LIVRE XI
dans un miroir, l'état des esprits, des études, des mœurs dans les différentes régions de l'Occident, principalement chez les femmes. On peut y suivre aussi presque pas à pas les progrès de l'Empire s'ach'eminant vers sa ruine. Nous choisirons pour les signaler au lecteur les lettres qu'il écrivit à cette époque à des dames gauloises, entre autres aux matrones Hebidia, Algasiaet Artemia.
Hébidie était Armoricaine, et sa famille, issue de souche sacerdotale druidique, présentait une de ces conditions bizarres que la conquête avait créées parmi les sujets de Rome, et qui différaient de province à province. Celle-ci était attachée héréditairement au service du temple deBélen, dans la cité des Baïocasses, aujourd'hui Bayeux. Bélen était dans la religion des Gaulois le dieu du jour, de la médecine et des beaux-arts, comme Phœbus-Apollon dans celle des Romains et des Grecs; aussi les formules du culte officiel gallo-romain attribuaient à cette divinité le double nom d'Apollon- Bélen, que nous lisons encore aujourd'hui sur plusieurs inscriptions votives ^ Ses prêtres avaient fait de même ; et dans la famille d'Hébidie, les hommes prenaient tantôt le surnom de Paîtra, qui désignait en langue gauloise leur emploi de gardiens du sanctuaire de Bélen %