‹ Saint JéromeChapitre 356 sur 387 · LIVRE Xlf · texte numérisé non relu

LIVRE Xlf

phyre \ » disait à ce propos Jérôme, qui garda toujours sa rancune contre cet ami, devenu un si cruel ennemi. Demeurés seuls en Afrique, Albine et ses enfants allèrent se fixer à Tagaste,prèsde révêqueAlypius, qu'ils avaient connu en Italie. Là, Pinianus et sa femme, nourrissant un mutuel amour sous un lien fraternel, menaient en commun une vie charitable et pieuse, heureux de n'avoir qu'un cœur, qu'un intérêt sur la terre, qu'une pensée au ciel. Le sage Alypius, qui désapprouvait au fond de son âme le rigorisme outré de l'aïeule, s'abstenait d'alarmer en quoi que ce fût la quiétude des deux époux, et son pays n'y perdit rien. Mélanie la jeune, à qui Tagaste avait su plaire, s'y répandit en libéralités sur les pauvres, sur le clergé, sur les couvents : elle bâtit un monastère pour quatre-vingts moines et un autre pour cent trente vierges, et la basilique resplendissait des riches ornements dont elle et son mari la dotaient chaque jour -.

Ils vivaient là depuis quelques mois sans avoir encore reçu la visite tant désirée d'Augustin, que retenaient à Hippone des affaires importantes, et résolurent de l'aller chercher eux-mêmes. Pinianus et Mélanie partirent donc sous la conduite d'Alypius; Albine, probablement malade, ne quitta point Tagaste. Arrivés à Hippone, ils s'installèrent dans une maison où, suivant toute apparence, Alypius avait coutume de descendre, et bientôt entre les deux époux et Augustin la connaissance fut complète. Rien n'était plus édifiant que la manière de

1. Scorpius inter Enceladum et Porphyrium Trinacriae humo premitur. Hieron., Ezech. Prœfat.

'2. Vita sanctœ Melaniœ, apiid Snrium, 31 dec, p. 379, 1(3. — Consulter Tillemout, Mémoires ecclésiast., t. X, p. 012. — Pallud., Lausiac, IIU.

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vivre de ces étrangers au sein de la petite ville de pêcheurs et de grossiers matelots dont Augustin était le pasteur. Suivant leur habitude, ils faisaient beaucoup de bien autour d'eux, et quand ils n'étaient pas aux côtés de leur nouvel ami, dans l'admiration de sa parole entraînante et sublime, on les trouvait à la basilique. Cette douce piété faillit pourtant leur coûter cher ; elle inspira à des esprits cupides l'idée d'un complot sans nom, dont la réussite eût été la fin de leur bonheur.

La simonie, ainsi qu'on l'a vu plus d'une fois dans le cours de nos récits, était alors la plaie de TÉglise ; tout s'y achetait, tout s'y vendait : la papauté s'enlevait à prix d'argent , quand on ne l'arrachait pas par les armes; plus d'un épiscopat fut mis à l'encan, et les grades inférieurs du sacerdoce donnaient lieu aux mêmes calculs de corruption ^ Électeurs et élus n'avaient d'ailleurs rien à se reprocher-, les pratiques simoniaques étaient mutuelles, et le peuple les exerçait avec non moins d'âpreté que les candidats ambitieux. L'usage voulant que les personnes agrégées à un corps ecclésiastique soit comme évêques, soit comme simples prêtres, fissent don de leur fortune à la corporation au détriment de leur famille, on était à l'affût des gens riches, on les attirait, on leur tendait des pièges, souvent môme on les violentait; et telle élection, qui paraissait de loin une illumination spontanée de l'Esprit divin, n'était souvent au fond qu'un ténébreux calcul de Satan. Il faut ajouter que les biens des corporations étaient mis au pillage par les clercs. Quand l'évêque n'avait pas la main ferme, ceux-ci les appliquaient sans scrupule à leur profit, et ces biens servant également à l'entretien

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