‹ Saint JéromeChapitre 15 sur 387 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

s'élantfait sentira Rome, les magistrats, pourdiminuer la consommation, résolurent de renvoyer les étrangers : la noblesse demanda grâce pour les comédiens et l'obtint. Trois mille danseurs et danseuses restèrent donc dans la ville, ainsi que les chœurs et leurs choréges\ mais les professeurs d'arts libéraux furent impitoyablement chassés jusqu'au dernier.

Chez le personnage dont j'esquisse ici le portrait, les hautaines prétentions égalaient l'ignorance et la futilité. Il étalait à tout venant la vanité aristocratique sous sa forme la plus inintelligente, n'ayant à la bouche que les Reburrus, les Pagonius, les Géryon, les Tarracius, les Parrhasius, et autres noms étranges, plus connus de la fable que de l'histoire ^ A l'exemple du maître, les valets n'en voulaient pas prononcer d'autres : c'eût été souiller l'illustre toit où ils servaient. Pour beaucoup de nobles romains de ce siècle, l'histoire était trop moderne et trop plébéienne : remonter aux héros mythologiques semblait plus digne, et éUit surtout plus aisé. Un sénateur italien ne manquait guère d'être issu de Cacus, de Géryon, ou de quelque brigand des époques fabuleuses, seigneurs de l'Italie avant l'arrivée d'Hercule; un Grec voulait remonter à Glytemnestre et aux Atrides, un Asiatique de la TroadeàVénus et à Anchise, pourvu que ce fût par une branche aînée qui primât la famille des Jules; enfin tout sénateur provincial se croyait tenu de descendre des anciens rois de son pays. Quant aux grands noms de l'histoire, on sait qu'ils ne meurent jamais, alors même que s'éteignent les races qui les ont possédés; il en restait donc un bon nombre que l'on ne

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