‹ Saint JéromeChapitre 340 sur 387 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

beaucoup, dit-on, qui puissent et osent se prendre corps à corps avec toi, et dans la dispute des saintes Écritures croiser le fer avec un évêque. Quant à moi, jadis soldat, vétéran aujourd'hui, mon métier est de chanter tes victoires et non de t'aller opposer des membres que les années ont affaiblis. Si tu persistes à me provoquer en me demandant une réponse, songe au vieux Fabius Maximus, qui sut déjouer par ses retards prudents les attaques juvéniles d'Annibal...

« Tu me protestes que tu n'as fait aucun livre contre moi; mais alors comment se fait-il qu'il y en ait un qui court l'Italie sous ton nom ? Et si ce livre n'est autre chose que ta lettre et que tu la désavoues par ta protestation, pourquoi veux-tu me forcer d'y répondre? Je ne suis pas assez stupide, pour me chagriner d'une différence entre ton opinion et la mienne sur une matière quelconque ; mais ce qui blesse l'amitié, ce qui en viole les droits sacrés, c'est de relever, comme tu fais, toutes mes paroles, de me demander compte de mes ouvrages, de vouloir que je les corrige à ta façon, de m'exhorter enfin à la palinodie, afin que par tes soins je recouvre la vue, ne consentant k me la rendre, comme il advint de Stésichore, que sous cette humble condition K

u Tu ajoutes que, s'il y a quelque chose dans tes écrits qui me déplaise et que je veuille corriger, tu recevras, de ton côté, ma censure fraternellement, et que tu y verras une marque véritable de mon affection. Veuxtu que je te dise ma pensée sans détour? Me proposer un pareil marché, c'est défier un vieillard; c'est ouvrir

1. Sed si et quae scripserim, emeiidare compellas, et ad Tva>ivw6îav provoces ut oculos mihi reddas, in hoc lœditur amicitia, in hoc necessitudinis jura violantur. Hieron,, Ep. 71.

la bouche de force à qui veut se taire; c'est chercher à donner aux dépens d'autrui de vaines parades de son savoir. Certes, si j'allais te censurer, la seule apparence d'une maligne envie contre toi, dont les succès me doivent être si chers, cadrerait mal avec mon Age. Cependant considère que l'Évangile lui-même et les prophètes ne sont pas à couvert de la critique des hommes pervers ; et ne t'étonne pas qu'on puisse trouver à redire dans tes livres, surtout quand tu prétends expliquer les Écritures, si pleines, tu le sais, de difficultés. Tes ouvrages sont rares ici, j'en ai peu lu et je ne connais guère de toi que tes Soliloques et des Commentaires sur les Psaumes. Que si je voulais critiquer ces derniers, il me serait peut-être aisé de démontrer que, dans l'explication ou l'interprétation des textes, tu n'es point d'accord, je ne dis pas avec moi, qui ne suis rien, mais avec les docteurs d'Orient, qui sont mes maîtres. Adieu, mon trèscher ami, mon fils par l'âge, mon père par la dignité. Il me reste une chose à te demander, c'est celle-ci : lorsque tu voudras bien m'écrire, fais en sorte que je reçoive tes lettres le premier ^ »

Jérôme avait déchargé, dans cette verte mais juste semonce, ce qui survivait de sa colère : toute récrimination amère disparut de la seconde lettre. Piqiié désormais du seul démon de la dispute, il oublie ses résolutions de froideur et entre à pleines voiles dans le sujet controversé, dont il s'empare puissamment à son point de vue. Sa tâche est de le ramener de la sphère philosophique, où Augustin l'a attiré, sur le terrain historique, son vrai terrain. Tout en prenant Origène pour

1. Hoc a me rogatus observa, ut t|uidquid mihi scripseris, ad me primum facias pervenire. Hieron., Ej). 71.

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