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CHAPITRE XXXI Testaments et Sépultures

C'est surtout dans les testaments que se révèlent les mœurs, les croyances et ce que nous appellerons le fond d'une époque. Cet acte final de la vie présente, dans son côté naturel, écrit près du seuil de la vie future , constituait autrefois comme le trait d'union des deux vies. Le droit de propriété étant absolu, pour le père de famille comme pour le célibataire , au moment de la mort comme pendant la vie, la loi civile et la coutume laissaient l'homme, quant à la disposition de ses biens, presque entièrement libre et placé seulement en face de ses obligations naturelles et de sa conscience, dans la perspective de sa comparution prochaine devant le grand Juge qu'on ne trompe point.

De là le caractère essentiellement religieux que revêtaient les testaments et ces formules solennelles, résumé de la foi de toute la vie, qui n'étaient pas seulement un préambule d'usage, mais la base et la raison des dispositions dernières. Le testateur se souvenait que, propriétaire vis-à-vis de la société humaine et de sa famille, il était fermier vis-à-vis de Dieu, et, averti par l'âge ou la maladie que

l'heure approchait peut-être de rendre compte de la gestion de ses biens et aussi de la manière dont il les aurait abandonnés, il craignait, soit de mal en disposer, soit à'estre surprins (ficelle mort intesté et inconfus.

Gomme dernière affirmation de son droit, avant de s'occuper de ses héritiers, il songeait aux deux parties de lui-môme et réservait à chacune une part de son bien. Rien n'est beau, à notre avis, comme le calme avec lequel, sur le point de franchir la dernière marche de la vie, il réglait les secours que l'on enverrait à son âme et les honneurs que l'on ferait à son corps dans sa translation à son nouveau domicile provisoire.

Ne rions point de ces vieilles formules et de ces prescriptions minutieuses. Parce que l'État s'est fait, pour une large part, le testateur universel, et, pour une part aussi , l'héritier encore plus universel, le testament et le testateur ont vu diminuer, l'un son importance, l'autre sa responsabilité, et, dans le champ restreint où son droit est conservé, celui-ci, trop généralement, s'oublie lui-même. Nous avouons ne pas apercevoir du tout en quoi cela nous élève au-dessus de nos ancêtres.

Nous avons lu un grand nombre de testaments faits à Saint-Jean de Maurienne pendant le xv!** siècle. Ils se ressemblent tous, quant au fond.

Premièrement, le testateur fait le signe de la croix et se recommande à Dieu, oc à la benoite Vierge Marie sa mère, au benoit Saint Jean-Baptiste son patron, et à toute la cour célestielle de paradis, pour que icelle son ame, quand du corps la con-

viendra partir, veuillent requérir et garder que Tennemi de nature humaine neluy puisse nuyre. » Dans plusieurs actes, le testateur, se recommandant au saint dont il porte le nom, l'appelle son parrain,

11 ordonne que son corps soit déposé dans le ras ou tumule de ses prédécesseurs. En ce temps-là, les morts se groupaient par familles, comme les vivants; et c'était la même famille, qui possédait sa part de l'habitation des morts, comme vivante elle avait possédé sa maison et son champ à elle dans la commune. Il n'y avait nul privilège, car ce droit de sépulture en famille appartenait aux pauvres aussi bien qu'aux riches, sans bourse délier, et l'on ne pensait pas que le pêle-mêle et l'alignement dussent être plus imposés aux morts qu'aux vivants.

Les testaments entrent dans les moindres détails relativement à la sépulture et aux services religieux. Voici ce que nous trouvons à peu près dans tous.

Avant que le corps sorte de la maison mortuaire, les prêtres iront réciter auprès de lui le psautier de David. Tous les prêtres attachés à l'église paroissiale ei disant messe sont invités à la sépulture. La bière, portée par les amis et les voisins, sera entourée, selon la fortune du défunt, de quatre, six, huit ou treize pauvres, portant torches ou chandoelles et habillés de neuf en drap du pays, robes oncfiausses et saTjes avec soliers et couvre-chefs^ aux frais des héritiers. On leur donnera le dîner et quelques sous le jour de la fin de la neuvaine, à laquelle ils doivent assister.

