‹ Saint JéromeChapitre 330 sur 387 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

infidèles, colportée, copiée, altérée peut-être, elle se trouva bientôt à Rome, en Italie, en Dalmatie, partout en un mot, excepté chez l'homme qui devait la recevoir. La vivacité des accusations qu^elIe contenait surprit tout le monde et donna lieu à des interprétations trèsdiverses. Les amis de Jérôme furent consternés; ses ennemis triomphèrent, en voyant se rallier à eux — quelques-uns le pensèrent du moins — la naissante gloire de l'Occident : les uns et les autres attendirent avec anxiété la réponse.

Effectivement Augustin, absorbé par des soins nouveaux, ne s'était plus occupé de son envoi, et il avait pu croire que Profuturus, avant de mourir, avait fait choix d'un autre intermédiaire; il ignorait même, à ce qu'il paraît, que sa lettre circulât subrepticement en Italie, lorsqu'il reçut la visite d'un diacre arrivé de Bethléem et porteur d'un biilet de Jérôme. Le billet renfermait une chaude recommandation pour ce diacre que certaines affaires conduisaient en Afrique, et des félicitations implicites pour le nouvel évêque, dont la promotion, connue en Orient par le bruit public, avait réjoui les solitaires de Bethléem. De la dispute de saint Pierre et de saint Paul, des traductions hébraïques, de toutes les questions soulevées par la missive d'Augustin, il ne disait mot : évidemment la lettre n'était pas parvenue à destination.

Le billet était ainsi conçu :

(c Jérôme au Seigneur vraiment saint et très-heureux pape Augustin, en Jésus-Christ, salut.

« J'écrivis l'année dernière à ta Dignité par notre frèie Astérius, le chargeant de te porter mon salut. J'aime à croire que ma lettre ne s'est point égarée. Aujourd'hui je te prie encore, par mon saint frère Pré-

sidins, diacre, de te souvenir de moi, ajoutant à cette prière une recommandation pour lui. Sache qu'il est à mes yeux un véritable frère : aide-le, soutiens-le en tout ce que la nécessité réclamera; non pas qu'il manque de ce qu'exigent les besoins de la vie, grâce à Dieu, mais parce qu'il recherclie avidement l'amitié des gens de bien, qui est à ses yeux un des grands bonheurs de ce monde. Quant à la cause qui lui fait franchir la mer d'Orient en Occident, tu la connaîtras par sa bouche, si peu qu'elle t'intéresse.

(( Pour moi, retiré dans un monastère, je sens, comme sur un écueil, s'agiter autour de moi bien des tlots, gronder bien des orages*. Une foule de misères inséparables de l'exil viennent à l'envi m'assiéger, mais je me repose en celui qui a dit : c( Ayez confiance, j'ai (( vaincu le monde. » Par sa grâce et sa protection, j'espère triompher aussi des attaques du mi-chant,

(( Salue respectueusement de ma part notre saint et vénérable frère, le pape Alypius. Les saints frères qui m'assistent dans le service de Dieu joignent leurs respects aux miens. Que le Christ tout-puissant te maintienne en parfaite santé et bonne mémoire de moi. Seigneur vraiment saint et pape vénéré! »

Convaincu à cette lecture que sa lettre avait été perdue, Augustin se hâta d'en écrire une seconde; il la fit plus longue encore que la première, plus développée dans ses arguments, plus incisive dans ses conclusions, et malheureusement non moins acerbe dans sa forme. Comme s'il eût supposé qu'une fausse honte pouvait retenir Jérôme dans l'aveu de sa faute et dans la rétrac-

1. Nos in monastei'io constituti, variis liinc iiide fliictibus quatimur, et peregrinatiuiiis molestias sustinenius. Hieroii., Ep. 00.

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