Augustin., Ep. UG
2. Ego autem, quem dicis, etiam prohibere debuisse, fateor, non potui sic sapere, ut taoto vel tumultu, vel offensionc magis everti vellem ecclesiam cui servio, quam id quod a tali viro nobis offerebatur, accipere. Augustin, Ep. l-'O, 14.
LIVKE Xll. 491
évèqiie leur refusait, Héraclianus, le féroce tyran, la leur rendit. Ce monstre africain, a moins clément que Giiarybde et Scylla, » suivant le mot de Jérôme, ayant levé en kio le drapeau de la révolte contre l'empereur Honorius, et l'argent lui manquant pour soutenir sa rébellion, fit main basse sur les biens de tous les Romains qui se trouvaient en Afrique : ceux de Pinianus et de Mélanie ne furent pas épargnés. La cause cessant, la persécution cessa, et les habitants d'Hippone les laissèrent partir. Heureux d'en être quittes, même au prix de leur ruine, les deux époux et leur mère se réfugièrent en Egypte, où ils parcoururent avec un pieux recueillement les solitudes de la Thébaïde et de Nitrie. Cette patrie du monachisme exerçait sur les âmes tendres et contemplatives je ne sais quel attrait austère; on y respirait je ne sais quel air enivrant pour les imaginations mystiques; mais le premier pas sur la pente de l'ascétisme est un pas fatal qui vous entraîne sans qu'on puisse désormais s'arrêter. Pinianus et Mélanie se dirent que là était l'idéal du bonheur, avec celui de la perfection, et à force de chercher le bonheur hors d'eux-mêmes ils oublièrent un peu leur amour^ Lorsqu'ils arrivèrent à Jérusalem , bien des changements s'étaient accomplis déjà dans leur âme, qu'une séparation volontaire n'effrayait plus autant: la vieille prophétesse dut tressaillir de joie au fond de son tombeau.
1. Pallad., Lausiac, c. H9 et 121. — Ils se séparèrent plus tard. Mélanie resta dans un couvent à Jérusalem; Pinianus, de son côté, se fit moine, et eut trente solitaires sous ses ordres.
Parmi ces épaves du naufrage de Rome, la mer amena sur la plage de Palestine un hérésiarque dont la doctrine était destinée à remuer longtemps et profondément la chrétienté : Pelage, l'apôtre du libre arbitre et de l'indépendance humaine en face de Dieu. Il vint s'établir à Jérusalem, où il donna ses premiers enseignements publics vers l'année /il2 ou /[13. On eût dit que toutes les nouveautés chrétiennes, dans ce temps d'universelle discussion, avaient besoin de s'essayer près du tombeau du Christ, pour en redescendre avec plus d'autorité sur le monde.
Le vrai nom de Pelage ou Pélagius était Morgan, mot qui dans les idiomes celtiques signifie homme de mer, et dont le premier n'était que la traduction latine ou grecque. Pelage en effet était Hibernien ^ Il avait pris naissance dans la verte Érin, parmi les tribus barbares des Scots, ces sauvages tatoués qui désolaient par leur piraterie les cités romaines de l'île de Bretagne et la côte gauloise située à l'opposite. Le Scot passait pour anthropophage , et Jérôme , pendant son séjour à Trêves, avait vu les soldats auxiliaires recrutés chez ce peuple couper les mamelles des femmes et les parties charnues des hommes pour s'en faire un affreux régal-. Cependant le christianisme avait trouvé chez de si gros-
1. TIabet progenicm Scoticse gentis, de Britannorum vicinia. Ilicron., Hicrem., III, Pra'fat. — Saint Augustin, Orose, saint Prospcr le qualifient de Breton. Brito. liritannus. — Usser., Bril. écoles, antiq, Dublin, 1G3'J.