‹ Saint JéromeChapitre 341 sur 387 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

guide, il donne à l'opinion des interprètes grecs un développement qui lui est propre, et une vivacité d'argumentation qui rajeunit le débat. Chemin faisant, il montre la faiblesse de la thèse philosophique qu'on lui oppose ; il l'attaque surtout dans les hypothèses historiques dont Augustin l'appuie; et n'a pas de peine à prouver que, grâce à un point de départ erroné, les nécessités de la logique ont fait de l'évoque d'Hippone un hérétique au premier chef.

La thèse d'Augustin consislant à soutenir que la scène d'Antioche avait été réelle et non feinte et la réprimande de l'apôtre Paul parfaitement fondée, la démonstration n'était possible qu'à une condition, celle de prouver que Paul n'avait jamais été coupable d'aucun des actes qu'il reprochait à son chef, comme une déviation de l'Évangile. Or on ne pouvait nier, l'histoire de saint Paul sous les yeux, que cet apôtre n'eût judaïsé. Augustin éludait la difficulté en disant qu'en effet il avait judaïsé, mais non de la même façon que Pierre; que leur judaïsme était de deux natures différentes : celui de Pierre un judaïsme d'intention et de foi, celui de Paul un judaïsme de simulation. Cet apôtre, disait-il, nous l'apprend lui-même par ces paroles : « Je me suis fait comme Juif pour gagner les Juifs \ et j'ai vécu comme un homme qui n'a point de Loi, afin de gagner ceux qui n'ont pas de Loi. » Les manières de judaïser étant si dis-

1. Factus sura Judisis tanquam Judaeus, ut Judœos lucrifacerem. S. Paul., I ad Cor., ix.

semblables, ajoutait Augustin, Paul avait pu interpeller son chef et lui reprocher son judaïsme à lui, sans encourir l'accusation d'inconséquence ou « d'effronterie, » comme osait s'exprimer Porphyre.

Jérôme tout d'abord mettait à néant cette argumentation, et demandait si le genre de simulation que son contradicteur prêtait à l'apôtre Paul ne serait pas un mensonge officieux d'une nature au moins aussi grave que la fiction supposée des débats d'Antioche. 11 cherchait ensuite à démontrer que les paroles de saint Paul ne devaient pas être prises rigoureusement à la lettre. (( En effet, disait-il, Paul, vivant comme un Juif, offrait des sacrifices au temple et se soumettait aux purifications mosaïques. Penses-tu qu'il ait agi de même vis-àvis des gentils, lorsqu'il vivait au milieu d'eux « comme a un homme sans Loi? » Prétendrais-tu par hasard qu'il offrait aussi des sacrifices aux idoles et se souillait par l'observation de coutumes entachées de paganisme, reniant lui-même son Dieu, afin d'y mieux gagner les autres*? En vérité, tu ne l'oserais pas, et nul texte de l'Écriture ne t'inspirerait cette hardiesse. Saint Paul a voulu dire simplement qu'il savait se plier aux temps et aux circonstances pour attirer au Christ les Juifs et les gentils, en vivant comme eux dans les limites tracées par sa propre Loi. Pierre n'avait pas fait autrement à Césarée, et il y avait entre eux parité. »

a Non, non, répliquait Augustin, leur judaïsme était de nature entièrement différente; » et là-dessus il entrait dans une distinction très-subtile sur les pratiques essentielles de la loi mosaïque, et sur ses pratiques indifférentes. Les pratiques essentielles, suivant lui,

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