‹ Saint JéromeChapitre 354 sur 387 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Un de ces brigands publics, Héraclianiis, préfet de Garthage, vendit des jeunes filles nobles à un trafiquant d'esclaves S son affidé, qui en garnit les marchés de la Mésopotamie et de la Perse. Ni ie rang ni Tillustration du nom ne protégeaient contre de telles infamies. Jérôme se chargea de dénoncer à l'indignation de l'univers ce monstre africain « près duquel, disait-il, Charybde et Scylla étaient des monstres cléments; » mais le châtiment fut tardif, et l'année suivante Héraclianus, enrichi de déprédations, levait fièrement le drapeau de la révolte contre l'empereur. La chute de Rome avait mis dans toutes les têtes une sorte de folie, de vertige et de délire. Il n'y avait plus de gouvernement, plus de justice, plus de pitié, et pour beaucoup d'hommes il n'y avait plus de Dieu. « Le monde croule, et notre tête ne sait pas s'inchner- ! » s'écriait Jérôme avec terreur. (( Assurément, disait-il encore, ce qui est né doit périr, ce qui a grandi doit vieillir; il n'y a pas œuvre créée que la rouille n'attaque ou que la vétusté ne finisse par consumer; mais Rome! Qui aurait pu croire qu'élevée par ses victoires au-dessus de l'univers, elle pût tomber un jour et devenir pour ses peuples tout à la fois une mère et un tombeau? Les filles de cette cité reine errent maintenant de plage en plage, en Afrique, en Egypte, en Orient ; ses matrones sont devenues servantes. Ses personnages les plus illustres demandent du pain à la porte de Bethléem, et comme nous ne pouvons en donner à tous, nous leur donnons au moins des larmes, nous pleurons ensemble. Vainement j'essaye de me dérober au spectacle de tant de souffrances, en repre-

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