiciers et officiers des lieux, qu'ils « ne les y laissent ni souffrent demeurer, vivre ni arrêter « au grand grief, préjudice et dommage de certains Gallois « et Genevois, qui bien loyalement nous ont servi dans les « guerres de notre royaume, et qui par défaut de paiement « de leurs gages n'ont de quoi vivre, ni eux tenir en bonftes « villes, mais convient qu'ils se tiennent et vivent sur le « plat pays, jusqu'à ce que par nous leur soit autrement « pourvu. Pourquoi nous voulons à ce pourvoir, avons « ordonné de leur faire certains paiements de leurs dits « gages dedans deux mois prochains venant. Si vous man- « dons et enjoignons et à chacun de vous, si comme il « appartiendra, que iceux deux mois durant, vous laissiez « et souffriez les dits Gallois et Genevois vivre et eux tenir « paisiblement sur le dit pays, sans procéder ni souffrir « procéder par voie de fait contre eulx et aulcuns d'eulx, « pourvu toutefois que cependant ils ne demeurent plus « d'un jour en un logis et qu'ils ne prennent autres choses « que vivres tant seulement ; ce faites par telle manière « que métier ne nous soit de vous en plus écrire, nonobstant « les dites lettres et mandements vous eussiez et autres « quelconques à ce contraire.

« Douné à Melun, le vingt-quatrième jour d'avrilh. Tan « de grâce 1396 et de notre règne le seizième. »

Malgré la conclusion de la paix, les capitaines ennemis exigeaient toujours le paiement des pâtis qui leur avaient été consentis pendant la guerre ; aussi les Angériens exprimèrent-ils leur joie lorsqu'il leur fut dit que le comte de Sancerre, passant à Saint-Jean-d'Angély en 1396, se rendait à l'assemblée ' des commissaires de France et d'Angleterre pour traiter de l'abolition, ou tout au moins de la diminution de cet impôt de guerre. Mais le comte avait probablement pour mission secrète d'essayer de détacher la Guienne de TAngleterre au profit de la France, à la faveur du mécontentement que Ton supposait avoir été causé, dans cette province, par la déposition de Richard et son remplacement sur le trône d'Angleterre par Henri de Lancastre. Les Angériens députèrent à cette assemblée le chapelain et deux échevins^. Ambroise Fradin et Hugues de Cumont, avec mission « d'ouïr et de rapporter ce qui y sellait décidé. »

La question des pâtis fut bien traitée dans cette réunion ainsi que dans celle convoquée quelque temps après dans la ville de Saintes par Renaud VI de Pons. Les commissaires des deux rois y consentirent dans le principe une réduction d'un quart sur les pàtis dûs de part et d'autre et devaient en faire parvenir plus tard la confirmation officielle. En effet des lettres de Charles VI, du 23 novembre 1396, adressées au sire de Pons, furent publiées à Saint-Jeand'Angély et y causèrent une joie bien grande, suivie bientôt d'une déception plus grande encore, lorsqu'on y apprit que les capitaines anglais qui commandaient à Boutteville et à Mortagne pour le duc do Wit, neveu du roi d'Angleterre, refusaient d'y consentir et menaçaient de délivrer des lettres de* marque, malgré l'intervenlion de Renaud, en sa qualité de conservateur des trêves de Guienne. Le corps de ville, qui avait déjà fait rentrer les pàtis réduits d'un quart, fut obligé d'ordonner rétablissement et la perception d'une nouvelle ta.^e pour pouvoir payer le montant intégral

primitivement fixé, et éviter les désastreuses conséquences dont les biens et les marchandises des Angériens étaient menacés.

Deux membres de la commune Jean Païen et Jean de Sainte-Croix, blâmèrent éncrgiquement en pleine môsôe, la légèreté avec laquelle, selon eux, le maire avait accueilli cette nouvelle, et durent lui faire des excuses pour les paroles injurieuses qui leur étaient échappées dans le feu de la discussion.

Malgré d'incessantes réclamations, les capitaines anglais persistèrent dans leurs refus pendant plusieurs années et ce ne* fut qu'en 1399, qu'il consentirent enfin à la réduction convenue.

