‹ Saint JéromeChapitre 16 sur 387 · Amm. Marc, xxviii · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xxviii

contestait point, quand ceux qui les portaient avaient du crédit et de l'opulence. En résumé, le corps aristocratique présentait une étonnante collection de tous les mensonges vaniteux de l'univers. On eût pris la Curie de Rome, cette ville superbe qui avait absorbé le monde, pour un théâtre où les nations vaincues venaient jouer, au g^rand divertissement de leurs maîtres, la comédie de leurs splendeurs passées.

A côté d'hommes pareils, que pouvaient être les femmes? Elles participaient aux mêmes vices dans la condition de leur nature, passant leur temps en intrigues d'amour, en caquetages médisants \ en travaux de toilette, car leur toilette était un rude labeur. D'élégants eunuques, mêlés aux femmes de service-, garnissaient les appartements d'une noble matrone , non pas qu'on la gardât à vue comme la chose se pratiquait dans l'Orient barbare, — rien n'était plus libre qu'une Romaine, — mais parce que la mode avait fait de ces esclaves mutilés l'ameublement nécessaire d'un gynécée. A l'heure de la toilette, la maîtresse appartenait à ses suivantes, qui se précipitaient sur elle comme sur une proie. C'était à qui lui infligerait quelque torture, agréablement acceptée, dit un auteur du temps. L'une, armée du fer rouge et des peignes, construisait sur sa tête un échafaudage de cheveux tressés avec des fils d'or, l'autre répandait autour de ses tempes une pluie de paillettes dorées^; quelquefois des tresses brunes ou blondes se mariaient ensemble sur la même tête, ou la plus belle chevelure noire se recouvrait d'une toison rouge chère-

Page 1