CONCLUSION
La mémoire du saint Précurseur demeure vivante et glorieuse. Son humilité, sa parfaite innocence, sa force, le rendirent d'autant plus célèbre que sa figure apparaissait dans le rayonnement de celle du Christ. Jésus l'avait appelé: “Lucerna ardens et lucens (S.Jean,V.35), Ce flambeau ne devait pas rester sous le boisseau, mais être mis sur le candélabre afin qu'il répandit sa lumière bienfaisante pour éclairer les fidèles dans les voies de la : justice et de la sainteté.
Le corps du Baptiste demeura environ 300 ans enseveli à Sébaste, vénéré de tout le peuple. C’est alors que Julien l'Apostat fit pour le tombeau de Jean, ce qu'Adrien avait fait pour celui du Christ; es ossements furent profanés, brulés, dispersés. Cependant, la tête qu'Hérodiade avait cachée dans son palais échappa à la sacrilège barbarie du rénégat. Par un ensemble de circonstances qu’il
serait trop long d’énumérer ici, le cfef vénérable fut retrouvé et rendu à la vénération des fidèles: une partie se trouve à l’église S. Silvestro-in-Capite, à Rome, et l’autre à la cathédrale d'Amiens.
Quant à la dépouille profanée, des moines réussirent à en sauver quelques fragments que l’on vénère, à Lyon, Perpignan, Nemours, Saint Chau- | mont, en France; à Maurienue, en Savoie; à Turin, Aoste et Venise, en Italie; et dans l’Ile de Malte où se trouve le doigt qui désigna Notre Seigneur comme l'Agneau de Dicu.
Toutefois, dans la basilique de San Lorenzo, à Gênes, est conservée la plus grande partie des restes du Baptiste; ils y’sont en très grande vénération. Une riche chapelle attenant à la cathédrale, a été élevée pour les recevoir. La porte toutefois en reste interdite aux dames, À l'instar de celle de la chapelle Sainte Hélène, à Sainte- Croix de Jérusalem, à Rome. Un texte d’excommunication gravé sur marbre avertit les fidèles de cette prohibition.
On dit que lorsque les eaux du golfe de Gênes et celles de la Méditerranée se soulèvent et menacent de tempête, on porte solennellement au port, la cassette précieuse qui renferme les cendres vénérées; et subitement les eaux s’apaisent,
L'Eglise catholique, nous le savons, a rendu dès les premiers siècles, un culte à celui que son divin Fondateur canonisa de son vivant. La dévotion des Souverains Pontifes ne crut pas faire trop, en dédiant la célèbre basilique du Latran, tête et mère de toutes les égliscs du monde, aux Saints Jean-Baptiste et Jean l’; vangéliste. Lorsque Nicolas IV, Frère Minsur (1288-1294) voulut réparer la basilique, Libérienne qui tombait en ruines, il appela deux de ses frères en religion pour décorer l’abside de cette superbe mosaïque qui fait encore aujourd’hui l'admiration de l'univers artistique.
Fra Mino da Turrita, l’auteur du chef-d'oeuvre, peignait à cette époque les médaillons de la vou-
te, dans Ja nef de l’église supérieure de Saint François, à Assise (le Christ, Ja Vierg:, Saint Jean-Bap- 1 tiste, Saint François) que J'on.voit encore aujour- 1 d'hui, Son Compagnon de travail au Latran se nommait: Fra Giacomo da Camerino. Ces deux | frères mineurs prirent humblement place parmi les Personnages de la mosaïque et ne JA d'y effigier, en fils très dévots, la gloire de leur famille religieuse: Saint François et Saint Antoine | de Padoue, Le Premier se voit à droite de Ja | croix gemmée qui occupe le centre du dessin, entre Saint Pierre et Saint Paul; Le second, À la gauche, entre Saint Jean-Baptiste et Saint /Jean l'Evangéliste. 1 êtus en franciscain (avec corde et sandales} on voit Fra Mino agenouillé entre Saint Jacques-le- Majeur et Saïnt Simon; il.est dans la position de dessiner, avec, en mains, le c
* tribune de San- Giovanni à Florence, et qu’il exé-
à on le considérait com- » NOUS rassurera. Le voici:
FRATER FUIT HoOc OPERATUS PRAECUNCTIS ARTE PROBATUS Son Compagnon s’est mosaiqué v frère mineur, entre Saint Barthéle thieu; il porte le maillet et le mar on lit: Frater Iacobus da Cameri tri operis...
Ce chef-d'oeuvre est considéré comme marquant la naissance de la grâce dans l’art chrétien, étouffée jusqu’alors, dans les lignes grandioses mais sèches et froides ‘des Maîtres bysantins. :
C’est donc Pour ainsi dire, l’icte de baptême de art, enregistré à l'église, Mère de toutes les autres que l’art embellira dans la suite des siècles.
IACOBUS IN TALI
êtu lui aussi en mi et Saint Mateau. Près de lui no socius magis-
ne caen ag emamrme Mi
LE BAPTISTÉ 31
A l'envie depuis lors, il s'est voué à célébrer la gloire, comme aussi la pénitence de Saint Jean- Baptiste, que l’on rencontre le plus souvent effigié dans les tryptiques anciens et les fresques antiques, comme aussi modelé gars le bronze, sculpté dans le marbre. etc...
