‹ Saint JéromeChapitre 359 sur 387 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

s'était échappé avant la fin du tLimulte, redoutant quelque insulte grave ou pis encore, et on le sut bientôt sur le chemin de Tagaste. Quant à Augustin, il alla se confiner chez lui, le cœur rempli d'angoisses et peut-être de remords.

Augustin avait été bien faible. L'évêque, qui devait déployer plus tard un si ferme courage en face des Vandales, n'avait montré devant son clergé et son grossier troupeau d'Hippone qu'incertitude et pusillanimité. Les conséquences de cette faiblesse apparurent bientôt et enveloppèrent comme d'un réseau de douleurs celui qui avait abandonné à d'indignes violences des amis et des hôtes. Le lendemain ou le surlendemain de la scène de l'église, Pinianus sortit d'Hippone, soit qu'il voulût éprouver jusqu'à quel point il était libre, soit qu'il eût réellement des affaires au dehors ^ A peine le bruit de son absence se fût-il répandu qu'une foule insolente se porta sur la maison d'Augustin, réclamant à grands cris le prisonnier : Pinianus était devenu serf public. Augustin se crut obligé de lui écrire comme s'il eût été son geôliej' ; il lui rappela et les obligations d'une promesse solennelle et la parole épiscopale engagée. C'en était trop pour ses malheureux amis. Alypius, le premier éclata en reproches, a Pinianus, lui écrivit-il, est libre et son serment extorqué ne le lie pas, les circonstances qui le lui ont arraché et que tu connais ont frappé l'engagement de nullité. Et d'ailleurs, en admettant qu'il ait sciemment promis de demeurer à Hippone, il a eu l'intention de le faire dans la condition de tous les citoyens de la ville, qui peuvent rester ou sortir à

1. Augustin., Ep. 120, G. — ïillem., 3Iém. ecclés., t. XIII, p. 511.

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volonté ^ Ce n'est pas un domicile qu'on exige maintenant de lui, c'est l'esclavage, c'est la prison pour le mieux dépouiller. » A cette énergique défense de Pinianus, il ajoutait ses propres griefs. — « Lui, xMypius, évéque, avait été outragé, menacé, presque frappé dans réglise, sous les yeux de l'évéque son ami, et c'étaient des prêtres de cet évêque, c'étaient les dignitaires de sa maison, c'étaient des moines qui se faisaient les instigateurs de violences telles qu'on avait pu craindre un meurtre,» et il demandait compte à Augustin du silence qu'il avait gardé devant ces infamies, silence qui encourageait les malfaiteurs.

Alypius s'arrêtait là, il n'accusait l'évéque que de faiblesse; Albine, avec l'emportement d'une femme, l'accusa de complicité. Elle lui écrivit de Tagaste une lettre que nous ne connaissons que par la réponse d'Augustin, et où elle qualifiait la conduite des prêtres et des moines d'Hippone comme celle de voleurs de grand chemin qui guettent un étranger sur la route ou l'attirent dans un piège pour le piller. « Ce qu'on veut dans ton Église, lui disait-elle avec hardiesse, ce n'est pas un prêtre, c'est de l'argent. On enlève un mari à sa femme, un fils à sa mère, et on le retient en otage jusqu'à ce que dans une nouvelle occasion et par de nouveaux sévices on lui arrache la dernière concession ; puis on le relâchera quand on aura distribué ses dépouilles. » — (( L'habitation de ta ville, disait-elle encore, n'est point pour Pinianus un domicile de cité- : c'est un exil, une

1. Ita se promisit ab Hippone non recessurum, quemadmodum ego vel ipsi Hipponenses non recedimus, quibus tamcn et abeundi et ledeundi facultas est libéra. Augustin., Ep. 425, 4.

2. Nam quid exilii, vel deportationis, uut relegationis nomine... Augustin., Ep. 126, 12.

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