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dre, tandis que l'abîme du mal reste béant devant ses pas? En un mot, l'âme, qui se sent libre, ne l'est-elle que de faire le mal, qui la rend indigne et la rejette loin de Dieu ; et si l'idée de la justice divine proteste contre un tel blasphème, quel besoin a l'homme d'une assistance d'en haut pour être vertueux et saint ? — Telles sont les questions formidables que Pelage vint jeter au sein du christianisme et qu'il résolvait par l'affirmative : (( Oui, riiomme est libre; il lui appartient et n'appartient qu'à lui qu'il soit ici-bas méchant ou bon, dégradé ou parfait ; sa damnation et son salut sont également dans ses mains ^ »
On voit d'un coup d'œil quel trouble de pareilles propositions apportaient dans les dogmes chrétiens, quel ébranlement elles causaient dans l'édifice entier d'une religion fondée sur le péché originel et la nécessité d'une rédemption. « La Rédemption! disait Pelage, elle n'a été que pour les faibles, les forts n'en avaient pas besoin. Quant au péché originel, la foi, non plus que le raisonnement, ne saurait l'admettre : le baptême efface chez les hommes la tache du péché, lorsque les hommes l'ont commis; mais chez les enfants et chez les justes, qui sont innocents, que viendrait-il effacer? Paen assurément, et il n'est dans ce cas qu'une sanctification salutaire au nom du Christ -. » La prescience de Dieu
1. Et ut sine virtute ita sine vitio nascimur; atque ante actionem propriîB voluntatis id solum in homine est. Pelag., lib. I, Pro libero arbitrio, ap. Augustin., II. — De peccat. orig., 13. — Posse hominem sine peccato esse si velit, quod Graeci dicunt àva[xàpTV]Tov. Hieron., ad Ctes. contr. Pelag., Ep. 43.
2. In parvulis (Pelagiani) nolunt credere per baptismum solvi originale peccatum, quod in nascentibus nullum omnino esse contendunt. Augustin., De pecc. mer. et remiss., I, 9 et pass. — Cf. Concil, Carthag., I
disparaissait aussi dans le système de Pelage devant la volonté de Thomme, indépendant dans son action et assez maître de lui-même pour marcher où cette volonté le guidait. — a Avec un ferme propos vers le bien, disait-il, on n'a point besoin de la grâce, ni de l'assistance du ciel : on devient parlait parce qu'on veut l'être ^ 11 y a eu des hommes parfaits sous la loi de Moïse, il y a eu des justes en dehors même de cette loi, dans les ténètoes de l'idolâtrie. Plus de cérémonies donc, plus d'expiations, plus de prière pour les forts! Tout cela est le lot des faibles ou le rachat d'une ignominieuse lâcheté. ))
Cette doctrine superbe qui faisait l'homme indépendant de Dieu, ou pour mieux dire l'égal de Dieu, et ravalait le sang du Christ jusqu'à en borner les mérites à la rançon des vicieux et des lâches, cette doctrine antichrétienne,* qui, passant le niveau sur toutes les religions, décernait le salut éternel aux païens et aux Juifs, resta longtemps secrète parmi les adeptes de Pelage, celui-ci ne la dévoilant que par parties avec des réticences, des déguisements, des désaveux au besoin-; mais pendant qu'il y mettait cette réserve nécessaire, deux de ses disciples, intrépides pionniers du libre arbitre, marchaient de plus en plus loin dans le développement de sa pensée. Le premier, appelé Célestius, alla s'établir en Sicile, d'où il fit rayonner son enseignement
et seqq., et L. Honor. Imper, adv. Pelag. — Baron. Annal., t. V, p. 4'22. — Hilar. Syracus. ap. Augustin., Ep. 98.
i. 'ATiaOsta xai àvatxapryicyîa , id"est impassibilitas et impeccantia... Hieron., IV, Prœfat.
