LIVRE n
ment en centon homérique, et, grâce à ce subterfuge, il offrit à la jeunesse chrétienne la substance du poêle des poètes, en dépit d'une loi abominable qu'avait pu seule inspirer et dicter la haine clairvoyante d'un apostate ApoUinaris le fils, de son côté, consacra sa vaste science, tour à tour subtile et profonde, à l'exégèse évangélique, et tout l'Orient voulut entendre ses brillants mais hardis commentaires sur l'essence des mystères chrétiens. Jérôme, qui se fit son élève, l'admira sans embrasser des doctrines qui lui parurent douteuses, et conduisirent en effet le savant maître à l'hérésie; il puisa du moins à son enseignement le goût de l'interprétation symbolique, si bien adaptée à sa vive imagination-.
Dans l'enivrement de ces nouveautés, Jérôme semblait avoir oublié le but de son voyage, lorsqu'un incident l'y ramena. Évagre l'ayant un jour conduit à trente milles d'Antioche, au bourg de Maronie, dont il était propriétaire, ils visitèrent ensemble un vieillard nommé Malchus, qui vivait près de là, absolument seul, dans un endroit tout à fait sauvage. Enlevé autrefois par une bande d'Arabes scénites avec un convoi de marchands de la vallée de l'Oronte, il avait été entraîné au fond d'un désert et condamné par les brigands, ses maîtres, à la garde de leurs troupeaux. Perdu dans des solitudes sans fin, et désespérant de revoir jamais sa patrie, le captif appelait la mort à grands cris, quand une femme, sa compagne d'esclavage, lui parla de Dieu et fit rentrer le calme dans son âme. Il l'écouta et l'aima : tous deux vécurent l'un près de l'autre quelque temps