‹ Saint Jean et la fin de l'age apostoliqueChapitre 63 sur 76 · L'ÉGLISE APRKS LA MOUT DIS SAINT JEAN · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE APRKS LA MOUT DIS SAINT JEAN

mauté qui rayonnait sur le monde et attirait à elle l'élite dos esprits. De toutes parts, on accourait à la « Ville Sacrée ' » : les croyants, pour retremper leur foi au tombeau des martyrs; les incertains, pour y trouver l'arbitre qui lixerait leurs convictions, la lumière qui dissiperait leurs doutes; les hérétiques entin, pour donner crédit à leurs erreurs, en les rehaussant de son lustre. Nous avons vu les révoltants excès de Carpocrate prêches dans Rome par une femme. Le Gnosticisme y avait un plus digne représentant dans l'un de ses principaux fauteurs, Valentin, qui avait appartenu à l'Église et s'en était fait exclure. Entre toutes les erreurs analogues, la sienne s'éloignait le moins de la vérité. Par bien des points, elle touchait au Christianisme. Héracléon et Ptolémée, ses principaux disciples, continuèrent à Rome l'enseignement de sa doctrine, et y joignirent des commentaires sur nos Saints Livres, car la manie d'écrire était un des caractères particuliers de cette secte 2.

L'immoralité de la plupart des gnostiques leur valait justement le mépris. Plus dangereuse pour le peuple était l'hérésie inaugurée par Cerdon, puis reprise et développée par Marcion, qui se couvraient

1 a Civitas sacrosancta. » Apulée, Melam., xi, 26.

2 II ne nous reste néanmoins qu'un livre Valentinien, la Pislis ou Pisté Sophia, « La Fidèle Sagesse », qui consiste en interrogations adressées par Marie à Jésus. Schwartze. éd. Petermann, Berlin, 1851.

d'un masque de pudeur. Tous deux, originaires d'Asie \ avaient gagné Rome, sous couleur de faire agréer leurs imaginations à l'Église, qui les répudia. Ils s'accordaient pour prêcher le dualisme dans la divinité, et déclarer inconciliables l'Ancien et le Nouveau Testament, dont ils retranchaient nombre de livres. Jésus n'ayant eu qu'une chair apparente, son Incarnation, sa vie, sa mort ne présentent non plus aucune réalité : de là, le nom de « Docétisme » 2 sous lequel est connue cette hérésie. Ses dehors d'austérité la rendaient pernicieuse. Elle affectait, d'ailleurs, autant de clarté que les gnostiques amassaient de nuages; aussi fit-elle assez d'adeptes pour les distribuer en groupes, qui s'organisèrent avec une hiérarchie, sur le modèle du Christianisme 3.

Arrêtons ici ce dénombrement d'erreurs. Aussi bien, tous les abstracteurs de Fois nouvelles servaient, à leur insu, les desseins du Christ en venant se briser contre le « roc angulaire » sur lequel il avait bâti. « Il faut aussi qu'il y ait des hérésies 4 »,

1 Cerdon était de Syrie; Marcion, de Sinope. Sur le Docélismc, cf. S. Irénée, i, 27; m, 4. —S. Hippolyte, Pseudo-Terlullien 50. — Epiphan., 41. — Philastr., 44-45. — S. Justin., ApoL, i, 2G, 58. — Philosoph., vu, 29, 31; x, 19. — Tertullien, Contr. Marc.

- Aoy.e'w, « paraître ».

3 11 est intéressant de constater que le Docétisme s'est perpétué en Orient. L'église de Dcïr-Ali, au sud de Damas, appartient encore au Marcionisme.

* a Oportet et hxreses esse ». I Corinth., xr, 19.

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