‹ Saint JéromeChapitre 364 sur 387 · LIVRE XII. 49'J · texte numérisé non relu

LIVRE XII. 49'J

écrits pélagiens qui commençaient à se répandre en Occident, Jérôme ne savait à peu près rien ; il ne savait rien non plus des discussions ou des décrets du concile de Cartilage. En un mot, les éléments de la question telle qu'elle se débattait en Occident lui étaient complètement inconnus; il les devina à Taide du peu qu'il savait. Quelques propositions de Pelage, enveloppées d'ambages et de mystères, lui servirent à reconstruire le pélagianisme tout entier, à signaler ses dangers pour la foi, à fournir des armes contre lui. Dans une question pliilosopliique autant que religieuse, il se borna au côté religieux. C'est en vue du dogme chrétien, au nom du symbole de l'Église, les Écritures et les ouvrages des Pères à la main, qu'il réfute la doctrine du libre arbitre indéfini, plutôt que par la démonstration philosophique, fidèle en cela à sa méthode, qui était de défendre la religion par les Écritures sans crainte de la risquer avec soi dans le labyrinthe des opinions humaines. Il fait lui-même cette déclaration dans sa lettre : « J'ai écrit plusieurs petits ouvrages depuis ma jeunesse jusqu'à l'âge où je suis, et j'ai toujours pris à tache de ne rien affirmer que ce que j'avais appris dans les enseignements de rÉglise, suivant plutôt la simplicité des apôtres que les raisonnements des philosophes. » On retrouve ici la diiïérence de point de vue chrétien et de méthode que nous avions déjà signalée entre Augustin et lui : Augustin partait de la philosophie pour démontrer la religion ; Jérôme croyait que la religion suffisait à sa propre vérité.

La lettre à Ctésiphon fit alors grand bruit, et elle est restée célèbre dans les annales du pélagianisme, soit en Orient soit en Occident. Encouragé par le succès, Jérôme commença des dialogues à la manière de Cicé-

ron, où Pelage et lui, sous des noms empruntés, dissertaient de la nature de l'âme et des limites du libre arbitre,.,toujours sur le terrain chrétien ^ Une partie de ces dialogues était achevée déjà lorsque la question du pélagianisme oriental entra dans une nouvelle phase par l'arrivée d'un ami d'Augustin à Bethléem.

Cet ami était un prêtre espagnol nommé Paulus Orosius, qui, des dernières provinces de son pays et (( des rivages de l'Océan, » ainsi qu'on disait avec emphase, était allé en Afrique dans la seule intention de voir le grand évêque d'Hippone, comme un de ses compatriotes avait jadis traversé les Alpes pour voir à Padoue le grand historien Tite-Live. Le goût de l'étude et le besoin d'admirer avaient ainsi changé de camp; on .es trouvait maintenant sous le drapeau chrétien, tandis que le paganisme s'éteignait, avec les dernières étincelles de sa gloire, dans le cœur même de ses fidèles. Orose était jeune, passionné pour la science, plus passionné encore pour les intérêts de la foi qu'il professait. Augustin le retint près de lui une année entière et l'enrôla pour cette sorte d'encyclopédie chrétienne dont il traçait alors le plan dans la Cltè de Dieu, et qui avait pour objet la démonstration philosophique et historique de cette thèse, a que les lumières, la vraie science, le vrai bonheur des peuples, étaient inséparables du christianisme, hors duquel il n'y avait eu pour le genre humain que mensonges, ténèbres. et malheur. » Il chargea le prêtre espagnol de la partie qui regardait les faits du T)assé. Sous son inspiration, celui-ci composa en sept ivres une histoire du monde -qui depuis a servi

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