Le 3 février 1390, le maire, Bernard Tronquiôre, informé par le sénéchal de Saintonge, Jehan Ilarpedane, de Timminence de la guerre, fit part de cette fâcheuse nouvelle aux membres de la commune, et leur donna connaissance des dispositions qu'il avait l'intention de prendre pour la sûreté de la'ville, ainsi que les noms des échevins auxquels il voulait en confier la défense. Jehan Jugler, un de ces derniers, refusa l'ordre verbal et ensuite Tordre écrit, que le maire lui présentait à ce sujet, et s'ô'mporta en injures grossières, disant qu'il savait bien que Bernard Tronquière lui voulait du mal et cherchait à lui faire quitter la ville. Il ajouta que sa mauvaise administration finirait certainement par l'en faire sortir, ainsi que plusieurs autres bourgeois l'avaient déjà fait, qu'il ne voulait lui obéir eu rien. Traduit devant la cour de la mairie pour avoir faussé son serment d'échcvin en refusant d'obéir aux ordres du maire, Jugler pouvait être exclu à perpétuité de la commune. Il fut décidé que s'il voulait éviter cette peine, il devrait se soumettre et faire amende honorable ; que, pour ce, il viendrait, un dimanche ou un jour de fête solennelle, dans l'échevinage, à l'heure de mésée, en cotte simple, sans ceinture, pieds nus, une torche de cire à la main, et que là, à genoux, criant merci, il demanderait pardon au maijre, aux échevins et aux jurés de la commune ;

-Tf.-'^r

que de plus, il paierait une amende qui pourrait s élever jusqu'au cliiffre de mille livres. Jugler se soumit probablement à cette humiliante réparation, car il continua de figurer sur la liste des officiers de la commune avec sa qualité d'échevin.

Bien que la trêve de 28 ans conclue entre la France et TAngleterre, à l'occasion du mariage de Richard avec Isabelle de France, ont été rompue par suite du mécontentement causé en Angleterre par l'évacuation des ports de Brest et de Cherbourg, une des conditions de ce mariage, aucun fait de guerre important n'eut lieu, cependant jusqu'en 140o. Dans le cours de cette année, le maréchal Jacques de Montbron s'empara de Mortagne, dont il fit démolir la forteresse par des manœuvres envoyés par le corps de ville aux frais des Angériens. Les Anglais rassemblèrent des forces considérables pour venger cet échec, et menacèrent bientôt la Saintonge du sud. Le corps de ville envoya un de ses membres au roi, pour lui faire connaître les dispositions de ses ennemis, et, en attendant les secours qu'il en obtiendrait, il chercha à s'entendre avec le sire de Pons et Tévéque de Saintes sur les premiers moyens de résistance à opposer.

Jehan de Harpedane, sénéchal de Saintonge^ rassembla ses hommes d'armes, et demanda la levée dans la sénéchaussée d'une nouvelle taille pour les soudoyer. Il voulut même profiter de cette circonstance pour faire payer Tanière dû aux troupes qu'il avait soi-disant entretenues antérieurement sur la frontière, pour la garde du pays. Le maire refusa d'en consentir la levée dans la ville et sa banlieue, sans au préalable. avoir l'avis de ses administrés. Ces derniers, dans une assemblée populaire tenue dans l'échevinage, le 25 mars 1406, décidèrent que cette taille ne pouvait leur être imposée, et que, dans le cas où les receveurs passeraient outre à leur opposition, le procureur en appellerait devant le conseil du roi, aux frais de la commune. Cependant, le lendemain même de cette décision, le corps de ville crut prudent, avant de soutenir ropposition

des habitants, d'attendre la décision du plat pays sur le même sujet, et le maire engagea le sénéchal à diflfôrer la levée de Timpôt dans la ville.

Les trois états de Saintonge s'assemblèrent à Saintes, le 14 mai 1406, pour délibérer sur semblable demande du sénéchal. Le sire de Pons, Jehan de Harpedane, ctl'évêque de Saintes, y assistaient ; Saint-Jcan-d'Angély y était représenté par Jean Bidaut, qui avait pour instructions de n'y consentir rien sans autorisation du corps de ville, auquel il fit le rapport des décisions prises par l'assemblée dans les termes suivants :

« C'est assavoir qu'en tant que touche certaine taille qui « a été mise sus, pour soutenir les gens d'armes qui ont « été sur la frontière par le temps passé, il n'en serait « pî^yé pour ce que le pays n'en avait fait aucun consent.

e Et en tant que touche le temps à venir, M»*" de Pons, « l'évêque, le sénéchal, Ms' d'Archiac, M'^^ Jean de Mau- « mont, messire Antoine de Surgères, furent d'opcnion « qu'il soit levé en Saintonge quatre cents livres, pour « payer cent hommes d'armes pendant deux mois, pour « tenir la frontière, et jà les y a envoyés. »

Les Angériens furent appelés de nouveau à se prononcer sur les décisions de l'assemblée de Saintes, et, le 21 mai, ils décidèrent que le maire s'entendrait avec le sénéchal pour payer le moins possible de la taille nouvelle, jusqu'à concurrence de cent livres au plus, et seulement après les vendanges faites ; mais que, dans tous les cas, le sénéchal étant garde du pays et de la justice du roi, il faudrait s'incliner devant sa volonté. Cette condescendance aux volontés du sénéchal n'était qu'apparente ; elle n'avait pour but que de gagner du temps, pour permettre au procureur de la commune de faire parvenir au conseil du roi les plaintes des Angériens à rencontre du sénéchal et de ses exigences.

