LIVRE VI
dans la topographie que dans l'histoire de la Palestine, et qui dresse son immense cône tronqué, flanqué de forêts, au milieu de la plaine de Galilée. Jérôme en faisait le lieu de la Transfiguration du Christ, quoique, suivant une indication donnée par le pèlerin de Bordeaux, une autre tradition plaçât l'événement divin au-dessus de Jérusalem, sur le monticule de l'Ascension ^ Paula, qui partageait volontiers les opinions de son ami, voulut aller reconnaître au Thahôr l'endroit où Pierre s'écriait dans sa joie : « Seigneur, il est hon de demeurer ici, nous y dresserons trois tentes-! » C'était là le souvenir religieux, bien digne du Dieu de paix; l'autre était un souvenir de la fureur des hommes. Le Thabor avait dû à sa position abrupte et isolée dans ces vastes plaines le triste honneur d'être un observatoire de guerre et une forteresse. On y rencontrait à chaque pas des traces encore récentes de la guerre. L'historien Josèphe, héroïque défenseur de la Galilée, durant la lutte contre Titus ^ avait lui-même construit des ouvrages avancés avec une enceinte en partie debout, et les murailles d'un château fort occupaient le sommet du cône.
La fatigue de la marche avait été si grande à travers les sentiers raboteux et escarpés, que la caravane dut faire une halte prolongée sur ces ruines. Favorable pour la guerre , l'observatoire était commode aussi pour les voyageurs qui voulaient d'un coup d'œil embrasser tout le pays de Galilée et le cours du Jourdain supérieur. Paula, que les beautés de la nature saisissaient vivement, comme toutes les âmes tendres, se fit expliquer