A l'église, on célébrait toujours au moins trois

messes en présence du cadavre : une du St-Esprit, une de la Sainte Vierge et une des défunts, celle-ci chantée, précédée et suivie de ces prières, si belles de paroles et de chant, qui sont encore en usage dans une partie du diocèse : Languentilms inpurgatorio,.., aussitôt que le corps était déposé dans l'église, et les Eœaudi..., après la messe. Tous les testaments en font mention ; plusieurs ordonnent qu'après ces oraisons, les prêtres aillent saluer la Sainte Vierge, au nom du défunt, en chantant ou récitant le Salve, Kef/ina,,., au pied de son autel.

La neuvaine commençait le lendemain de la sépulture. Il y avait chaque jour au moins une messe; le dernier jour, après le service chanté et autant de messes que le jour de la sépulture, les héritiers donnaient à dîner, modestement, aux parents et aux amis qui avaient fait au défunt l'honneur de l'accompagner à la demeure de ses ancêtres avec chandelle en la main oupo^Hant icelluy corps,

Dansl'annéedu décès, on distribuait aux familles pauvres de la paroisse et même, si le défunt était riche, à toutes les familles sans distinction, une aumône d'un pain et d'un pot de vin, en signe de bonne a^nitié et fraternité, et affinque iceux pauvres^ frères, amis et concitoyens prient pour le réfrichère du dict défunt.

Lorsque le testateur a une fortune un peu considérable, les legs sont toujours nombreux, alors même qu'il a des enfants; mais souvent ce sont de simples souvenirs d'amitié. Il y en a pour les frères, les sœurs, les amis : une des chausses, un des bonnets du défunt, une robe, un chapelet ou

un livre de prières, etc.; il y en a pour les domestiques et les fermiers : une petite somme d'argent, une pièce d'habillement, quelques quartes de blé, un baril de vin, etc. Il y en a aussi pour l'église paroissiale et pour la chapelle de Bonne-Nouvelle : une livre d'huile pour la lampe, une torche à faire brûler devant l'autel, des chandelles, quelquefois une robe ou un manteau pour faire une chasuble ou une couverture d'autel. Les prêtres font à l'évêque un legs de quelques sous.

Un grand nombre de testaments prescrivent aux héritiers de faire célébrer les trente tresses ordonnées par le pape Saint Gi^égoire, trente jours de suite ; cinq messes en V honneur des cinq playesde Nostre Seigneur, cinq vendredys continuels ; sept messes en la révérence des sept doleurs de Nostre Dame, sept samedys ensuyvant. De 1560 à 1565, ces messes doivent ordinairement être acquittées par Antoine Losset, religieux de la chapelle de Bonne-Nouvelle, ou par Louis Pellissier, ermite de Sainte Thècle.

Le mari donne à sa femme l'usufruit de ses biens, tant qu'elle mènera vie charte et viduelle^ à la condition qu'elle fera dresser un inventaire et qu'elle nourrira et entretiendra les enfants, selon la faculté et condition du mari. La femme fait de même pour son mari. Un testament donne la raison de cette disposition ; c'est afin que les enfants, despendant de leur mèrCy ne perdent point la révérence et obéissance qu'ils doyvent à ycelle. D'ordinaire, le père de famille fait suivre cette clause de touchantes recommandations à sa femme de se souvenir de la double responsabilité qui v'a peser sur elle, et aux

enfants de reporter sur leur mère et de lui garder inviolablement le respect et la soumission qu'ils partageaient entre les deux auteurs de leurs jours. Ih prendront son avis en toutes choses, dit le jugeconier Pierre Rapin, et le suyvront en révérence, pour ftwHiur d'elle, et de moi, et de Dieu, et leur propre bOiûimr et prospérité.

Si le testateur n'a que des filles, elles sont ordinairement héritières par égales parts. S'il a des ^ar(;ons, la coutume n'a rien de précis : quelquefois, rahié seul est héritier universel; plus généralement rhéritaf;e est partagé entre les garçons, toujours avec des substitutions à l'infini, de mâle en mâle et d' aine en aîné. Ces substitutions donnaient lieu à d'interminables et ruineux procès, parce que souvent les revendications se produisaient de longues années après l'ouverture de la succession, quand les biens qui en dépendaient avaient déjà passé en plusieurs mains ou étaient possédés par des étrangers, ensuite de ventes dont il s'agissait alors de faire déclarer la nullité. Pour parer à cet inconvénient, les testateurs défendent souvent à chacun de leurs héritiers et à leurs descendants de vendre leur part d'héritage à des étrangers à la famille, sans ravoir offerte aux cohéritiers et sans faire constater leur refus par écrit.