Le 10 août, une nouvelle assemblée des trois états de Saintonge eut lieu à Saintes, sur la convocation du chevalier Ytier Bonneau, commis à ces fins par le connétable.

SAINT-iEAN i'4

L'échevinage s*y fit représenter par les échevins Berthommé Marquis et Hélie Duvcrger, accrédités près du connétable par une lettre collective :

« Très puissant et très redouté seigneur :

<i Nous nous recommandons à vous, si humblement que « nous pouvons, et vous plaise savoir que nous avons reçu « vos lettres faisant mention que nous nous trouvissions à « Saintes certain dixième jour d août, pour la convocation « que vous avez ordonnée au dit lieu de Saintes le dit jour. « Et pour ce, très puissant et très redouté seigneur^ en « obéissant au roi messire et à vous, nous envoyons à la « dite journée et convocation notre bourgeois et échevin « sire Berthommé Marquis et Hélie Duvergier en sa com- « pagnie, et vous supplions très humblement qu'il vous « plaise de les avoir pour recommandés, très puissant et « notre très redouté seigneur, nous prions au benoist fils a dé Dieu que par sa sainte grâce il vous donne bonne et « vie longue.

« Ecrit à Saint- Jehan-d'Angély, le 9^ jour d'août.

« Les très humbles et obéissants maire et les échevins de « Saint-Jehan-d'Angély. »

L'opposition du corps de ville aux exigences fiscales du sénéchal amena bientôt un conflit dont le corps sortit triomphant. Chaque année après, l'installation du nouveau maire, ce dernier, d'accord avec son conseil, désignait les membres de la commune devant remplir pendant sa mairie les diverses fonctions d'officiers de la commune ; parmi ces derniers figuraient les procureurs chargés de poursuivre les procès devant les divers degrés de juridiction. Jean Chauveau, l'un d'eux, avait été chargé de protester, à Paris, contre la taille que Jehan Harpedane avait indûment perçue ; ayant obtenu gain de cause, il se vit en butte à la haine du sénéchal. Ce dernier chargea son lieutenant-général à Saint-Jean-d'Angély, Pierre Coutelier, de s'opposer à ce que, à l'avenir, Jean Chauveau fut désigné comme procureur. Pierre Coutelier se rendit à la mésée du 20 août 1406, et là, devant le corps de ville, il appuya son opposition sur

les injures et vilenies que Jean Chauveau avait dites de la personne du sénéchal et de ses fonctions. Le maire lui répondit que le corps de ville désavouait son procureur s'il avait tenu des propos injurieux contre la personne ou les fonctions du sénéchal ; mais que, s'il n'avait fait que dépeindre au roi et à son conseil les mauvaises affaires, la pauvreté et les misères de la ville et du pays, soit pour empêcher la levée de certain fouage (lue Ton exigeait avant son heure, ou pour toute autre affaire, il le tenait au contraire pour agréable et Tapprouvait. Puis, le maire donna acte à Pierre Coutelier de la réponse qu'il venait de lui faire, et, sans plus s'arrêter à l'opposition du sénéchal, le corps de ville maintint Jean Chauveau comme procureur de la commune.

Les doléances des Angériens portèrent leurs fruits. Le 18 septembre 1406, le maire assemblait ses bourgeois et jurés, pour leur faire savoir que Ytier Bonneau, chevalier du connétable, lui avait fait défense, ainsi qu'aux bourgeois, d'obéir à Jehan Harpedane comme sénéchal de Saintonge, mais bien à Pierre Coutelier, ordonné par lui et le connétable « Justice de par le roi, »

Le commune do Saint-Jean-d'Angély perdit, en 1400, un de ses administrateurs les plus remaquables, le maire Bernard Tronquière, qui fut élu huit fois et mourut dans lexercice de ses fonctions. Ce maire était si jaloux des privilèges de l'échevinago qu'il s'opposa à ce que Pierre Girart, assesseur de Pierre Coutelier, lieutenant du sénéchal, se servit de l'hôtel de l'échevinage pour la tenue des séances de la sénéchaussée. Pierre Girart reconnut sans difficulté que le roi ni ses officiers n'avaient cas ni raison de tenir cour dans l'échevinage sans la permission du maire, et offrit d'en donner acte. Quelques jours après, Jean Bagueneau, fermier de la prévôté de Saint-Jean-d'Angély, louait la salle de l'échevinage quatre écus d'or, pour servir aux grandes assises et aux tenues de la sénéchaussée de Saintonge.

