XIII LE MARTYRE
C'était le Jour où Hérode fêtait l'anniversaire de Sa naissance en même temps que son avènement au trône; et toute la cour était en liesse pour cé-
lébrer cette heureuse coïncidence. Le roi qui n’a-
vait pas abandonné ses turpitudes, se trouvait alors au chateau de Machéronte. - I] ordonna donc un SoOmptueux banquet auquel il, invita les principaux réprésentants des pouvoirs civil et militaire et les personnages les plus distingués de la Galilée.
Sur la fin du repas il voulut, selon la coutume des peuples païens, ajouter quelque chose à la fête déjà si splendide en offrant à ses invités le spectacle divertissant d’une danse mimique. Et Salomée, fille d'Hérodiade, fut choisie pour danser en présence du roi.
La jeune fille suscita l'admiration de tous, et mieux encore, elle plut à Hérode. Au milieu des applaudissements des convives, et grisé par les vapeurs des vins précieux, afin d'étaler sa manificence le roi dit à Salomée: “Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai. Et il ajouta avec serment: “Quoique ce soit que tu me demandes, je te le donnerai, jusqu'a la moitié de mon royaume.”
Salomée enchantée de cette générosité du roi, se trouva cependant dans un certain embarras, ne sachant que demander. Dans l'incertitude elle eut recours à sa ère, décidée de s'en remettre à son conseil. L’odieusé Hétodiade n’hésita pas un instant à fixer l'indécision de sa fille. Elle trouvait enfin l’occasion tant désirée de faire disparaître le Baptiste. Donnant alors libre cours à sa haine et remplie en même temps d’une joie satanique, elle imposa à sa fille ce qu’elle devra solliciter du roi: “Demandes-lui qu'il te donne la tête de Jean-Baptiste.” La jeune fille retourne dans la salle du festin et s’approchant du roi avec un sourire sur les lèvres: “Donne-moi, dit-elle, ici, sur un plateau, la tête de Jean-Baptiste.” (S.Math.XIV.8).
A cette demande inattendue, Hérode se trouble. Il savait que Jean était un homme saint, aimé du peuple, et que le condamner ainsi, sans raisons graves ét sans formule de jugement, était une injustice énorme. Par malheur, la parole avait été donnée avec jurement. Dans l’âme du roi qui avait fait cette promesse devant ses invités, le respect humain l’emporta sur tout. I] étouffa donc tout sentiment de justice et #it taire les reproches de sa conscience. Puis se tournant vers la garde quise tenait près de lui, il lui fit signe d'aller exécuter l'horrible condamnation.
Le bourreau descendit dans la prison, et revint bientôt pour présenter à Salomée qui la donna à sa mère scélérate, la tête sanglante de Jean.
Hérodiade regarda cette tête coupée avec une ivresse de joie féroce, ce pendant que des yeux er-
28 SAINT JEAN tr'ouvertset des lèvres sanglantes du Baptiste paraissait sortir le reproche du crime consommé.
Les disciples du Baptiste apptirent bientôt la mort de leur maitre et remplis de douleur descendirent à la prison. Ils prirent le corps du martyr, lui rendirent les derniers devoirs et le transportèrent'en Samarie ‘où il fut inhumé près des monuments d’Elisée et d’Abia.