LIVRE XII
d'Augustin, et des ecclésiastiques élevés en grade dans sou Église, entre autres le prêtre Barnabe, prévôt de la maison épiscopale. Augustin, qui voyait de loin cette scène, put craindre pour la vie de ses hôtes, car sous le feu des passions africaines, et avec cette brutale population d'Hippone, tout attentat devenait possible. Il descendit précipitamment de son siège et courait leur porter secours, quand le moine Timasius, porteur d'une prétendue proposition de Pinianus, écrite à l'instant même, l'arrêta au passage. Par cette proposition, le Romain s'engageait à fixer son domicile à Hippone, sauf le cas de nécessité ; à cette condition, à cette autre encore qu'il n'accepterait le sacerdoce nulle part ailleurs, il demandait qu'on ne le forçât point d'être prêtre.
Augustin prit les tablettes des mains de Timasius, et remonta sur son siège pour examiner ce qu'elles contenaient, puis il fit signe à ses amis d'approcher afin de discuter ensemble la proposition ; mais le courageux Alypius s'y refusa absolument, disant qu'il ne voulait pas tremper dans de telles violences, même par un conseil. Augustin trouva que l'exception du cas de nécessité ne serait pas admise par le peuple : elle était trop générale, trop vague, disait-il, et pourrait ressembler à une réserve calculée pour éluder Tobligation du domicile. Quelqu'un émit l'idée qu'on spécifiât le cas de guerre et celui de maladie contagieuse. Mélanie appuyait cette dernière demande, Pinianus la repoussa comme une lâcheté ; (( si la peste éclatait dans cette ville, s'écria-t-il avec feu, notre devoir serait d'y restera » On écarta
1. Volcbat addi sancta Melania et aeris morbidi causatlonem, sed illius rcspoiiï^ionc repreheiisa est. Augustin., Ep. 120, 4.
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donc la clause de contagion. Quant au cas de guerre, Augustin expliqua qu'il était inutile de le prévoir, attendu que, s'il y avait guerre, tout le monde partirait, et qu'Hippone n'ayant plus d'habitants, Pinianus ne serait plus forcé d'y demeurer. A mesure que la discussion se prolongeait, on ajoutait ou on effaçait sur les tablettes, et enfin la promesse se trouva réduite à un engagement pur et simple de demeurer à Hippone et de n'accepter nulle part ailleurs le sacerdoce.
L'écrit fut ensuite présenté à la signature de Pinianus, qui le souscrivit de son nom ; les assistants crièrent alors d'une voix unanime qu'il fallait que l'évéque signât, qu'il devait se porter garant de l'engagement contracté devant lui. L'évoque prit les tablettes et le style, et se mit en devoir de signer; mais à cet instant xMélanie fit un pas vers lui, et l'interpellant : « Trèssaint père, dit-elle avec résolution, tu ne signeras pas cela ; tu ne confirmeras pas l'emprisonnement de tes hôtes. )) Augustin, interdit, laissa tomber le style et n'acheva pas les lettres de son nom, qu'il avait commencé de tracer. Toutefois un diacre, s'emparant de l'écrit, courut le lire au peuple, mais le peuple ne se montra point satisfait; il voulut que Pinianus vînt luimême, à la barre du chœur, renouveler de vive voix sa déclaration devant rassemblée. Le malheureux était plus mort que vif, cette longue scène l'avait tué. Il refusa de paraître sans l'évéque, et on le soutint pour le conduire jusqu'à la clôture du chœur. Quand il eut fini de lire cet engagement forcé, la foule s'écria : « Dieu soit béni * ! » puis on le traîna pâle et défaillant jusqu'à sa maison. Mélanie conservait plus de fermeté. Alypius