Les antres enfants recevaient des legs payables, aux gareons, un an, quelquefois deux ans, après le décès du testateur ou après leur majorité ; aux filles, au moment de leur mariage. Jusqu'à cette époque, ils devaient être nourris et entretenus dans la maison paternelle comme du vivant de leurs parents*

Quelques extraits de testaments achèveront de peindre Tesprit et les mœurs de cette époque dans la petite cité de Maurienne.

Le 8 janvier 1547, Nicolas Polliac, chanoine de la cathédrale, et probablement frère ou neveu du fondateur de la chapelle de Bonne-Nouvelle, fait son testament devant le notaire Laurent Boudrey (1). Il veut être enseveli dans la chapelle de l'Annonciation érigée tout contre Téglise cathédrale (2), et ordonne que Ton mette sur son tombeau un bloc de marbre aussi gros qu'on pourra le trouver et qu'on y grave son nom, son prénom, la date de son décès, et rien déplus. Pour sa sépulture, on suivra la coutume des chanoines, et l'on fera, dans le chœur, les distributions ordinaires aux chanoines et aux bénéficiers. Le jour de la sépulture et le jour de lafin de la neuvaine, on dira la messe pour lui à tous les autels de la cathédrale et de l'église Notre-Dame : le jour de la neuvaine on fera une procession à son tombeau.

Il lègue au Chapitre 420 florins, soit une rente de 21 florins et 12 deniers gros, pour trois autres processions : le jour de la fête de saint Nicolas; le jour de celle de la translation du même saint, qui se célébrait le 9 mai; et le jour anniversaire de sa mort. Chacun de ces trois jours on dira une messe au maître-autel de la cathédrale et, les deux premiers, on fera l'exposition des reliques de saint Jean-Baptiste, au son de la grosse cloche, selon la coutume. Il distribue ses habillements à ses

(1) Archives de Tévêché.

(?) Cette chapelle n'existe plus,

parents, en réservant pour le Chapitre un habit de drap et un autre de camelot de soie, pour faire deux chasubles, plus un sayon, ou petit manteau de velours, pour les border. Son héritier universel est un de ses neveux; mais il lui fait défense expresse d'aliéner aucune partie de son héritage, parce que sa volonté est que, s'il vient à mourir sans enfants, cet héritage revienne, une moitié à l'hôpital de Bourg-en-Bresse, sa patrie, et l'autre à celui de Saint-Antoine à Saint-Jean de Maurienne.

La procession au tombeau et la messe qui la précédait s'appelaient obit. Le chanoine Antoine Ghabord, qui fonde quatre obits par son testament du 29 novembre 1584, veut qu'avant chaque obit sept pauvres aillent, une petite chandelle à la main, réciter un Pater et un Ave sur son tombeau, et que, pour cela, on donne un sou à chacun d'eux.

Le testament de Pierre, fils de Gabriel des Gostes, du 30 juin 1517 (1), contient les clauses suivantes : 1** Selon l'usage que l'on trouve dans tous les testaments, surtout avant l'année 1540, il veut que ses dettes et ses legs soient payés, les réclamations qui s'élèveraient contre lui apaisées et les injustices qu'il pourrait avoir commises réparées, sommairement et sans figure de procès, au jugement de la Sainte Mère l'Église (2). 2' Il y aura treize pauvres à sa sépulture, et ils seront habillés de drap du

(1) Communiqué par M. F. Truchet.

