LIVRE II
tout en disant avec Basile: « Je hais le faste de cette Église, )) Grégoire de Nazianze, presque seul en Orient, avait incliné pour l'arrangement des évêques dans l'affaire d'Antioclie : d'abord parce qu'il aimait Mélétius, ensuite parce qu'il n'envisageait pas de sang-froid un schisme entre les deux moitiés de la chrétienté. Cette conformité d'opinion resserra entre Jérôme et lui les liens que le goût de la science avait formés. Rien n'égalait d'ailleurs les succès de Grégoire à Gonstantinople; il relevait par les séductions d'une éloquence incomparable le parti catholique, presque disparu depuis Constance. Lors donc qu'on vit Théodose enlever les églises aux prêtres ariens, tout ce qu'il y avait de catholiques honnêtes et éclairés à Gonstantinople demanda Grégoire pour évêque : il s'y refusait, — on lui fit violence. Lepeuple l'installa de force sur le trône épiscopalS mais Grégoire déclara qu'il ne se regarderait comme évêque que le jour où les évêques, ses frères, l'auraient solennellement reconnu, et qu'il attendait pour cela le prochain concile.
Ce délai permit à ses ennemis d'agir contre lui : ils provoquèrent un incident dont Jérôme put témoigner bientôt à Rome, et que nous rapportons ici pour l'intelligence de ce qui doit suivre. Grégoire avait à Gonstantinople des adversaires déclarés, même parmi les prêtres de son église; il avait de nombreux jaloux au dehors, entre autres Pierre, archevêque d'Alexandrie, qui tenait sous sa main le clergé d'Egypte. Il suffisait que Grégoire fût l'ami de Mélétius pour que Pierre, engagé plus qu'un autre dans le parti de Paulin, et travaillé en