LIVRE XI
trait acéré. Une chose surtout me surprend, c'est qu'après m'avoir dit que tu refusais de m'atlribuer légèrement sur une simple copie la lettre qui t'offense, de peur que je n'eusse le droit de me plaindre de ton amitié, voilà que tu me sommes de te déclarer sans détour si elle est de moi et de t'en transmettre une copie fidèle, afin que nous disputions sans aigreur sur les Écritures. Quelle apparence que nous puissions disputer sans aigreur, si tu es résolu d'écrire d'une manière blessante? Et si tu ne l'es pas, comment se fait-il que, dans la supposition où je ne serais pas l'auteur de la lettre, tu m'aies déjà donné le droit de m' offenser de la réponse, avant même toute information ? Si donc tu n'as pu me répondre que d'une manière peu affectueuse étant encore dans le doute, comment veux-tu que nous disputions sans aigreur, quand tu sauras que la lettre est de moi ? Fais-moi Voir, si tu le veux et le peux, que tu as compris mieux que moi l'épître aux Galates ou tel autre endroit des Écritures ; fais-le, je te le demande : bien loin de t'en savoir mauvais gré, je profiterai avec reconnaissance de tes leçons pour m'instruire et de tes censures pour me corriger.
« Mais non, frère très-cher et très-désiré, tu aurais craint de me faire de la peine par ta réponse, si ma lettre ne t'en avait déjà fait, et tu ne chercherais pas à me blesser, si tu n'avais sujet de croire que je f ai blessé le premier. Mon unique ressource dans la circonstance présente est de reconnaître ma faute, de te confesser que la lettre que tu as trouvée offensante est vraiment de moi, et de fen demander pardon. Oui, si j'ai pu f offenser, je te conjure par la douceur de Jésus-Christ de ne me point rendre le mal pour le mal, en m'offensant à mon tour : or ce serait m'offenser que de me dissimu-
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1er ce que lu trouves à redire dans mes actions ou dans mes paroles. Tu n'oublieras pas ce qu'ordonnent la vertu dont tu fais profession et la vie sainte que tu as embrassée, jusqu'à condamner en moi, par passion, ce que ta conscience ne te dirait pas digne de blâme. Reprends-moi donc avec cbarité, si tu me crois répréhensible, quelque innocent que je puisse être d'ailleurs-, ou traite-moi avec l'alTection d'un frère, si je mérite cette affection. Dans le premier cas, je reconnaîtrai à tes réprimandes et ma faute et ton amitié.
(( Pourquoi donc tes lettres, peut-être un peu trop dures, mais toujours salutaires, me paraîtraient-elles aussi redoutables que les gantelets et les cestes d'Entelle? Ce vieil atbièle portait à Darès des coups terribles sans lui rendre la santé; il le terrassait sans le guérir : pour moi, si je reçois tes corrections avec docilité, elles me guériront sans me causer de douleur. J'accepte toutes tes comparaisons, et puisque tu veux que je voie en toi un l)œuf, mais un bœuf qui travaille avec un admirable succès à fouler la paille et le grain dans Taire du Seigneur, et qui, bien que cbargé d'années, conserve encore toute la vigueur de la jeunesse, me voici étendu par terre, ramasse tes forces et foule-moi ; je supporterai avec plaisir le poids que te donne ton âge, pourvu que la faute dont je suis coupable se brise sous ton pied comme un fétu de paille K »
Tout ceci était bumble et toucbant, mais une maladresse d'Augustin faillit rendre à la plaie calmée son exaspération première. Dans une lettre consacrée au sujet délicat des traductions bébraïques, il crut faire
i. Ecce adsum, si quid perperam dixi, fortius fige pedem ; non niilii esse débet molestum pondus stîtatis tu», dummodo conteratur palea culpœ meae. Augustin. /Tp. 73, ap. Hieroii., Li>. '-.