‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 64 sur 76 · L'ÉGLISE APRÈS LA MORT DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE APRÈS LA MORT DE SAINT JEAN

avait dit l'Apôtre en son nom; elles s'étaient ruées à Homo, nombreuses, subtiles, perverses, comme pour mieux témoigner la force de l'édifice capable de les arrêter. Elles y venaient, avons-nous dit, moins pour en ébranler les assises que pour en emprunter l'éclat. Dans cette confusion de sectes qui se vantaient d'être chrétiennes, Dieu ne manqua pas à son œuvre. « Il sut lui conserver un caractère d'autorité que les hérésies ne pouvaient prendre '. » Cette Église de Rome, « la plus ancienne 2 », vers qui tous les yeux se tournaient comme vers un phare étincelant, était de taille à résister au choc, et déjà en possession d'imposer partout sa croyance avec sa discipline. Ceux qui s'en éloignaient, l'ayant d'abord reconnue, ne pouvaient effacer la manque de leur nouveauté, ni celle de leur rébellion. Les hautes spéculations, pour ne pas dire les rêves, qui furent toujours l'écueil des imaginations orientales, n'eurent point de prise sur elle. Imbue du vieil esprit romain, mélange de vigueur et de souplesse, qui avait conquis le monde ; comprenant que, pour les faibles, toute puissance est de rester unis, elle se donna principalement au soin d'établir son magistère. Entre les chrétientés dispersées, elle noua le lien de la dépendance et de la fraternité jusqu'à en former le solide faisceau qu'aucun effort ne

1 Rossuet, Histoire universelle, 2° partie.

2 « EùÇâfievo; rr|v àpxa'0T*Tyiv 'Pw^aswv Èxxta)9tav iSeïv. » Origène, cité par Eusèbe {Histor. eccl., VI, xiv, 10).

devait rompre : à elle il appartenait de constituer le corps essentiellement hiérarchique, la grande école de respect et d'autorité qu'est par excellence le Catholicisme, œuvre de main divine s'il en fût '.

L'Épiscopat, déjà robuste, également contraire à tout excès, dans le relâchement ou dans la piété, moins soucieux de vaines analyses que de garder, en unité de foi et de morale, le troupeau qui lui est confié, devient sa force comme son salut au milieu du flot d'erreurs qui l'assaille. Puis, par un juste équilibre de ressort et d'action, à son tourl'Episcopat est maintenu dans l'union la plus étroite par l'Évêque de Rome porté à sa tête, établi d'en Haut juge, arbitre sans appel, de tous les dissentiments. Le pape Anicet, et Soter son successeur, ont vu le mouvement entier du Christianisme se concentrer autour d'eux. Les symboles de croyance, qui commencent d'être en usage à Rome, font loi dans toute la Chrétienté à ce seul titre. Irénée qui, par la main de Polycarpe, son maître, touche à S. Jean « qui vit le Christ », tient suffisant, pour confondre toute hérésie, d'alléguer la foi romaine, la doctrine de cette Église Mère, « la plus grande, la plus vieille, la plus illustre, qui possède, par une succession continue, la vraie tradition de Pierre et de Paul; à laquelle, pour sa primauté2, doit recourir le reste de l'Eglise ». La

1 0£où çuTEta y] xaOo)ixï) £xx),r)<j£a. Conslit. apost., i, 1.

s « Propler potiorem principalitatem». S. Irénée, III, Hi, 2.

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correspondance entre les chrétientés, inaugurée par les lettres des deux grands apôtres, puis continuée par le pape S. Clément, devient une habitude en même temps qu'un lien. Ces lettres-circulaires sont lues dans les assemblées du dimanche, et forment comme une prolongation des écrits apostoliques l.

A cet accord du chef et des membres, à ce concert de sagesse, de piété, de bonté, inspiré des promesses éternelles, quelle hérésie pouvait tenir tête? Le Gnosticisme, qui avait paru si menaçant, incapable de prendre racine dans un fond sans consistance, allait languir et dessécher; d'autres erreurs suivirent qui eurent même fortune; puis d'autres encore. Même aujourd'hui la liste reste ouverte des esprits turbulents ou inquiets qui s'estiment plus doctes que l'Église, et prétendent substituer leurs visées à son enseignement; mais l'Église n'est pas épuisée dans sa vieillesse; ni sa voix, ni son cœur ne sont éteints. Plus qu'oracle, plus que reine, elle reste toujours mère; sa rigueur est faite de tendresse. Quand elle lève la main, est-ce pour frapper? est-ce pour bénir? Lors même qu'elle condamne, elle chérit, car, ayant mission de conduire les hommes au salut, quelle meilleure preuve d'amour que de les retenir dans la voie qui y mène? Aux novateurs qui la meurtrissent, ses bras demeurent étendus; elle les presse de s'y

1 Eusèbe, Hist. eccl., V, xxv.

jeter. Pleine de l'Esprit de Celui qui a dit : « Je tirerai tout à moi 4 », elle l'invoque en leur faveur et répète avec lui : « Père saint, je vous recommande ceux que vous m'avez donnés : qu'ils soient un comme nous; qu'ils soient un en nous. » C'est la prière de Jésus-Christ en S. Jean 2. Le Ciel et la Terre passeront plutôt que sa parole 3.

1 Joan., xui, 32.

2 Id., xv, 11.

3 Matth., xxiv, 35.

ruée*.

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