(2) Clamores siios, débita et legata sua oc maie ahlata, si que sint, emendari, sedari, solvi, restitui et actendi per heredes suos iiniversales sîimmarie, simpliciler et de piano, ad cognitio7iem sancte matris Eçclesie, sine strepitu et figura judicii.

pays : tunique, habit, capuchon (capacio), chausses et souliers (caligis et sotularïbus) . Le chaperon dont il est parlé en d'autres testaments était donc un capuchon en drap du pays. S*" Les altaristes, c'est-àdire les prêtres attachés au service des divers autels de l'église, célébreront la messe pour son âme le jour de sa sépulture. 4" Après la neuvaine, on fera, le jour qui conviendra le mieux, une procession dans l'église et Ton offrira devant chaque autel la moitié d'un gros pain, un pichelet de vin et une chandelle de cire, selon la coutume, S*" On fera deux aumônes aux pauvres de Jésus-Christ, l'une le j our de la sépulture, l'autre le j our de la procession ; chaque aumône se composera de trois setiers de seigle, de deux setiers de vin et de deux quintaux de viande de bœuf, si la sépulture a lieu un jour gras; si c'est un jour maigre, la viande sera remplacée par du fromage et, si c'est en carême, par du poisson, pour une somme égale. 6" Entre autres legs à Marie, sa femme, il lui donne l'usage des meubles de sa maison de Babylone, à la réserve des couleuvrines, des arbalètes, des plastt^ons et des autres armes de toute espèce (1).

On a remarqué que les pauvres appelés à assister aux sépultures étaient souvent au nombre de treize, ce chiffre malheureux qui, aujourd'hui encore, cause de si étranges frayeurs à beaucoup de têtes qui se prétendent très fortes. Au xvr siècle, on était moins superstitieux, parce que l'on était plus

(1) Exceptis tame7i et remotis colovriiiis, albalistis, plastronibîcs, voglis et aliis quibuscumque ad aryna concer?ientibus.

croyant, et on le choisissait de préférence, le testament d'Antoine d'Albiez, qui est du 20 mars 1511, en donne la raison (1).

Disons d'abord qu'il veut être enseveli dans la catiiédrale, au tombeau de ses ancêtres, situé à côté de la chapelle de Sainte-Marguerite. En l'honneur lies treize apôtres, sa bière sera précédée de treize pauvres de Jésus-Christ, portant des torches et vêtus d'un habillement complet en drap blanc du pays, avec chausses et capuchon. De plus, en mémoire des cinq plaies de Notre-Seigneur, elle sera Buivle de cinq autres pauvres, âgés de trente ans, ^einlilablement vêtus et portant aussi des torches. Ptnu le jour de la fin de la neuvaine, on fera la procession et l'aumône d'usage et, en l'honneur l1*'s quinze allégresses de la Sainte Vierge, on habillera quinze pauvres filles de Jésus-Christ, âgées de douze ou treize ans. Chacune aura, pendant la messe et l'office, un chapelet à la main et le récitera dévotement, pour le soulagement de l'âme du testateur et de ses ancêtres.

Jean, autre fils de Gabriel des Costes, dont le testament est du 4 mai 1504, statue que l'ermite de la cité sera un des treize pauvres qui seront invités à sa sépulture. Il s'agit, sans doute, de l'ermite de Sainte Thècle.

Nous avons vu Claude Constantin, en 1561, faire aussi mention de cet ermite. Son testament, qu'il dLîclare faire allant et chemynant, sain de son sens et eiitefidement, parce qu'il vaut mieux vivre longte7nps teste que intesté, prescrit deux processions à soi^

(1) Archives d*Arves.

tombeau, l'une à la fin de la neuvaine, l'autre à la fin de Tan, avec un chanter par tous les autels de Vesglise pay^ochiale Nostre-Da^ne. Pendant l'année, ses héritiers feront célébrer une messe à chacune des quatre principales fêtes de la Sainte Vierge : l'Annonciation, l'Assomption, la Nativité et la Conception (Nostre Dame des Avens), La rétribution de chacune sera de 2 gros (2 sous). Il veut, à la fin de la neuvaine, estre faict ung disncr honnestenient sellon sa faculté à ses voisins et à ceulx qui luy feront honneur pour le porter tumuler. Au bout de l'an, ses héritiers feront une aulmosne de neuf sestiers de bled bon et recepvable à la mesure de la cité, moytié seigle et moytié orge, pour estre distribué pour Thonneur de Dieu es pouvres de nostre saulveur et rédempteur Jhésus Christ,

