‹ Saint JéromeChapitre 290 sur 387 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

et ces repas étaient ordinairement périodiques; une rente constituée par le testament du défunt y devait pourvoir ; souvent aussi le legs était fait sous cette condition à une municipalité ou à une corporation K C'était

'1. Les Inscriptions romaines contiennent de curieux détails sur ces usages pieux, et diverses formules de libéralités qui s'y rapportent. La grande Inscription conservée à Rome au palais Barberini, la plus complète de toutes, mérite d'être citée au moins par extraits :

Salvia C. F. Marcellina, ob memoriam FI. Apollonî... mariii sui optimi piissimi, donum dédit collegio ^Esculapî et Hygiae locum sediculœ cum pergula, et signum marmoreum vEscuiapî, et Solarium tectum junctum in quo populus collegi (iEsculapî et Hygiae) epuletur. Quod est via Appia ad Martis intra milliariuni 1. et II. ab Urbe euntibus, parte Iseva, inter adfines Vibiuni Calocaerum et Populum.

Item eadem Marcellina collegio. S. S. dédit donavitque H. S. L. M.N, Hominibus N. LX. Sub bac condicione ut ne plures adlegantur quam numerus S. S. et ut in locum defunctorum loca veniant, et liberi adlegantur; vel si quis locum suum legare volet, filio vcl fratri, vel liberté duntaxat, ut inférât arkse M. partem dimidiam funeraticî, et ne eam pecuuiam S. S. velint in alios usus convertere, sed ut ex usuris ejus summse, diebus infra scriptis, locum confrequentare; ex reditu ejus summse si quod comparaverint, sportulas hominib. J\. LX. Ex decreto universorum quod gestum est in templo Divorum, in aede Divi Titi, conventu pleno, qui dies fuit. V. Id. Mart. Bruttio prsesente et Junio Rufino Cos. uti XIII. K. Oct. die felicissimo iN. Antonini Pii. IN. Pii. P. P. sportulas dividerent in templo Divorum, in aede Divi Titi G. Ofilio Hermeti. Q. Q. P. P., vel qui tune erit (Denarios) Hî ^lio Zenoni Patri CoUegî IIÏ. Salvise Marcel li nse matri Gollegî; III. Imm. Sing. ; II. Cur. Sing. ; II. Populo; Sing. r.

Item PI. Pr. Non. Nov."N. Gollegî dividerent ex reditu. S. S. ad Martis in scholam N. praesentibus Q. Q. (Denarios) Vî. Patri Gollegî; VI. Matri Gollegî; VT. Imm. Sing.; TÏÏl. Gur. Sing.; ÏÏTÏ. panes. ÎIII. vinum mensuras Q. Q. — S. — VIlTl. Patr. Goll. — S — VIlTL Imm. Sing. — S — Vï. Cur. Sing. — S — VI. Populo Sing. — S — III.

Item Pr. Non. Jan. strenuas (sic) dividerent sicut. S. S. est. XIII. K. Oct.

Item VIII. K. Mart. die Karae cognationis, ad Martis eodem loco dividerent sportulas, panes et vinum sicut. S. S. est. prid.Non. Nov.,etc.,etc.

Orelli, t. I, n''2417.

370 SAIiNÏ JÉRÔME.

pour la famille une consolation, pour le mort un pieux honneur, qui réjouissait ses mânes dans la sombre nuit du tombeau. Quand la ferveur païenne déclina, lorgueil prit sa place. On vit de riches célibataires, des matrones sans enfants, des patrons qui ne voulaient pas quitter leur clientèle en quittant la terre, instituer par leur testament de grands repas et de grandes distributions, à certains jours déterminés, près de leur demeure sépulcrale. Pour le riche sans famille, c'était un moyen d'échapper à l'oubli des vivants ; pour lepatron superbe, c'était une sorte de revue de ses clients, passée encore après la mort. Le lieu consacré à ces réunions était habituellement le sépulcre même et ses alentours. Les riches y joignaient, comme salle de festin, tantôt un portique, tantôt un appentis temporaire ; quelquefois le testament désignait à cet effet le temple ou l'édicule de quelque divinité propice au défunt.

Cette coutume, sujette à plus d'un abus assurément, mais qui prenait sa source dans un sentiment respectable, passa du paganisme au christianisme. Les fidèles célébrèrent longtemps et célébraient encore à la fin du iv^ siècle des repas funèbres sur les tombeaux des martyrs, pendant la vigile de leur fête. Quant aux repas et distributions établis par testament en l'honneur de morts non sanctifiés, ils avaient pour théâtre à Rome l'église môme de Saint-Pierre, et c'est là que le funeraticiiim chrétien de Pauline reçut son emploi.

