LIVRE V
disputée Chemin faisant, il prenait des notes qui lui servirent pins lard et lui valurent, dans la discussion des textes sacrés, ce caractère de certitude qui fonda l'autorité de ses écrits mais aussi quel voyageur que Jérôme, et quel charme que ce voyage pour ses savantes amies!
La caravane, ayant repris sa marche, atteignit le hourg d'Emmaus, où Jésus ressuscité s'éîait manifesté à ses disciples dans la fraction du pain. Un peu plus loin, l'étroit vallon de Gaas laissa voir Béthoron, échelonnée en ville haute et basse, sur le versant d'un coteau : c'était une fondation de Salomon, « renversée, dit Jérôme, par la tempête des guerres-. » Les pèlerins entrèrent de là sur le théâtre des exploits de Josué contre les Chananéens, lorsque, pour exterminer cinq rois et leurs peuples, le chef des Hébreux arrêta le soleil et la lune. Nos voyageurs cherchèrent à se représenter le miracle en contemplant Aïalon et Gabaon, qui se dessinaient sur leur droite. Ils se remémorèrent aussi le sort des perfides Gabaonites, devenus les porteurs d'eau et les bûcherons du peuple d'Israël, en punition de leur alliance violée. La route les conduisait à Gabaa. Ils ne foulèrent pas sans horreur le sol où avait commencé l'affreuse tragédie du lévite d'Éphraïm par le viol et le meurtre de sa concubine; toutefois, devant en parcourir plus tard les diverses scènes pied à pied, ils
1. Le village d'Helkesaï en Galilée, dont le prophète Nahum était originaire, et dont il restait à peine quelques vestiges. « Helkesi, usque hodie in Galilœa viculus est parvus quidem, et vix ruinis veterum sedificiorum indicans vestigia, sed tamen notns Judseis et mihi quoque a circumducent(î monstratus. » Hieron., in Nahum. Prœfat.
2. Béthoron inferiorem et superiorem, urbes a Salomone conditas, sed varia postea bellorum tempestate deletas. Hieron., Ep. 80
traversèrent celle-ci rapidement; le temps d'ailleurs leur manquait. Ils laissèrent à gauche, sans songer à le voir, le mausolée d'Hélène, reine des Adiabéniens, qui, après avoir fourni du blé aux Juifs pendant une famine, n'avait demandé pour sa récompense qu'une sépulture en Judée. Enfin apparut devant eux la ville tant désirée, qui s'appelait, dans la nomenclature officielle de l'empire, comme dans l'histoire profane, /Elia Capitolina, mais qui, pour tout cœur chrétien ou juif, n'avait qu'un nom : Jérusalem.
Une troupe d'appariteurs les attendait à la porte. Le proconsul, gouverneur d'^Elia, informé de l'arrivée de Paula, dont il connaissait la famille, envoyait au-devant d'elle une escorte d'honneur, avec invitation de se rendre au prétoire où son logement était préparé. Paula refusa l'avance gracieuse du proconsul; elle jugea plus conforme aux sentiments d'humilité, qui avaient dicté son voyage, de fuir les dignités et le luxe; elle choisit donc, pour elle et ses amis, une maison modeste, située probablement dans le voisinage du Saint-Sépulcre*.
Jérusalem, primitivement Jébus-Salem-, avait subi bien des transformations depuis le jour où le grand roi David, après l'avoir conquise sur les Jébuséens, y avait