‹ Saint JéromeChapitre 237 sur 387 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

champs se peignent de fleurs, quand les oiseaux gazouillent sur nos têtes, le chant des psaumes est bien plus doux. Arrivent l'hiver, le froid et les neiges, je n'ai pas besoin d'acheter du bois; la forêt voisine m'en fournit assez pour veiller ou dormir chaudement à bon compte. Que Rome garde pour elle ses tumultes; que ses arènes cruelles rougissent toujours du sang des gladiateurs; que des applaudissements insensés ébranlent toujours son cirque, et que la luxure règne sur ses théâtres; enfin, pour parler de nos amis, que le sénat des matrones y soit visité chaque jour M Nous autres ici, nous pensons qu'il est bon de s'attachera Dieu et de mettre en lui toute son espérance; afin que, le jour où nous changerons cette pauvreté d'ici- bas pour les richesses d'en haut, nous puissions nous écrier à notre tour : « Que désirai-je dans le ciel, et qu'ai-je demandé (( sur la terre, sinon toi seul, ô mon Dieu? »

Marcella ne vint point, et elle fut plus utile aux solitaires, ses amis, dans la ville du Capitole que dans celle du Golgotha. Vers la même époque, Jérôme écrivait à Pammachius : « Tu ne reconnaîtrais pas ta belle-mère et ta sœur, si tu les voyais aujourd'hui : leur corps s'est fortifié à l'égal de leur âme. Elles qui, du vivant de Toxotius, étaient les esclaves du siècle, ne pouvaient ni respirer l'air des carrefours, ni monter un escalier, pour qui un vêtement de soie était une pesante charge et la chaleur du soleil un incendie, couvertes maintenant de vêtements sombres et presque négligés, elles mettent la main aux plus gros ouvrages. Elles s'occupent à pré-

1. Habcat sibi Roma suos tumultus, arena sseviat, circus insaniat, theatra luxurieiit : et quia de nostris dicendum est, matronaruni quotidie visitetur senatus ! Hieron., Ep. 45.

parer les lampes, elles allument le feu, balayent la maison, épluchent les herbes, mettent les légumes au pot quand la marmite bout, dressent la table, placent les vases à boire, disposent les plats, courent de côté et d'autre ^ Elles ont assurément autour d'elles un grand nombre de vierges à qui elles pourraient laisser ces sortes de services, mais elles tiennent à donner l'exemple partout et toujours; ne voulant pas se laisser vaincre dans le travail du corps par celles qu'elles surpassent dans le courage de Tâme. » Il disait encore à Furia : « Que ne puisses-tu voir ta sœur Eustochium ! que ne puissestu avoir avec elle un entretien où cette sainte bouche se fît entendre ! Gomme tu remarquerais une grande âme dans un petit corps- ! Ce que Marie lit devant les femmes d'Israël, elle le fait devant les vierges ses compagnes, en chantant la première les louanges du Seigneur. C'est ainsi que l'on passe ici la nuit et le jour, et qu'on attend l'arrivée de l'époux, en tenant l'huile toute prête pour les lampes. »

Ils voulaient qu'on les crût heureux, et ils l'étaient en effet, mais leur bonheur ne fut pas de longue durée. Une froideur toujours croissante se mit entre les couvents de Bethléem et celui du mont des Ohviers : le démon d'envie, comme au temps de Judas le démon d'avarice, s'était glissé dans ce jardin de Gethsémani au-dessus duquel résidait Rufin. Les visites du prêtre

1. Vel lucornas concinnant, vel succendunt focum, pavimenta verrunt, mundaiit legumina, olerum fasciculos in ferventem ollain dejiciuiit, apponunt mensas, calices porrigunt, effundunt cibos, hue et illuc discurrunt. Hieron., Ep. 55.

2. Si videres sororem tuam, et illad sacri oris eloquium coram audire te contingeret, cerneres in pai'vulo corpusculo ingénies animos. Hieron., Ep. 47.

Page 1