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LIVRE XII

siers barbares des cœurs dignes de le sentir, et la philosophie, des intelligences faites pour elle. Il se formait en Hibernie, sous la discipline monastique, un institut chrétien, qui devint plus tard une des grandes écoles de la chrétienté : Pelage en sortait. La tradition bretonne porte qu'il avait été abbé du monastère de Bangor^; mais cette tradition serait-elle fausse, Morgan n'en puisa pas moins sur les bancs des gymnases britanniques les germes de ce savoir prodigieux qu'il développa en Gaule et en Italie.

Lorsqu'il parut dans les cercles chrétiens de Rome, on put reconnaître en lui de prime abord le philosophe hardi et subtil autant que le théologien consommé, maniant merveilleusement la dialectique et armé de toutes ses ruses. Audacieux dans l'attaque, habile à faire retraite devant un ennemi plus fort, il se rendait pour ainsi dire insaisissable ^ Son langage était persuasif, quoique incorrect, et son style, tout en manquant d'élégance, entraînait par l'enchaînement logique des idées et par une argumentation grave et simple. Bien qu'il sût le latin à fond et qu'il s'exprimât en grec avec facilité, l'éducation littéraire lui faisait évidemment défaut. En dépit de ces côtés faibles, les adversaires de Pelage s'inclinaient devant son génie. Ce génie toutefois était enveloppé d'une grossière charpente d'os et de chair qui faisait du moine hibernien un personnage tout à fait difforme, un Goliath, comme disaient les uns, un cyclope, comme disaient les autres, car il avait perdu un œil, et par-dessus tout cela il était eunuque de nais-

1. Bal. cent., I; Script. Brit. ap. Ger. Voss. Hist. Pelag., 1,3.— Usser., Brit. eccl. antiq, — Tillem., Mém. eccL, t. XIII, p. 562, 5G3.

2. Acutissimus... fortissimus... August. ^ Nat.Grat.. 01, 35.

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sance \ La polémique chrétienne, qui n'était pas toujours polie, prétendait reconnaître dans cette espèce de monstre le vrai Scotrepu de bouillie d'avoine et engraissé de l'odieuse cuisine de son pays. Ce cyclope pourtant savait plaire : des matrones qu'on appelait ses Amazones l'accompagnaient dans ses prédications, et le charme de sa parole, l'aménité de son commerce, surmontaient le ridicule que la nature avait semé à pleines mains sur sa personne -. Venu à Rome vers Tannée ^05, il y avait implanté avec prudence et par des enseignements cachés les principes de la doctrine fameuse qui, de son nom, s'appelle encore aujourd'hui le Pèlacjianisme.

C'est une nécessité, pour les religions fondées sur la spiritualité de Dieu et l'immortalité de l'âme humaine, que tous les grands problèmes de la métaphysique et de la morale comparaissent successivement devant elles afin de s'y faire discuter et juger, et d'y recevoir après examen une solution conforme à leurs dogmes. Le philosophe hibernien s'était adressé de prime saut au problème le plus ardu, le plus effrayant de tous ceux qui touchent à la destinée humaine, le problème du libre arbitre en face de Dieu. — D'où vient le mal sur la terre ? L'homme, qui peut le mal, ne peut-il pas aussi le bien, et s'il dépend de" lui de se perdre, manque-t-il de puissance pour se sauver? L'Être créateur, essentiellement bon et juste, n'a-t-il donné à l'homme l'instinct de la perfection morale qu'en lui défendant de Taltein-

1. Mutilus, laevis in fronte (jLov6(p6a).ixoç. Oros., Ai)oL, 10. — Naturae vitio eunuchus matris utero editus. Mar. Merc, Commonit. adv. ïlœres. Pelag.

'■1. Favorem tibi apud Amazonas tuas concilias. Hieron., Acliy. Pelag., J.

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