‹ Saint JéromeChapitre 113 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pas^ Son style, suivant le goût de l'époque, était mêlé de tours et de locutions archaïques, auxquels il joignait comme chrétien les grécismes de TÉvangile ou les hébraïsmes de l'Ancien Testament. De ce mélange sortait je ne sais quelle éloquence étrange et rude, imposante par sa grandeur, j'allais dire par son immensité, qui étonne l'esprit et fait taire la critique. Nul écj'ivain n'a mieux saisi les vices de son temps : il les analyse et les poursuit tour à tour avec l'observation fine de Théophraste, l'ardente indignation de Juvénal et le comique de Plante. Son caractère, sans doute, je l'ai déjà remarqué, était ombrageux, irritable, impérieux jusque dans l'aiïection ; mais un mot de tendresse l'apaisait au milieu de ses plus vives colères -. La légende de sa vie, écrite au moyen âge, raconte qu'un jour, au désert de Chalcide, il vit entrer dans sa cellule, l'œil en feu, la gueule béante, un grand lion blessé, traînant une de ses pattes que suivait une trace de sang. Jérôme s'en approche, le caresse, étanche sa plaie, et le terrible animal se dévoue à lui comme un esclave '^ : on croirait que dans ce lion légendaire l'écrivain a voulu nous peindre Jérôme lui-même.

Logé chez Marcella, au mont Aventin, le Dalmate se

1. Un moine gaulois lui écrivait pour le pousser à reprendre la plume : « Ubi illa quondam constantia, in quâ multo sale orbem defricans, Lucilianum quidpiam detulisti?» Hieron., Ep. 89. — 11 semble s'appliquer à lui-même cette phrase d'une de ses lettres : « Mordetur et Lucilius quod incomposito currat pede; et tamen sales ejus leposque laudantur. » Ep. 41.

2. Si pacem desideras, arma depone : blandienti possum acquiescere, non timeo comminantem. Hieron., in Ruf., m.

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