Barbe do Sens, femme de Bon des Gostes, de la paroisse Saint-Christophe, veut (24 décembre 1558)

que vingt prêtres, chantant messes, Exaudi et

aultres divins suffrages des trépassés, assistent à sa sépulture, qui aura lieu dans le cimetière de l'église Saint-Christophe, au vas des ancêtres de son mari. Elle lègue au curé de cette paroisse 40 florins de capital pour acquitter tous les mardis, à perpétuité, une messe en l'honneur de sainte Barbe. Le placement de cette somme sera fait par le curé, sans que iceulx quarante florins puissent jamais devenir (et ai^isi le défend et prohibe) entre les 7nains du chappittre et chanoines. Elle donne : l** à la chapelle de Bonne- Nouvelle, la meilleure de ses robes pour icelle estre mise et einployée en une chasuble, estolle et manipule; 2° aux pauvres de Dieu qui seront dans l'hôpital

Saint- Antoine, une sienne coultre avec son cussin de plume, ensemble sa curtine de toille de lin posée sus le Urt auquel elle gist à présent malade, et deux pendants serrés à la dicte curtine, avec aussi deux linceulx r/ une coverte bons et recepvables drap et toille de pays.

Parmi les legs nombreux contenus dans le testament de M* Jacques Truchet, du 25 juin 1554, il y a aussi une sienne cappe de brwnette et deux tiers d'aulne de drapt viollet pour une chappe ou chasuble à servir ff Cautel de tesglise Nostre Dame, Jacques Truchet Itnssède deux paires de chausses incarnées garnies de hiffetas, qu'il donne à Claude Truchet, son frère, et à M* Pierre Lambert, son beau-frère. Ce testament ri'ii ferme une clause remarquable, car il s'agit d'une belle-mère. Celle du testateur était devenue veuve une seconde fois. Il veut que sa femme, née du premier lit et sœur du dit hdimhQri^ soit abstreinte (fnneurer et tenir avec soy durant sa vie Michelette sa mère,,, et la tracter et entretenir comme sa mère; c'est une des conditions de l'usufruit qu'il lui donne.

Michel Boson (19 août 1558) lègue 100 florins à chacun des deux couvents de Myans et de Sainte- Marie-Egyptienne, à Chambéry, pour la fondation d'une messe, chaque semaine, en l'honneur de la Suinte Vierge.

Pour l'aumône générale, Claude Béchet, de la ]>aroisse Saint-Christophe, dans son testament du il février 1563, veut que l'on distribue à chaque maison de la paroisse six livres de pain de seigle et une pichelette de bon vin rouge.

Pierre de La Balme (22 novembre 1595) ordonne que l'on revête son corps de son habit de confrère

du Saint-Sacrement; que les torches portées par les treize pauvres soient ornées de ses armoiries; que le jour de sa sépulture et le jour de son anniversaire, Hurabert de La Balme, son fils, donne à dîner aux treize prêtres qui auront accompagné son convoi, et à un certain nombre de ses parents, amis et voisins.

Antoinette, sœur de Melchior et de Balthazard Baptendier, femme de M* Jean-François Voutier- Rebutin, de Saint-Julien, fait un codicille le 28 janvier 1604. Cinq pauvres assisteront à sa sépulture ; on leur donnera une robbe longue, le chapperon et bas de chausses drap du pays et à chescung une paire de solliers simples avec à chescung une torche ardente en main. On fera un pèlerinage à Notre-Dame du Gharmaix et un autre à Saint-Pancrace, auquel lieu sera offerte de deux livres de cire, Iton veult estre offert au messagier (procureur) de Sairict Antoine deinye quarte de froment et aultant au messagier de Sainct Bernard. Dans son testament, elle avait légué 100 florins à Vesglise de la Réclusière pour la confrérie du Saint-Sacrement qui y était érigée.

Faisons à Marie Franquin, dont nous avons déjà visité la garde-robes, l'honneur de terminer ces détails sur les testaments et les sépultures. Voilà un type parfait de la vieille fille, — de ce temps-là, — prudente, soupçonneuse et tremblant de laisser un i sans point. Elle avait à Termignon deux frères et une sœur; mais il paraît que les relations n'étaient pas bien tendres, car Marie ne laisse à chacun d'eux que siœ gros de Savoie (6 sous), payables dans Fannée de S071 décès. Sa mère est son héritière universelle;

mais toutes les précautions sont prises, au moyen de la substitution, pour que rien ne puisse aller jamais à Termignon, sauf les 18 sous entre trois. De la mère, l'héritage passera à la sœur Michelette ; puis, au fils aîné de celle-ci; puis, s'il meurt sans enfants nés et procréés de loyal mariage, à ses frères et sœurs devoir à naître; et, si eux aussi meurent sans enfants légitimes, à Antoine Rembaud, son beau-frère, et aux siens. En attendant, Marie lègue à Michelette, pour estre délivré incontinent après son décès : une cotte de drap rouge avec ses bandes de velours noir et ses cordons; un paletot noir; deux anneaux d'or ; deux de ses belles coiffes de soie avec leurs barres d'or; et divers ustensiles de fer et d'étain.

