‹ Saint JéromeChapitre 243 sur 387 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

phyre, son admirateur sincère autant qu'ennemi acharné du culte chrétien. Il corrompit ce qu'il y avait d'excellent dans sa personne et dans sa science par ce mélange qu'il entreprit de la philosophie et du christianisme : car, menant une vie chrétienne contraire à toutes les lois, il suivait, sur la Divinité et sur tout le reste, les sentiments des Grecs qu'il recouvrait des fables des barbares. Platon était son auteur favori; il lisait assidûment les écrits de Numène, de Longin et des plus habiles pythagoriciens; les stoïciens aussi, Gornutus surtout, étaient ses maîtres. Ayant appris par cette étude la manière d'expliquer et d'entendre les mystères des Grecs, il l'a appliquée aux écritures judaïques ^ » Ceci est une récrimination païenne ; mais on ne peut disconvenir qu'en lavant le christianisme des imputations d'ignorance sur lesquelles vivaient ses ennemis, en appelant les chrétiens euxmêmes à l'étude des brillants systèmes qui passaient alors pour la vérité philosophique, en imprimant enfin à l'exégèse chrétienne l'élan sublime qui a produit après lui les Grégoire de Nazianze, les Basile, les Ghrysostome et Jérôme lui-même, Origène n'ait rendu un immense service à cette religion qu'il avait confessée avec tant de courage et d'intrépidité. Il était d'ailleurs d'une parfaite bonne foi, reconnaissant ses erreurs quand on les lui montrait, et faisant d'avance amende honorable pour celles qui ne lui étaient point signalées. S'il pécha par trop de science, il le fit en illuminant bien des vérités. Un concile qui l'excommunia de son vivant disait de lui, dans un amer mais magnifique langage : « Pareil à Satan, dont il est fils, Origène est tombé du ciel comme un éclair. »

1. A quibus, quum allegoricum in explicandis Grsecorum mysteriis

Après sa mort, la division créée par ses écrits se perpétua : il eut des adversaires; il eut des admirateurs éclectiques qui distinguèrent en lui le mal du bien; il en eut également d'absolus qui adoptèrent tout sur la parole du maître. Rentré en esprit, comme un triomphateur, dans cette patrie qui l'avait chassé, l'ancien excommunié redevint le roi de son école. J'ai dit, à propos de Didyme l'aveugle, quel culte y entourait sa mémoire, culte qui touchait presque à l'idolâtrie. Lorsque des hommes tels que Didyme, imbus de ses doctrines, mais éclairés par les décisions récentes de l'Éghse, expliquaient les livres d'Origène, ils se gardaient euxmêmes des opinions aventureuses et savaient en garantir soigneusement les autres. Toutefois, avec moins de clairvoyance, on pouvait se laisser égarer, et il sortit, des subtilités extrêmes de l'origénisme, plus d'une hérésie immorale ou antichrétienne \ D'ailleurs, le fils du martyr Léonide avait été le plus fécond des écrivains ecclésiastiques ou profanes. « Notre Varron n'est rien à côté de lui, disait Jérôme; il a plus composé qu'un homme comme nous ne pourrait copier dans toute sa vie^. » Quelle difficulté alors de faire un choix parmi tant de livres, de tenir le fil de l'orthodoxie à travers un tel dédale d'opinions confuses!

Ce goût exagéré du symbole qui respire dans les écrits d'Origène cliarmait l'imagination vive des Orientaux; mais l'idole de l'Orient ne trouvait en Occident

modum didicisset, cum judaïcis scripturis adhibuit. Porpli., ap. Euseb., VI, 19.

1. Hydra, hœreseon multiceps. Theopb. Alex., Lib. Pasch.,1^ ap. Hieroii.

2. ïantos libres composuit, quantos quivis nostrum aliènes sua manu describere non possit. Hieron., Ep. 29.

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