2. Pro tempore, personis et locis vel loquimini vel tacetis. Hieron., Ep. 43 ad Ctes. — Occulte niiseros juti,ulatis errore... Hieron., //<>rem., IV, Pvn'fat.
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sur toute la côte occidentale d'Afrique ; le second, appelé Julianus, se chargea du nord de l'Italie et des Gaules. Célestius, alors diacre et plus tard prêtre, possédait Finstruction littéraire et l'éloquence qui manquaient à Pelage : on lui attribuait le^ œuvres du maître, quand elles se signalaient par quelque éclat de style. Julianus, fils d'un évoque, évêque lui-môme pendant plusieurs années, avait suivi autrefois les leçons d'Augustin, où il avait puisé quelques-unes de ses grandes qualités; aussi l'évoque d'Hippone, devenu l'adversaire des pélagiens, trouva-t-il dans ce fils de son école un de ses plus rudes et plus redoutables jouteurs ^ Ainsi organisé sur toute la ligne, depuis file de Bretagne jusqu'à l'Italie, et depuis les Alpes jusqu'à l'Atlas, le pélagianisme battait en brèche l'Église occidentale tout entière.
Pelage commençait à fonder dans la haute société romaine une petite Église que Paifin encourageait de ses éloges, et à laquelle l'orgueilleuse Mélanie s'était affiliée, quand rapproche d'Alaric l'obligea de fuir. Il se rendit de Piome en Afrique, où sa doctrine, accueillie d'abord avec faveur, môme parmi les catholiques, se trouva compromise un beau jour par les témérités de Célestius. Pendant ce voyage, l'hérésiarque sut charmer Augustin, qui lui donna un instant son amitié - ; puis, obligé de désavouer le disciple, qui s'élançait trop hardiment vers les dernières conséquences de leur système, et effrayé de la prochaine convocation d'un concile à Carthage, où Célestius était cité, il partit pour Jérusalem, laissant après lui l'Occident pour longtemps trou-
1. Augustin., Epist. conlr. Pelag., II, 31. — Gennad., Illustr. vtr., 4G.
"l. Num et nos... dileximus. Augustin., Ep. iU.j. — Xugiii^tln. , Retract.,
II, ;i*j.
blé. L'attrait qu'il avait exerce sur l'évêque d'Hippone, le solitaire de Bethléem le ressentit à son tour. 11 reçut Pelage dans son intimité, et fut longtemps à découvrir le venin caché sous des opinions présentées avec un art infini. Fort de l'apparente approbation de Jérôme, le moine hibernien se mit à endoctriner les fidèles et les prêtres de Jérusalem, y compris leur évoque, ce même Jean dont nous avons parlé dans les récits précédents, et qui montra encore cette fois la même ignorance et la même présomption que jadis. Jean tomba dans nne profonde admiration du nouveau docteur et ne parla plus que de libre arbitre, ce qui encouragea Pelage à sortir de sa réserve. Les propositions qu'il émettait avec une assurance de plus en plus grande, rapportées à Bethléem par la voix publique, étonnèrent d'abord Jérôme, puis l'éclairèrent, et de son regard d'aigle il sonda le but lointain de ces opinions qu'on lui avait si soigneusement voilées.
Des doutes pareils se faisant jour dans beaucoup d'esprits, plusieurs prêtres le supplièrent de s'expliquer hautement, lui en qui on aimait à voir l'oracle de l'orthodoxie. Il se fit longtemps presser, soit désir, soit besoin de repos, et finit par composer contre la nouvelle doctrine un traité sous le titre de Lettre à CtésiphonK Nul de ses livres peut-être ne révèle mieux la merveilleuse acuité de son esprit. 11 n'avait, pour asseoir son jugement sur un homme tel que Pelage, que les vagues données qu'il avait pu tirer soit de la rumeur publique, soit des rapports de quelques amis, soit des conversations habilement calculées de ce moine luimême : des prédications hardies de Géleslius, ou des