‹ Saint JéromeChapitre 291 sur 387 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

nement, et toujours le fidèle correspondant de Jérôme. Le christianisme, en pénétrant dans le patriciat romain, ce qu'il fit surtout vers la fin du iV siècle, y produisit des efl'ets vraiment singuliers. Enrichies à l'origine par la conquête violente et plus tard par la spoliation organisée des provinces, ces grandes maisons, une fois chrétiennes, semblèrent n'avoir plus d'autre idée que de se rabaisser. On eût dit une sorte de talion qu'elles s'imposaient à elles-mêmes, au nom d'une religion sortie du sein des pauvres et du rang des nations conquises. La pauvreté devient comme un but vers lequel elles marchent de concert : elles se hâtent, elles précipitent leur ruine avec autant d'ardeur qu'elles en avaient mis jadis à entasser leurs prodigieuses richesses. Suivant une expression énergique, empruntée au langage du temps, a leur opulence, si longtemps le fléau des pauvres, veut en être la mamelle, et leurs palais de marbre aiment à se transformer en hospices du Christs »

Je ne parlerai point du désespoir de Paula ni de celui d'Eustochium : Jérôme jelle un voile sur leur douleur, comme le peintre antique sur la face d'Agamemnon devant le sacrifice d'Iphigénie. Il nous dit seulement que Paula trouva dans la conduite de Pammachiustout le soulagement qu'une mère pouvait attendre. Plus il donnait, plus il dispersait; plus ces cœurs brisés semblaient recueillir de consolations et de grâces.

Un rayon de soleil vint enfin percer la sombre nuit qui enveloppait les âmes aux couvents de Bethléem. Marié dans sa quatorzième année à Léta, fille d'Albinus, Toxotius devint père. J'ai dit que ce fils unique de Paula

1. Quoniam divitiœ, ubera panperum sunt, et domus, hospitium Christi. Paul., Ep. 13.

avait nourri longtemps de vives rancunes contre le christianisme, qui lui avait enlevé sa mère; mais il les abjura à la voix de la femme qu'il aimait. Léta était pourtant fille d'un païen, et plus encore d'un pontife des dieux païens. Toutefois Albinus ne metîait dans l'observation de son culte ni fanatisme ni intolérance. Sa femme, morte alors, avait été chrétienne; elle avait élevé ses filles dans la religion chrétienne, et elles avaient épousé indifféremment des païens ou des chrétiens, mais les païens s'étaient successivement convertis. Ces mariages mixtes, que les théologiens du temps appelaient malrimonium impar \ loin de déplaire à l'Église, étaient un des objets de sa sollicitude. L'apôtre Paul les avait recommandés aux premiers fidèles, en disant qu'il en naîtrait des sainis, et l'incrédule Toxotius offrait de cette vérité un nouvel et mémorable exemple. Son union avec Léta fut menacée d'abord de stérilité. Après plusieurs fausses couches, coup sur coup, la jeune femme fit vœu, sur le tombeau d'nn martyr, que, s'il lui naissait une fille, elle rélèverait pour la vie religieuse : cette fille naquit, et Léta remplit sa promesse. L'enfant fut nommée Paula, comme sa grand' mère, et la première parole que la mère lui apprit à former fut celle d' Alléluia. Jérôme, dans un tableau charmant, nous peint le pontife des dieux, entouré de sa postérité chrétienne, le nouveau-né sur ses genoux, l'écoutant avec délice balbutier le cri de triomphe des chrétiens. Cette naissance et cette consécration remplirent de joie les hôtes de Bethléem. Jérôme y voyait déjà la conversion d'Albinus. « Comme une sainte et fidèle maison, écrivait-il à Léta, sanctifie F infidèle! Albinus est déjà le

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