Le sénateur Pammachius fit donc publier à son de trompe dans tous les quartiers de la ville qu'un repas suivi d'une distribution d'argent serait donné aux pauvres pour les funérailles de sa défunte épouse, et, comme on le pense bien, l'invitation trouva peu de rebelles. Dès le matin du jour fixé, Rome voyait défiler dans ses

LÎVKE X. 371

rues une foule pressée de gens en guenilles, se dirigeant vers le quartier du Vatican et la basilique de Saint-Pierre. Vagabonds, mendiants, indigents honnêtes, tous ces désliérités de la fortune qui vivent au jour le jour, et qu'un écrivain chrétien de ce temps appelle si bien « les pensionnaires de la Bonté divine ^ » arrivèrent de tous les points de Rome, et bientôt la basilique et ses environs furent encombrés. Des tables avaient été dressées dans les nefs, dans l'abside, sous les portiques, partout où se trouvait un espace vide, et une armée de serviteurs, presque aussi nombreux que les conviés, les plaçaient en bon ordre dès leur a^Tivée. Lorsqu'ils étaient rassasiés, on les congédiait pour qu'ils fissent place à d'autres. Le repas dura probablement toute la journée, et, grâce à l'agilité qui distinguait à Uome les distributeurs publics de denrées, tous les convives purent y avoir part. Avant de se séparer, Pammachius remit lui-même à chacun d'eux un vêtement neuf et une large aumône.

Le premier argent qui passa dans cette largesse funèbre fut celui des bijoux, des robes de soie brochées d'or, voiles de lin, ceintures de pierreries, objets de toilette de toute sorte, fards blancs, rouges ou noirs, dont s'était servie Pauline. Tout l'instrument de Satan, si Satan eut jamais rien de commun avec une si chaste et si modeste matrone, avait été vendu à vil prix pour celte destination. « Quel changement! écrivait Jérôme émerveillé : ces pierreries, ces perles qui étincelaient

1. Videre enim mihi videor tota illa religiosa miserandae plebis examina, illos pietatis divinoa alumnos, taiitis influere penitus agminibus, in amplissirnam gloriosi Pétri basilicam... Paulin., Ep. 13, ad Pammach.

naguère sur la tête et le col de Pauline calment aujourd'hui la faim du pauvre! Les tissus de soie, l'or battu et tréfilé, se transforment en bonne laine chaude qui couvre la nudité du corps sans dévoiler la coquetterie. Cet aveugle qui demande l'aumône et crie souvent où il n'y a personne, c'est l'héritier de Pauline, le cohéritier de Pammachius. La main d'une tendre jeune femme soutient ce mendiant mutilé, qui rampe à ses pieds sur le sol. . . Oh! Pammachius est bien ambitieux! Il pose sa candidature au ciel en briguant le suffrage des pauvres, et sa robe blanche est fabriquée de leurs haillons. Il y a des maris qui soulagent leur douleur en répandant sur le tombeau de leurs femmes la violette et la rose, la fleur de pourpre et le lis; Pammachius arrose cette sainte poussière du baume de la charité ^ » — Paulin, sénateur comme Pammachius, voulut tirer du spectacle étalé sous les yeux des Romains une leçon politique pour l'avenir, a 0 Rome, écrivait-il, si tous tes sénateurs avaient de tels divertissements, si on ne te donnait pas d'autres spectacles, tu pourrais conjurer les malheurs dont te menace l'Apocalypse - ! »

La première fois que Pammachius parut avec la robe monacale parmi ses collègues du sénat, ceux-ci éclatèrent de rire; « mais, c'était le moine qui se moquait d'eux. )) Renonçant au monde sans le quitter, il employa le reste de son immense fortune à construire des églises et des hôpitaux; toujours prêt d'ailleurs à soutenir l'intérêt des chrétiens dans les affaires du gouver-

1. Caeiori niariti super tumulos conjiigum spargunt violas, rosas, lilia, floresque purpurcos... Pammachius noster sanctam favillam ossaque veneranda, eleemosynai balsamis rigat. llieion., Ep. 54.

2. Poteras, Roma, intentatas tibi illas in Apocalypsi minas non timere, si talia semper ederent munera senatores. Paul., Ep. 13.

Page 1