. On le réprésente alors à l'âge de sa prédication; maigre, décharné, austère à souhait. Il porte sur le bras un agneau, parce que c’est sous ce titre aue le Baptiste désigna Jésus aux foules. C’est donc une illégitime prétention que nourissent ceux de chez nous qui voudraient voir notre pays réprésenté par l'agneau aux pieds de nos petits saints- Jeans des fêtes nationales. Cet attribut lui est assigné dès le moyen-âge. Avec les peintres de la Renaissance, Saint Jean-Baptiste rajeunit et devient, autour des Madonnes, le gracieux compagnon de jeu du divin Enfant. L'agneanu ne le quitte Pourtant pas; mais le réalisme le plus élémentaire exigedit qu'il restàt à ses pieds. C'est alors qu'on met aux mains du Précurseur .la petite croix avec ‘la banderolle qui porte la sentence: Ecce Agnus Dei. C'est un délicieux anachorisme, comme celui (avec la grâce en moins,) que commet la statuaire moderne qui met une coquille dans la main de Saint Jean. On sait qu'il baptisa toujours par immersion et jamais par effusion. Que ne revient-on à la manière du moyen-âge Qui, après tant de siècles, parle si énergiquement et si éloquemment aux yeux par sa beauté, et aux coeurs par son expressive véracité. î M :
La liturgie avait préparé cette fleur d'art dont le symbolisme sacré a toujours si puissamment aidé, quand il ne”l'a pas provoqué, le développement des formes sans rivales que la Renaissance donna au monde. Pour S. Jean-Baptiste (sans parler du Bréviaire) elle est d’une prodigalité riche de leçons pratiques. D'abord, la fête du Précurseur est désignée sous le nom de Natalis Dies, qui ::t stric-
tement réservé à Jésus et à son Immaculée
Mère. La vie du Baptiste, où puise la liturgie pour ses chants et ses offices, s'appelle: Passion de Saint Jean. Jusqu'au IXe siècle, on célébrait ce jour-là, 3 messes, comme à Noel; et dans un Concile tenu en 1022, ôn établit un carême de 14 jours avant sa fête. Quant à la vigile proprement dite, que Saint Augustin mentionne comme une coutume de très haute antiquité, une chose ‘universelle et immémoriale avec ses feux ' de joie symboles de réjouissance, nous la connaissons bien ici, dans ce Canada que nos missionnaires divinement inspirés mirent sous le patronage de ‘Saint Jean-Baptiste.
Dès 1636, on célébra cette fête av:ce solennité à Québec. Trente ans plus tard or y déploya une pompe vraiment extraordinaire, puisque Mgr l’évêque avait bien voulu présider, et même présenter la torche de cire à M. de Tracy, pour qu'il allumât les feux qui sont une des joies de la fête. I1 faut lire dans les “ANCIENS CANADIENS” de M. de .Gaspé, avec quel luxe de feu et de joie on célébrait de son temps la Saint Jean-Baptiste.
Cette fête devint plus tard notre fête nationale quand, en 1834, s’organisèrent les sociétés qui portent son nom, choix que ratifia solennellement SS. Pie X, le 25 février 1908, en proclamant Saint Jean-Baptiste, le Patron des Canadien$-Français.
C’est donc notre patron à nous, Çanadiens- Français; celui dont le Dieu de toute snteté a su dire: “Il n’y en a pas de plus grand que lui.” Quel honneur pour nous! N’oublions-nous pas que “noblesse oblige?” = ;
* Peuple Canadien! tu as été sancufié dès ta naissance par la visite de Dieu, que te portèrent les Récollets, et par le baptême que te versèrent tous
mt
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tes missionnaires, de leurs sueurs d'apôtre, de leur sang de martyr.
Peuple C.nadien! de par ta position sur le globe et par ton éloignement des centres qu'on est accouftumé . nommer civilisés, tu as passé ta vie dans le désert; ce désert fécond que peuple le rève des grandes missions à remplir et où naissent les grand s choses.
Et voilà que l'heure a sonné de remplir ce mi-
nistère pour lequel le Seigneur ‘te préparait de-
puis toujours — car Dieu ne fait que de l'éternel.
Tu es apparu à l’univers, ignorant de ton existence même, comme l’autre précarseur, sur les bords de ce Jourdain qu'est notre Saint Laurent. Précurseur tu dois l'être, afin de rendre témoignage au Christ devant les nations, par ta sobriété qui est l'humilité de la chair; par ta franchise qui est la candeur de l'esprit; par ta justice qui est la sagesse de !" volonté; par ta générosité qui est le courage du coeur, et surtôut par l'amour qui doit nourrir toutes ces vertus dans ton âme nationale qui “flambeau ardent et lumineux” annoncera la Rédemption nouvelle de l'union, dans une fraternité vraie, sur ta terre où sera descendue la paix du ciel.
Comme autrefois Saint Jean-Baptiste indiquait aux foules dans la personne d: Jésus-Christ, le vrai Dieu fait homme; aujourd’hui lèvetoi, peuple canadien! et parais 4@x yeux étonnés de l’univers, pour montrer
du doigt aux âmes assoiffées de bon'’eur, l’Agneau qui efface les péchés du monde, le Christ, ta VOIE, ta VERITE, ta VIE.
TABLE DES MATIERES Gé ER ne | II Les parents ds” Baptiste ,, ,, .. PRE.
» r La visite à Elisabeth . É de | LS La naissance .. Ve ne 10 LS La jeuneése de FR 12 La prédication de Jean .+ É. 12 YVII Jésus au Jourdain .. RE 15 | VIII La députation du Sanhédrin PORC EE RE L'Agneau de Dieu De . 18 Le témoëgnage de Jean a R Sa E ETES \ De à :
Le Baptiste en prison ., 22 Les envoyés du Baptiste ne .24 3 XIII Le martyre .. Fe PR . 26 7 XIV *
Conclusion , :
Avec la permission des Supérieurs.
“La Tempérance.” 964, Dorchester - Ouest. Montréal.