LIVRE VIII
révoque et celui d'Épiphane. Rufin et Mélanie se jetèrent avec leur ardeur habituelle dans le premier; Jérôme se rangea dans le second pour ne point abandonner un ami, et aussi parce qu'il ne croyait guère plus à l'orthodoxie de Jean qu'à la droiture de son caractère. Il ne le fit pourtant qu'avec hésitation et scrupule; mais l'évêque Taffranchit de tout ménagement en mettant les monastères de Bethléem en interdit. Les prêtres de Bethléem, qui dépendaient de lui ainsi que l'église, reçurent l'ordre de ne pUis communiquer avec Jérôme, ni avec Paula, et bientôt le troupeau des moines et des nonnes se vit fermer la basilique de la Crèche, où ils assistaient au saint sacrifice, le dimanche. Leur désolation fut inexprimable. « Quoi donc! s'écriait Jérôme indigné en s'adressant aux prêtres de Bethléem, suis-je retranché de l'Église? Suis-je excommunié? Non, je ne le suis pas, car si je ne communique plus avec votre évêque, je communique avec celui d'Alexandrie, avec celui de Rome, je communique avec votre métropolitain de Césarée ^ ! » Ce n'était pas précisément le titre quil fallait invoquer pour rétablir la paix entre Jean et lui.
Les monastères se trouvèrent ainsi réduits à leurs prières en commun dans leurs propres chapelles, à l'exclusion du sacrifice, et ce fut pour eux une cruelle souffrance. Jérôme, il est vrai, était prêtre, Yincentius était prêtre aussi; mais ni l'un ni l'autre, comme je l'ai dit, n'avaient pu se décider jamais à remplir les fonctions sacerdotales, ils ne le purent pas davantage dans une circonstance si importante, tant étaient grandes à
1. Ad Cœsariensem episcopum referre debueras, cui spreta communione tua, communicare nos noveras. Hieron., Ep. 38.
leurs yeux Ja dignité et la responsabilité du prêtre ^ ! Il fallut alors chercher en dehors d'eux : on s'adressa d'abord à la communauté. Parmi les jeunes moines qui en faisaient partie, un surtout semblait réunir en sa personne toutes les qualités appropriées à ces difficiles fonctions : c'était Paulinien, le digne frère de Jérôme par la science autant que par l'élévation du caractère, le désintéressement et la charité.
Quoique Paulinien n'eût encore que Tingt-huit ans, âge que les gens rigides trouvaient alors insuffisant pour une ordination canonique, tout le monde le jugeait digne du sacerdoce. Les monastères le souhaitaient pour eux, et Jean lui-même, à une époque où il vivait en bonne intelligence avec les moines, l'avait menacé plus d'une fois de l'ordonner malgré lui et de rattacher à son clergé. PauUnien avait toujours refusé et refusait encore, repoussant avec opiniâtreté jusqu'aux sollicitations de son frère. Épiphane, qui déplorait presque comme son ouvrage l'état d'abandon où la tyrannie de Jean mettait ses malheureux amis, prit pour les en tirer un parti hardi, mais que justifiaient les mœurs de TÉglise primitive. Un jour que Paulinien s'était rendu avec quelques diacres à Vieil -Ad pour le consulter sur des affaires concernant le couvent de Bethléem, Épiphane, qui célébrait le saint sacrifice dans l'église d'un village voisin, Ty fit venir, et enjoignit à ses diacres de fenlever de force pendant qu'il prierait. Les diacres, en efl'et, se jettent sur lui au signe convenu et remportent, en lui fermant la bouche, de peur qu'il ne conjurât l'évêque
1. Quum sancti presbyteri Hieronymus et Vincentius, propter verecundiam et humilitatem, nollent débita... exercere sacrificia. Epiphan., Ep. ad Joann. Jerosf^'., ap. Hieron., Ep. 110.