‹ Saint JéromeChapitre 240 sur 387 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

comme Tertiillien, à cette époque de demi-incertitude où l'autorité de l'Église, encore muette sur beaucoup de questions dogmatiques, laissait le champ libre aux hypothèses, et où de grands et vigoureux esprits, amis de la vérité, purent consciencieusement flotter entre l'orthodoxie et Terreur. Fils d'un martyr, maître de disciples dont beaucoup allèrent au martyre, et lui-même intrépide confesseur de la foi dans les prisons de Décius, il n'exerça pas moins de puissance sur son siècle par son caractère que par son savoir. Les surnoms qu'on lui donna d'Adamantins, cœitr de diamant, Ghalcenterus, entrailles d'airain, Chalceutès, homme de bronze ou de fer, indiquent sur lui le jugement de ses contemporains, que la postérité ratifiai II avait dix-sept ans quand son père, nommé Léonide, fut conduit au supplice par l'ordre du gouverneur d'Alexandrie, durant la persécution de Sévère^ et sa mère dut l'emprisonner lui-même dans la maison et cacher ses habits, pour qu'il ne se livrât pas au bourreau. Réduit à écrire au lieu d'agir, il exhorta son père par un billet à mourir généreusement, sans songer à ceux qu'il laissait après lui^ La confiscation des biens, conséquence ordinaire du martyre, le jeta, lui et sa famille (ils étaient six enfants), dans un tel dénûment, qu'il fut contraint de vendre ses livres pour une rente de quatre oboles par jour, qui suffisait à le nourrir. Il ouvrit ensuite un cours public de gram-

1. Origenes qui et Adamantins... Hieron., Catal. Script. eccL, liv.

2. Leonides Origenis pater, capite truncatus, supra dictum filium admodum adolescentem reliquit. Euseh.^ Hist. eccles., \i,i. — Leonides Origenis pater, captus est, et post alia supplicia obtruncatus... Zonar., XII, 11. — Hieron., Catal. Script, eccl., liv. — Nicephor., v, 2.

3. « Cave, mi pater, ne nostra causa sententiam mutes.!» Euseb., VI, 2.

maire où il se rendait pieds nus et en haillons ^ Une riche matrone d'Alexandrie, qui était chrétienne, eut pitié de tant de misère si saintement gagnée et le recueillit dans sa maison ; mais il la quitta presque aussitôt parce qu'il y trouva un hérétique-. Cependant son enseignement faisait déjà du bruit. Il atteignait sa dixhuitième année, quand la chaire des catéchèses chrétiennes, qu'avait fondée Pantenne et occupée Clément, devint vacante par l'effroi de la persécution, qui en écartait tout le monde : Origène la prit hardiment ^ et de son école sortirent coup sur coup sept martyrs, ses disciples. Il faillit vingt fois être lapidé; les parents d'un de ses élèves, qu'il avait accompagné à la mort, voulurent un jour le mettre en pièces, sa demeure fut assiégée par des soldats, et il erra longtemps sans domicile, courant de retraite en retraite. Il n'obtint pourtant pas ce qu'il cherchait avec tant d'audace : soit dédain, soit admiration, le gouverneur d'Alexandrie le laissa vivre.

Ce commencement de sa vie, qui justifiait son surnom à'enirailks cV airain, est le tableau du reste. Quand la persécution s'apaisa, il se fit de l'étude un autre martyre. Pour appartenir sans réserve à ces passions de l'intelligence qu'il ressentait si violemment, mais qu'un fol instinct de jeunesse venait déranger parfois, — d'au-

1. Venditis priscse doctrinae voluminibus, quae pênes se habebat elegantissime elaborata, contentas fuit quatuor obolis qui ab emptore voluminum ipsi in dies singulos pendebantnr... Nudis vestigiis ambulasse dicitur, nullo penitus calceamento. Euseb., vi, 3.

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