LIVRE X
habitué des champs de bataille, l'ancien courtisan du palais des Césars eut d'abord pour emploi d'allumer les cierges, de préparer les vêtements sacerdotaux, de distribuer aux pauvres le pain et les aumônes, de visiter les malades; il devint ensuite diacre et prêtre.
Népotien pourtant ne franchit ce dernier pas qu'après mille hésitations, car le désir de la solitude le travaillait intérieurement jusqu'au pied des autels, et il ne se soumettait à ces devoirs séculiers que par obéissance pour un évêque qui était en même temps son oncle. Il fit de Jérôme le confident de ses doutes, il lui ouvrit son âme, et celui-ci le confirma dans la voie que, pour leur intérêt commun, Héliodore lui avait tracée. Il lui montra comment il pouvait allier des fonctions, dont le respect lui faisait un devoir, avec les pratiques de l'ascétisme : Népotien se résigna. Rien n'est plus beau, plus attendrissant que cette correspondance et ces pieux efforts d'un ami pour conserver à un ami l'appui de sa vieillesse. Jérôme devint donc comme un dieu pénate au foyer de l'évêque ; son image y était toujours présente, son nom s'y trouvait, à tout propos, dans toutes les bouches. Cependant le bonheur qu'il avait cru raffermir ne dura pas : Népotien fut atteint d'une maladie qui le conduisit lentement au tombeau. Avant de rendre le dernier soupir, il fit apporter sur son lit ses vêtements de prêtre, et, prenant la main de son oncle : « Je te supplie, lui dit-il, d'envoyer cette tunique à mon trèscher père par fâge, mon frère par la dignité ; et si tu me dois quelque affection, comme à ton neveu, reporte cette affection tout entière sur celui que tu aimais déjà avec moi K » On devine de qui il voulait parler.
1. Appreheusa avunculi manu : « Hanc, inquit, tunicam, qua utebar
:jg5 saint jékome.
Jérôme reçut, avec la nouvelle de cette mort, le vêtement que Népotien avait consenti à porter d'après son conseil. H fondit en larmes, mais il avait un autre devoir à remplir que celui de pleurer : il dut consoler Héliodore.
L'année suivante, 397, lui imposa avec une douleur plus poignante encore d'autres devoirs de consolation. La femme de Pammachius, la seconde fille de Paula, Pauline, mourut vers la fin de décembre dans tout l'épanouissement de la jeunesse et de la santé : elle mourut, comme Rachel, en mettant au monde un enfant ; mais « le fils de sa douleur » était déjà mort dans son sein. Après douze ans d'une union constamment sereine, elle laissait son mari seul, sans postérité, inconsolable. Elle lui avait légué ses biens par testament, à la condition de les distribuer aux pauvres. Jamais dernière volonté ne fut plus religieusement accomplie, car Pammachius joignit aux biens de sa femme une partie des siens et se fit moine ^ Il voulut même présider en personne à leur distribution, et offrit en celte occasion à la ville de Rome un de ces spectacles chrétiens qui piquaient sa curiosité sans exciter sa sympathie.
Le paganisme, au temps de sa ferveur, eut ses libéralités funéraires, destinées à honorer la mémoire des morts : des repas donnés sur la tombe de celui qu'on pleurait, aux parents et aux amis, et des distributions de pain, de vin, de viande, de sportules enfin, aux clients et aux pauvres. Pour les riches, ces distributions
in ministcrio Christi, mitte dilectissimo niihi, îEtate patri, fratri collegio : et quidquid a te nepoti debebatur affcctus, in illum trausfer quem mecum pariter diligebas. » llicron,, Ep. 35.
1. Non solum divitias, sed se ipsum Domino obtulit. Hieron., fjp. 92, Ep. 54. — Paulin., Ep. 37. — Pallad., Lausiac, c. 122.