‹ Saint JéromeChapitre 254 sur 387 · LIVRE VTII · texte numérisé non relu

LIVRE VTII

seulement les prêtres de Bethléem interdirent plus étroitement que jamais l'accès de l'église aux reclus des monastères, mais ils exigèrent de leurs propres paroissiens, avant de les laisser entrer, une réponse catégorique à cette question : u Croyez-vous que Paulinien soit un véritable prêtre^? »

Sur ces entrefaites, des phénomènes effrayants, qui semblaient être les précurseurs d'un grand cataclysme, parcoururent presque tout l'Orient. Une nuée de feu parut sur Gonstantinople-, des tremblements de terre se firent sentir en Gappadoce, en Syrie, en Palestine. A Bethléem, le jour de la Pentecôte, le soleil s'obscurcit tout à coup, et la ville, enveloppée d'épaisses vapeurs, fut plongée dans une obscurité complète. Les habitants glacés d'effroi désertaient leurs maisons, et dans les rues, où l'on se reconnaissait à peine, un seul cri sortait de toutes les bouches : « La nuit éternelle commence; le dernier jugement est proche! » Il y avait alors dans la ville de nombreux catéchumènes, hommes et femmes, que les moines préparaient à un prochain baptême; croyant le jour suprême arrivé, ils vinrent frapper aux portes des monastères, demandant qu'on les baptisât^ Les monastères aussi en contenaient un certain nombre qui sollicitaient cette grâce avec instance.

Jérôme n'osa pas satisfaire à leur vœu, quoiqu'il eût chez lui quelques prêtres en passage. Il craignait d'attirer sur eux tous de nouvelles censures épiscopales en

1. An non tu scindis Ecclesiam, qui mandas clericis tuis, ut si quis Paulinianum, ab Epiphanio episcopo consecratum presbyterum dixerit, ecclesiam prohibeatur intrare? Hieron., Ep. 38.

2. Quadraginta diversae setatis et sexus baptizandi. Hieron., ibicL

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empiétant sur les droits du clergé de la ville. 11 engagea donc les catéchumènes à le suivre, et les conduisit luimême au baptistère de la Nativité. Les prêtres reçurent ceux qui étaient de la paroisse; ils fermèrent le baptistère aux autres, et Jérôme se vit contraint d'envoyer ses catéchumènes à l'évêque de Lydda, Dionysius, qu'il avait connu à Rome au concile de 382, et dont il savait les bonnes dispositions à son égard. Ainsi, point de baptême pour les convertis des monastères, point d'assistance religieuse pour leurs malades, et bientôt plus de sépulture pour leurs morts! Un ordre impitoyable de l'évêque enleva aux habitants infortunés des couvents la consolation des derniers sacrements et la sépulture chrétienne. Exclus des cimetières comme de l'église, et n'ayant pas le courage d'enfouir les dépouilles mortelles de leurs frères et de leurs sœurs dans une terre profane, ils les déposèrent dans un lieu écarté, jusqu'à ce qu'un peu de terre chrétienne leur fiit enfin rendue ^ Telle était la charité de ce prêtre, qui persécutait jusqu'aux morts, et l'on rougit de penser qu'il avait pour conseillers, souvent même pour instigateurs, deux Occidentaux, anciens amis des persécutés.

Jean n'était pas encore satisfait : c'est Jérôme qu'il voulait frapper, afin que le troupeau fût dispersé après le pasteur. Il avait imaginé pour cela un moyen infail-

1. Vivis habitaculum, mortuis sepulcrum negat... Quis ossa sanctorum et innoxios cineres, hucusque verberaii ab imbiibus sinit? Hieron., Ep. 38.

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