‹ Saint JéromeChapitre 293 sur 387 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

des vierges, vint à Bethléem assister sa tante Eustochium dans la direction des monastères, quand sa grand'mère n'éfait plus. Restée la dernière de la famille, elle put fermer les yeux de Jérôme.

Au mois de mars * de l'année /i02, un événement imprévu (c'était un événement pour eux) jeta quelque inquiétude dans les couvents de Bethléem : Mêlante partit pour l'Italie et Rome, qu'elle n'avait pas revues depuis trente-sept ans. On donnait pour motif à son voyage soudainement résolu une affaire de famille dont voici le fond.

Ce fils unique que Mêlante avait abandonné à l'âge de cinq ans, le laissant à la tutelle du préteur urbain en compagnie de tous les orphelins de la ville, Publicola, avait secoué par l'énergie de son caractère les misères de l'abandon maternel. Il était devenu un homme considérable et considéré, et dans le Sénat, dont son nom et sa fortune lui avaient ouvert les portes, on le comptait parmi les membres les plus éminents en honnêteté et en savoir. La ferveur chrétienne systématique, celle qui préconisait les doctrines absolues de renoncement à la famille et à soi-même, ne manqua pas d'attribuer la réussite du fils à la conduite de la mère. Elle voulut voir, dans ce sacrifice du plus sacré des devoirs humains, une sorte de mise en demeure adressée à la Providence divine de prendre soin de l'enfant délaissé,

1. Jam hyeme decedente. Paul. NoI., Ep. 29. — Cf. Ep. 9 et 10.

mise en demeure à laquelle la Providence avait dignement répondue Tels étaient les égarements impies où le mysticisme entraînait des esprits orgueilleux ou faibles, et parfois aussi de beaux génies et de grands cœurs. Quant à Publicola, élevé dans le christianisme, il restait chrétien, chrétien fort tiède au jugement de sa mère , parce qu'il cherchait à garantir ses propres enfants des exagérations et des malheurs dont il avait été victime.

De son mariage avec une riche patricienne nommée Albine, il lui était venu deux enfants, un fils puîné, appelé comme lui Publicola, et une fdle à qui on avait donné le nom de son aïeule, et qui porte dans J'histoire celui de Mélanie la jeune. L'opposition des caractères et du genre de vie n'avait point empêclié qu'une correspondance respectueuse, assez suivie, n'existât entre Publicola et sa mère; et de la solitude du mont des Oliviers, celle-ci dirigeait l'éducation chrétienne de sa petite-fille, dont elle domina peu à peu fesprit et la volonté. Les qualités viriles qui distinguaient cette femme, son détachement de tout, son fanatisme, que ne déparaient point fétrangeté de ses aventures dans tout l'Orient et sa vie monacale en Judée, avaient jeté sur elle un grand éclat, au moins dans la société chrétienne d'Occident. Vue de loin, Mélanie se dessinait comme un personnage idéal, en dehors de toute comparaison au sein de la chrétienté. Ce sentiment d'admiration s'enracina de bonne heure chez la jeune Mélanie, qui se fit de son aïeule une sorte d'idole, malgré la dissemblance de leurs cœurs.

1. Paul. NoL, Ëp. 44. — Augustin., Ep. 46. — Pallad., Lausiac. c. 118.

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