LIVRE VIII
son siège. Lorsque Jean eut fini, il se leva et fit signe qu'il voulait parler à son tour. Après avoir salué l'assemblée de la voix et de la main, il prononça ces mots avec lenteur et solennité : « Tout ce que Jean , mon frère par l'union du sacerdoce et mon fils par l'âge, vient de dire contre l'hérésie des anthropomorphites, je le trouve fort bien dit et fort à propos, et je joins mon témoignage au sien pour condamner ces sectaires ; mais comme nous réprouvons tous les deux cette absurde croyance, il est juste aussi que tous les deux nous déclarions réprouvés les dogmes pervers d'Origène ^ » Unrireuniversel suivi d'une longue acclamation accueillit ces paroles du vieil évêque, et l'avantage fut encore pour Épiphane.
Une troisième scène, préparée par Jean, eut lieu le lendemain ou le surlendemain. On était alors au temps pascal, et l'évêque de Jérusalem, dans l'intention de mettre au grand jour son orthodoxie, profita de la présence d'Épiphane pour résumer, dans une grande catéchèse tenue à l'église de la Croix, l'ensemble de ses instructions du carême. Il passa en revue les principaux dogmes de la foi : la Trinité, l'Incarnation, le mystère de la Croix, l'enfer, l'état des âmes avant et après la vie, enfin la Résurrection du Sauveur et la nôtre, donnant sur chaque point dogmatique une solution. Il parait que son exposé fut interrompu plusieurs fois par les cris de désapprobation de l'assemblée, de sorte que Jean, tout troublé, interpella Épiphane pour qu'il eût à déclarer si cette profession de foi lui semblait orthodoxe ou non. La situation était déUcate pour l'interpellé, car
1. Sed aequum est, ut quomodo hanc haeresim condemnamus, etiam Origenis perversa dogmata condemnemus. Hieroiii, Ep» 38.
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il s'agissait de prononcer, séance tenante, la condamnation d'un ëvêque dans sa propre église et devant son troupeau. Épipliane crut s'en tirer en répondant d'une manière vague qu'il ne trouvait rien à redire aux doctrines qu'il venait d'entendre, puis, rentré chez lui et repassant dans sa mémoire les solutions théologiques de Jean, il y découvrit erreur sur erreur, et se reprocha comme une lâcheté la déclaration qu'il avait faite. 11 quitte aussitôt Jéi'usalem sans prendre congé de personne, court à Bethléem, et, encore tout hors de lui, raconte à ses amis ce qui s'est passé, ajoutant qu'il rompt désormais la communion avec cet évêque hérétique.
Ce fut comme un coup de foudre tomhé sur les monastères. Jérôme, qui ne pouvait approuver ni la précipitation d'Épiphane, ni la violence de son procédé, ni l'extension qu'il donnait à ses anathèmes contre Origène, essaya de changer sa résolution, le priant instamment de retourner à Jérusalem et de se réconcilier, s'il était possihle. Les moines de Jérôme, Paula et ses filles joignirent leurs supplications à ces instances pour que la paix de l'Église ne lut pas troublée. Épiphane parut céder et se remit en route pour iElia, mais il ne fit que traverser la ville pendant la nuit et courut s'enfermer dans son monastère de Vieil-Ad, qui dépendait du diocèse d'Éleuthéropolis^ 11 adressa de là une lettre encyclique à tous les monastères de la Palestine pour les engager à rompre la communion avec Jean, si celui-ci ne donnait prompte satisfaction sur sa foi.
Il y eut dès lors deux camps à Jérusalem, celui de
1. Monasterium Vêtus Ad àictnm... in Eleutheropolitano situm. Hieton., Ep. 39.