‹ Saint JéromeChapitre 136 sur 387 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nécessité de rancieniie loi, la virginité œuvre de la nouvelle. L'ancienne loi, qui avait dit : a Croissez et multipliez; » qui promettait à Abraham une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel et les sables de la mer, qui enfin lançait cet anatlième par la bouche d'un prophète : (( Malheur à la femme stérile, parce qu'elle ne laissera pas de postérité dans Israël ! » l'ancienne loi tendait au progrès matériel du peuple de Dieu, la nouvelle tend à son progrès spirituel. C'est la nouvelle qui a dit, par la bouche de l'apôtre, vase d'élection : (( Celui qui n'est pas marié pense aux choses de Dieu; celui qui est marié pense à sa femme et aux choses qui sont du monde. La femme non mariée et la vierge pensent aux choses qui sont de Dieu, afin d'être saintes de corps et saintes d'esprit. » La distinction établie par ces paroles entre la femme et la vierge est nette et bien tranchée : chez la vierge le sexe s'efi'ace, ehe en perd jusqu'au nom. Son nom est celui-ci : « sainte de corps et sainte d'esprit, » sainte d'esprit assurément : qu'importerait en effet que le corps fiYt pur, si le cœur était souillé ^ ? Jérôme développait ainsi cette doctrine : (( Oui, celle qui est mariée pense aux choses du monde, elle veut plaire à son mari; celle qui ne l'est pas veut plaire à Dieu. Croit-on en vérité que ce soit la même chose pour une chrétienne de dompter son corps par le jeûne, de s'humilier jour et nuit dans la prière aux pieds de Dieu, ou de se fabriquer un visage en attendant un homme, de s'étudier à une démarche

1. Divisa est, Mulier et Virgo. Vide quantse felicitatis sit, qu£B et nomen sexas amiserit : virgo, jam mulier non vocatur. Quœ non est nupta, cogitât quse sunt Domini, ut sit sancta corpore et spiritu. Virginis definitio, sanctam esse corpore et spiritu, quia niliil prosit carnem habere virginem, si mente quis nupserit... Hieron., adv. Helvid.

molle, à des attitudes voluptueuses, d'affecter des airs caressants^? La vierge fait tout pour paraître moins belleet 'voiler des grâces qu'elle méprise, voilà son fard ; réponse au contraire se fait peindre devant un miroir, et, au mépris de son créateur, elle veut être plus belle que Dieu ne l'a voulu. Telles sont les conséquences du mariage. Puis ce sont des enfants qui crient, une famille qui tapage, des marmots qui vous barbouillent de baisers et se pendent à votre cou, au risque de vous étrangler -. (( Ce sont aussi des dépenses sans fin. On passe son temps à faire des comptes, et il faut avoir la bourse toujours ouverte. Je vois ici la troupe des cuisiniers qui, le vêtement retroussé comme des soldats en campagne, baclient et pétrissent les viandes-, là-bas c'est le camp desfileuses, oii Ton babille à vous assourdir les oreilles. Tout à coup on annonce l'arrivée de l'époux suivi de ses amis. La femme alors parcourt, comme une hirondelle, tous les recoins de la maison; elle examine si le lit est bien fait, si le pavé est proprement balayé, si les coupes du festin sont ornées de fleurs, si le dîner s'apprête ^ Répondez-moi, je vous prie, qu'y a-t-il dans tout cela qui soit une pensée à Dieu? Et ces maisons-là seraient heureuses! Non, non ; la crainte de Dieu est absente là où le tambour bat, où la flûte siffle, où la lyre

1. Idem tu putas esse, diebus et noctibus vacare orationi, vacare jejuniis, et ad adventum mariti expolire faciem , gressum frangere, simulare blanditias? Hieron., adv. Helvid.

2. Inde infantes garriunt, familia perstrepit, liberi ab osculis et ab ore dépendent, computantur sumptus, impendia prîeparantur. Hieron., ibid.

3. Il!a, ad birundinis modum, lustrât universa penetralia, si tborus rigeat, si pavimenta verrerint, si ornata sint pocula, si prandium praeparatum. Hieron., ibid.

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