LIVRE VII
Établissement de Jérôme et de Paula dans la ville de Bethléem. — Us construisent près de la caverne de la Nativité un monastère d'hommes , trois monastères de femmes et un hospice pour les étrangers. — Retraite particulière de Jérôme; son paradis d'étude. — Il ouvre une école de grammaire à Bethléem ; on l'accuse d'enseigner le paganisme. — Il fait copier des classiques grecs et latins par les moines de Rufin. — Ses études hébraïques; ses professeurs juifs de Lydda et de Tibériade. — Il apprend le chaidéen. — Il corrige son Psautier latin et revise la traduction des Septante. — Assistance que lui prêtent Paula et Eustocluum dans ses travaux. — L'envie se déchaîne contre Jérôme. — Ouverture des couvents de Paula; leur administration. — Marcella perd sa mère Albine. — Paula et Eustochium veulent l'attirer à Bethléem; leur lettre sur les mérites de Jérusalem et de la Terre Sainte ; lettre de Jérôme sur le même sujet. — Correspondance des solitaires avec leurs amis de Rome. — La discorde se met entre Jérôme et Rufin.
lîieii n'était prêt pour rétablissement de Jérôme et de Paula à Bethléem; ils durent se loger provisoirement et fort à rétroit dans la ville, Paula avec les jeunes Romaines qui la suivaient, Jérôme avec son frère et ses amis; puis on se mit en quête de terrains dans le voisinage de l'église, pour y Mtir des monastères. Ils en trouvèrent un situé à mi-côte, près de la porte occidentale, tirant un peu vers le nord : on le destina au futur couvent de Jérôme; celui des femmes fut placé plus loin, et les constructions commencèrent. Paula avait beaucoup d'argent, Jérôme fort peu, et, pour faire face
'i5U SAliNT JÉRÔME.
aux dépenses dans lesquelles il s'engageait, il envoya vendre en Dalmatie les débris de son patrimoine de famille, quelques champs en friche, quelques fermes échappées à demi aux ravages des Barbares et à l'incurie des colons : vente difficile, qui ne fut réalisée qu'en 397 par Paulinien. Paula voulut se charger du reste. Le monastère de Jérôme, bâti dans un lieu de facile défense, fut muni d'une tour de refuge, précaution qui n'était pas superflue,' comme l'événement le démontra plus tard; celui de Paula s'éleva dans la plaine, à quelque distance au-dessous, et il s'accrut successivement de deux autres à peu près contigus^ L'établissement monastique fut complété par la construction d'un hospice ou hôtellerie gratuite placée près du grand chemin, et destinée aux visiteurs ainsi qu'aux voyageurs de passage, à l'instar de ce qui se pratiquait à Nitrie. « Si Joseph et Marie revenaient à Bethléem, disait Paula avec une grâce charmante, ils trouveraient enfin où loger : puis il y avait tant de pèlerins sur la route de Jérusalem-! » Quant à Jérôme, impatient de se mettre à l'étude, il choisit, sous le coteau, une grotte voisine de celle de la Nativité, et la plus spacieuse après celle-ci, pour en faire son cabinet de travail et sa cellule de méditation. On y arrivait du dehors par un sentier qui se détachait de la grande route, près du tombeau d'Archélaus, ancien ethnarque de Judée. Ses livres, ses papiers, ses scribes, tous ses instruments d'étude, furent bientôt installés dans ce lieu, qu'il appelait «son paradis;). Il écrivait de là.