Le testament est à peine signé par le notaire, que Marie Franquin s'aperçoit qu'elle a oublié de nommer un exécuteur testamentaire, pour surveiller sa mère dans l'exécution de ses dernières volontés, sépulture, pies causes, etc. On y manquait rarement à cette époque, quand même les héritiers étaient les enfants du testateur. Marie y pourvoit de suite par un codicille et confie cette charge à M* Humbert du Verney, praticien de la cité, auquel elle lègue, pour ses peines, 2 écus d'or sol(l).

En terminant ces lignes, nos regards se promènent sur la ville assise, silencieuse, au bas de la colline. Gomme tout a changé depuis trois siècles! La population s'est accrue d'un tiers ; la route s'est fait un autre passage plus large à travers la ville;

(1) En 1578, un arrêt de la Chambre des comptes de Savoie fixa la valeur de Técu d'or à 6 florins 6 deniers.

presque toutes les rues se sont un peu élargies et alignées; le pétrole y jette, le soir, à défaut de la lune, une certaine lumière jusqu'à l'heure où chacun est censé se souvenir qu'il a un domicile et une famille; les hommes ne portent plus des hauts-dechausses et des bonnets à plume, ni les dames des tabliers et des coiffes de drap d'or; Tantique costume national a disparu; les parapluies ont remplacé les peaux de mouton à capuchon orné de queues de renard ; les avocats laissent leur toge au tribunal et il n'y a qu un tribunal ; il n'y a plus de gabelle, de don gratuit, ni de droits féodaux, ce qui ne signifie pas, bien au contraire! qu'il n'y ait plus d'impôts ni de droits variés à payer; l'évêque n'a plus de pouvoir politique; le même gouvernement tient l'État, la commune, l'école, l'hôpital et beaucoup d'autres choses, ce qui est, dit-on, une grande liberté et une grande égalité; la noblesse ne dresse plus ses tours et ses girouettes au-dessus des toits des bourgeois; il n'y a même plus de nobles ni de bourgeois, mais seulement des citoyens, tous égaux, dit-on encore, et le clergé gouverne à peine l'église; il y a beaucoup moins d'auberges, de magasins et de voyageurs, mais il y a beaucoup de cafés, où la famille et le foyer s'oublient facilement; il n'y a plus de confrérie du Saint-Esprit, et l'on ne pourrait ni ne voudrait plus représenter le Mystère de la Passion; les testaments sont plus courts. Dieu, l'àme et la sépulture n'y figurant pas, et les pauvres pas davantage. Enfin, c'est à Saint- Jean de Maurienne comme ailleurs : tout a marché

avec le temps, c'est-à-dire, selon l'expression ui| tée, tout a progressé.

En réalité, est-ce mieux? Oui, sur certains point Est-ce pire? Oui, sur certains autres points. Qua à la balance, le lecteur la fera, s'il en a le temps le goût ; mais nous l'avertissons cliaritablemeij que l'opération est difficile, et que ceux qui To^ tentée ont souvent falsifié les poids, sciemme^ ou non.

Un fait qui montre combien est changeant passager tout ce qui est humain, c'est que, de toi les noms de nobles et de bourgeois que nous avoi rencontrés au xvi* siècle, il n'en existe plus qw trois, peut-être quatre.

Mais il y a toujours, à mi-montagne, la chapell de Bonne-Nouvelle ; là-bas, dans la ville, la vieilli cathédrale; le vieux clocher, abaissé en l'honnei de l'égalité; le collège; le nouvel hôpital qui a rer placé les anciens, et, près de nous, un cimetière.

Il y a donc des choses qui ne changent pasi Grande consolation pour ceux qui n'aiment pas les changements, et grande leçon pour ceux qui] les aiment beaucoup, peut-être trop.

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