LIVRE VII
martyrs, combien de docteurs, sont venus, d'âge en âge, visiter Jérusalem, persuadés qu'il leur manquerait quelque chose dans l'esprit et dans le cœur, dans l'éloquence et dans la foi; qu'ils n'atteindraient pas à la perfection, s'ils ne venaient adorer dans le lieu où l'Évangile a illuminé le monde pour la première fois, du haut d'un gibet! On raconte qu'un auteur célèbre reprochait jadis à quelqu'un d'avoir appris le grec non à Athènes, mais à Lilybée, le latin non à Rome, mais en Sicile, chaque province ayant en propre quelque chose qui manque aux autres. Eh bien, pourquoi ne dirions-nous pas aussi que, hors de notre Athènes des études chrétiennes, nul n'en atteindra le sommet?
(( Pardonne-nous ce langage. Nous ne prétendons pas posséder le royaume de Dieu et nier qu'il y ait quelque sainteté ailleurs; nous voulons dire qu'on voit arriver ici tout ce qu'il y a de plus saint et de plus savant dans le monde entier. Nousy sommes venues, non assurément comme les premières, mais comme les dernières, afin de voir et d'entendre. C'est une fleur, une pierre précieuse dans la parure de l'Église, que ces chœurs de moines et de vierges qui couvrent la Palestine ^ Quiconque se distingue par la science chrétienne au fond des Gaules n'a qu'une pensée : arriver ici. Le Breton, (( séparé de notre monde, » quille son soleil couchant, et se met à la recherche de la lointaine contrée que l'astre des Évangiles lui révèle. L'Orient fait la même chose. L'Arménie, la Perse, les Indes, l'Ethiopie, l'Egypte même, si féconde en solitaires, le Pont, la Cappadoce, la Mésopotamie, nous envoient leurs plus chers enfants.
1. Certe flos quidam et pretiosissimus lapis inter ecclesiastica ornamenta, monachorum et virginum chorus est. Paul, et Eust., Ep., ub. sup.
L'univers converge ici, suivant le mot du Sauveur : « Où « est le corps, là se réuniront les aigles. »
(( Nous tardons à te peindre la petite campagne du Christ et l'hôtellerie de Marie ; mais en quels termes le faire? En face de cette grotte vénérable de la Crèche, il y a plus de respect dans le silence que dans la parole. Nous n'avons point à décrire d'ailleurs des rangées de vastes portiques, des lambris d'or, des murailles décorées par la sueur des misérables et le travail des condamnés : la demeure du Dieu fait homme n'est point un de ces palais où vous vous emprisonnez avec délices, pensant qu'il vaut mieux apercevoir vos toits que contempler le ciel. C'est dans un petit trou de la terre, dans une fissure de rocher, qu'est né l'architecte du firmaments Oh! je crois ce lieu plus saint que la roche Tarpéienne, tant de fois frappée de la foudre, parce qu'elle est profane et odieuse au Seigneur.
« Lis l'Apocalypse de Jean, et vois ce qu'il dit de la femme vêtue de pourpre, au front de laquelle est écrit : (( blasphème, » qui est assise sur ses montagnes et environnée d'eau. La reconnais-tu? Comprends-tu aussi cet ordre du Seigneur : « Fuyez du miheu de Babylone, car a elle est devenue le domicile des démons? » Je ne veux certes point déprimer l'Église où sont les trophées des apôtres; mais l'ambition, la puissance, la grandeur de la ville, la nécessité de voir et d'être vu , de saluer et d'être salué, de louer et de critiquer, d'entendre parler sans cesse, de voir toujours ce monde, ces foules, tout cela l'a gâtée, tout cela oppose un obstacle insurmontable à la quiétude du vrai moine... On vous visite : vous
i. Ecce in hoc parvo terrae foramine, cœlorum conditor natus est. Paul, et Eust., Ep. ap. Hieron., Ep. 44.