‹ Saint JéromeChapitre 352 sur 387 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

soient mes yeux qui les ont lues ! Que de fadeurs, que d'impuretés, que de transports de joie pour un crime! Est-ce là le langage d'un diacre? A quelle école l'as-tu appris, toi qui te prétendais un enfant de l'Église, élevé sur les degrés de l'autel? Eh bien, je pleure, moi, de ce que tu ne pleurespas; je frémis de ce que tu ne te sens pas mort, de ce que, pareil au gladiateur qui prépare son dernier combat, tu t'ajustes pour tes funérailles. Gomme le linge qui te couvre est fin! Comme tes doigts étincellent du feu des anneaux! La poudre donne à tes dents la blancheur de Talbàtre; tes cheveux, déjà rares, sont ramenés artistement sur ton crâne, pour en déguiser la calvitie; la senteur des parfums t'annonce au loin; puis ce sont les bains, les épilatoires, les attitudes molles d'un amantdeprofession. Va!... tu t'es fait le visage d'une courtisane, et tu ne sais pas ce que c'est que rougir.

<( Pourtant tu attaques, tu accuses, et quand je veux te sauver, tu me mords comme la vipère. Tu t'es fait un arc bandé contre moi pour me cribler de traits. Pourquoi donc déchirer un homme qui t'a donné des avis salutaires? Je consens à être un scélérat, comme tu le publies partout; fais donc pénitence avec moi. Je consens à être un pécheur; expie donc comme moi tes péchés par des larmes. Penserais-tu par hasard que mes crimes deviendront pour toi des vertus? Pleure : une larme tombée sur cette soie qui te couvre ne sera pas perdue. Quoique tu aies été blessé sur le chemin de Jérusalem, le Samaritain te mettra sur son cheval et te conduira dans l'hôtellerie. Fusses-tu mort et pourri dans le tombeau, la voix du Seigneur répondra à ton repentir, elle te dira : « Lazare, sors d'ici ^ ! »

1. Quamvis de Jerosolymis descenderis, et sis in itinere vulneratus,

m SAINT JÉRÔME.

Je ne sais comment se termina celte déplorable aventure ; mais d'après le passé de Lazare on peut supposer qu'il ne sortit point du tombeau.

Les destinées fatales de Rome étaient enfin accomplies : la Ville éternelle avait touché à son dernier jour, la ville déesse était profanée, la ville victorieuse du monde avait été saccagée et vaincue : trois jours et trois nuits durant, Alaric l'avait livrée à l'épée et aux flammes. Les calamités de ce long saccagement s'étaient appesanties comme à plaisir sur les amis de Jérôme, qui appartenaient aux rangs les plus élevés de la société romaine. On avait vu le palais du mont Aventin, son oratoire, ses cellules dorées, envahis par d'affreux barbares ^ La jeune Principia eût subi les derniers outrages sans le courage héroïque de Marcella; Marcella ellemême avait été mise à la torture, flagellée, foulée aux pieds, pour livrer aux Gotbs ce qu'elle n'avait plus, des trésors dissipés depuis longtemps par les œuvres de la charité. Traînée dans une église qui servait à la fois d'hôpital et de refuge, elle expira quelques jours après. Pammachius aussi mourut, on ignore comment. Beaucoup d'autres avaient disparu, soit sous les débris de

inde te Samaritanus impositum jumento, curandumque ad stabulum referet. Sed et si mortuus jaces in sepulcro, tamen et fœtentem Dominus suscitabit. Hieron., Ep. 03.

1. On peut lire dans le volume de mes liécits de VHistoire romaine au V* siècle, intitulé Alaric : l'Agonie de V Empire, les détails de la prise de Rome par Alaric.

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