LIVRE II
nue. Voué à d'insupportables chaleurs pendant presque toute l'année, entre un soleil sans nuages et une terre qui en réverbérait les rayons, ce pays n'en subissait pas moins les plus âpres frimas du nord ; dès que la neige recouvrait les hautes cimes du Liban et de l'Anti-Liban, il se refroidissait tout à coup, de sorte qu'on y éprouvait successivement et sans transition les souffrances extrêmes de l'été et le froid glacial de l'hiver. C'est là que la dévotion chrétienne attirait tout ce qu'il y avait d'âmes fatiguées et d'esprits inquiets dans les provinces de Syrie, d'Arabie, de Mésopotamie et dans une partie de l'Asie Mineure.
Le désert se partageait en trois zones topographiques correspondant à trois conditions différentes dans l'état de moine, comme on le pratiquait en Orient ^ La première, située sur la limite de la Syrie était, jusqu'à un certain degré habitabel : elle avait des arbres, rares pourtant, des eaux, et un sol que la sueur humaine pouvait féconder. Dans cette zone étaient' construits de grands monastères disposés pour la vie commune; là se trouvaient rassemblés par troupes de plusieurs milliers les cénobites proprement dits-, qui cultivaient la terre pour la nourriture du couvent, tournaient la meule pour écraser le blé, arrosaient le jardin ou fabriquaient des paniers, des nattes, du papier, de la toile, que venaient acheter les marchands de Chalcide ou d'Apamée ; c'est là que se trouvaient les églises et un service ecclésiastique régulier. La seconde zone était celle des reclus, qui habitaient des cellules isolées, quelquefois à deux ou trois, la plupart du temps seuls, et vivaient libres de