Le duc d'Orléan, allant assiéger Bourg, arriva à Saint-

Jean-d*Angély le 3 octobre 1403. Le maréchal de Rîeux, Jacques de Montbron, le sire de Pons, le maire de La Rochelle, Jehan Doriolle, et deux membres du parlement, faisaient partie de sa suite. Le corps de ville lui fit une réception brillante et n'oublia pas de lui offrir, ainsi qu'à tous les seigneurs qui raccompagnaient, le présent traditionnel de bienvenue consistant en une quantité de vin en rapport avec le rang de chacun.

Pendant son séjour, le duc s'était convaincu que la ville n'avait pu se relevei de Tétat de délabrement et de pauvreté dans lequel l'avait mise les Anglo-Gascons lorqu'elle était en leur pouvoir, et aussi en raison des tailles et fouages que ses habitants avaient été contraints de payer an roi de France, soit pour solde des gens gardant la frontière, soit encore pour l'achat de plusieurs châteaux et forteresses de la Saintonge, du Périgord et do TAngoumois, notamment de Taillebourg. Aussi, par lettres datées de Cognac, du il janvier 1407, affecta-t-il à la réparation des fortifications deux cents écus à prendre sur la taille destinée à payer les dépenses du siège de Bourg. Le corps de ville s empressa d'employer cette somme. Il commença par acheter du prieur de Fontenet le droit de tirer de sa carrière les pierres qui lui étaient nécessaires, et cela moyennant une rente annuelle de vingt sols, payable en poisson le jour de la mi-carcme. Mais la somme allouée n'ayant pas été suffisante pour remettre les fortifications en état, le roi y ajouta, le li novembre 1407, le produit de deux années de l'aide sur les vins, appelé « souchet ou entrée en ville », perçu à raison de cinq sols sur chaque tonneau vendu dans l'intérieur de la ville à deux deniers la pinte diminuée d'un .seizième au profit du vendeur. Les vins amenés ou déchargés dans les faubourg et le port étaient également soumis au souchet.

Des difficultés fréquentes s'élevaient entre les Angéricns, soutenus par le corps de ville, et les gens de l'Abbaye, par suite de l'extension donnée par les moines aux droits seigneuriaux réels ou prétendus de leur abbé. Ce dernier, comme seigneur de Saint Jean-d'Angély, avait droit de

picolinngo sur les avoines, à la charge de fournir de picotin, celui d'ajuster et de marquer les mesures à blé, vin, huile et sel, ainsi que les aunes et les poids en usage dans Ja ville et le faubourg Taillebourg, jusqu'au pont Perrin, limite de sa seigneurie et de celle du comte de Taillebourg qui avait fait graver ses armoiries sur le pont « la cape et Tépée » et y avait un bureau do péage pour la perception de ses droits seigneuriaux. Enfin, il était tenu de fournir les mesures de longueur aux marchands forains qui étalaient les jours de marché sur les places publiques, afin de garantir Tunitô de mesure dans les transactions. Les marchands pour éviter le paiement du droit imposé pour ces formalités, avaient pris l'habitude de se prêter mutuellement leurs mesures, mais le prévot-moine, voyant diminuer par ce fait les revenus de Tabbé, voulut, en 1408, leur interdire cette faculté, et commença même des poursuites contre les récalcitrants; le corps de ville prit fait et cause pour les marchands, et força le prévôt-moine à renoncer à ses prétentions.

L'arrestation et l'emprisonnement d'un bourgeois et juré de la commune, nommé Laurent Vinet. opérée Tannée suivante sur les terres de la seigneurie de la Folatière, par les officiers de l'abbé, souleva un nouveau conflit qui fut. porté devant le sénéchal. Ce conflit fut terminé par un compromis qui, pour ménager la susceptibilité des deux parties, ne donna gain de cause à aucune d'elles.

A ces difficultés intérieures vinrent s'ajouter celle?^ de Vextérieur d'une bien autre gravité ; des bandes de gens d'armes, accompagnés d'archers et d arbalétriers de diverses nations, congédiés par leurs capitaines, et, malgré leur licenciement, se disant encore au service de princes du sang ou d'autres grands seigneurs, s'étaient répandus dans la Saintonge et principalement dans les environs de Saint- Jcan-d'Angély, où ils avaient fini par séjourner, se logeant et se nourrissant chez les pauvres cultivateurs, qu'ils mettaient à rançon. Ils leurs prenaient argent, armes, chevaux, bestiaux et récoltes, sans rien laisser ni rien payer, si bien

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