LIVRE xii. /m
semble l'émouvoir plus que toute chose dans la conduite de ce misérable, c'est son impénitence opiniâtre, c'est l'audace insensée avec laquelle il prend Dieu lui-même pour l'objet de ses bravades et se joue des peines éternelles. Pour tâcher d'éveiller en lui la conscience de son crime, il lui en étale énergiquement les profanations, il veut faire passer dans ce cœur pervers l'horreur dont lui-même est saisi. Il le supplie, il l'adjure enfin de ne point « mourir vivant, » et ses accents ont quelque chose de ceux de Jonas appelant Ninive à la pénitence. Quant aux calomnies répandues contre lui-même, aux injures qui frappaient ses pieuses amies, il croit punir assez le diffamateur en lui pardonnant.
(( Toi aussi, lui dit-il, pardonne à ton âme, crois que le fils de Dieu doit être un jour ton juge, et pense à l'évêque qui fa ordonné diacre, cet homme vénérable que tu as fait faillir en fabusant. Tes crimes ne retomberont pas sur lui, pas plus que ses mérites ne te sauveront, car Dieu ne punit point le père pour le fils indigne ; mais plus celui qui fa ordonné est digne de respect, plus tu es détestable de l'avoir trompé. Hélas! nous sommes les derniers à connaître les maux de notre maison, les vices de nos enfants, finconduite de nos femmes; nous les ignorons pendant que tout le voisinage en retentit. Nul de nous ne savait donc en f accueillant que tu étais affiché d'un bout à l'autre de l'Italie, et les gens de bien purent gémir à bon droit lorsque, placé près de l'autel de Dieu, tu fus chargé de faire entendre sa parole.
(( Gomment qualifier un crime devant lequel la débauche et l'adultère sontpresque des actes innocents*?
1. Rogo, quantum crimen est, ubi stuprum et adulterium parum est? Hieron., Ep. 93.
C'était dans la caverne du Christ, sous cette voûte où la vérité est sortie de la terre, que tu venais négocier un pacte d'infamie; et tu n'as pas craint que l'enfant fît entendre un vagissement au fond de sa Crèche, que la Vierge immaculée t'aperçût, que la mère du Sauveur te demandât avec surprise ce que tu venais faire en ce lieu sacré. Quand tous les cœurs, toutes les pensées, toutes les oreilles, tous les yeux s'abîmaient dans la grande scène de notre salut, quand on entendait chanter les anges, quand les hymnes du ciel lui-même appelaient les pasteurs à la Crèche, que l'étoile rutilante faisait halte au firmament, que les mages adoraient, qu'Hérode tremblait, que Jérusalem tout entière se tenait dans l'émotion et le trouble,... tu profitais de l'entraînement de ces grands spectacles sur nos imaginations et nos cœurs, pour te glisser honteusement dans la chambre de la Vierge de pureté, afin d'y séduire une vierge^ Ah! l'épouvante arrête ma plume, mon corps et mon âme frémissent à la seule idée de reproduire les profanations de ton crime même pour te sauver. L'église résonnait des veillées nocturnes du Christ, et l'esprit de Dieu éclatait en harmonies dans les différentes langues des nations ; toi, tu gagnais un coin obscur, tu déposais près de l'autel des lettres d'amour, la misérable femme courait s'y agenouiller, et tandis qu'elle lisait, tu avais repris ta place dans le chœur des moines, d'où vos impudiques regards se concertaient.
a Oh! maudit soit le jour où, l'âme consternée, j'ai lu ces lettres que j'ai encore entre les mains; maudits
1. Angeli clamant, pastores currunt, Stella desuper rutilât, Magi adorant, Herodes terretur, Jerosolyma conturbatur, et tu cubiculum virginis, decepturus virginem, irrepis! Hieron., Ep. 93.