‹ Saint JéromeChapitre 2 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Contemporain de saint Ambroise et de saint Augustin qui, né plus tard, lui survécut^ saint Jérôme forme avec ces deux grands hommes l'incomparable triumvirat de l'Église latine aux quatrième et cinquième siècles. L'évêque de Milan, d'une éloquence tempérée qui parfois devient pathétique et s'élève au sublime y a de rares aptitudes pour le gouvernement; le conseiller de Valentinien II, l'ami de Théodose, a ouvert la voie aux hommes d'état chrétiens. Saint Augustin est éminemment le métaphysisicien du christianisme; nul avant lui n'avait embrassé d'un regard plus vaste et plus pénétrant la synthèse des dogmes, nul n'a légué plus d'idées à

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l'avenir. Saint Jérôme n'a ressemblé à saint Ambroise ni à saint Augustin par aucun des dons qui les caractérisent. S'il a dirigé des âmes choisies qui se donnaient à lui, jamais il n'a songé à étendre son autorité au delà de ce monde restreint. L'ardent adversaire d'Helvidius, de Jovinien, de Vigilantius, de Pelage , et même de cet Origène qu'il avait d'abord tant admiré, était certes théologien, mais il ne l'était pas à la manière d'un Augustin, d'un Anselme, d'un Thomas d'Aquin. Il maintient, il défend avec une fidélité jalouse le dogme catholique, il n'essaie pas d'y pénétrer et de porter dans les mystères chrétiens la lumière essentiellement imparfaite dont ils sont susceptibles. Ce qui distingue Jérôme entre tous les Pères latins, c'est son immense érudition, c'est le génie critique et exégétique qu'il a mis au service d'une infatigable étude des Écritures. Les voix les plus diverses se sont accordées pour louer sur ce point la supériorité de saint Jérôme. « Quoiqu'il ait emprunté bien des choses d'Origène », a dit de lui Richard Simon, <( il était néanmoins plus savant que Im pour ce qui est de la connaissance des langues. . . Les Pères Grecs ont cet avantage sur les Latins, que les livres du Nouveau Testament ont été écrits en leur langue. Mais saint Jérôme ne leur cède en rien là-dessus. Il a même eu des secours qu'ils n'ont point eus, parce qu'il a su la langue hébraïque, et qu'il avait étudié à fond la criti-

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que. » (Histoire critique des principaux Commentateurs du Nouveau Testament, chapitre XV.) Avant fiichard Simon, le protestant Joseph Scaliger, et Sixte de Sienne, le docte et pieux dominicain, auparavant encore, les écrivains ecclésiastiques et les Pères avaient signalé ces glorieuses caractéristiques de saint Jérôme. Avec une autorité sans égale, dans rOraison du jour de sa fête, l'Église remercie Dieu de lui avoir donné en ce saint le plus sûr interprète des Ecritures : « Deus qui Ecclesiœ tuse in exponendis sacris Script uris beàtum Hieronymum,,, Doctorem maximum providere dignatus es, . . »

D'autres traits accusent encore l'originalité de cette figure. Le plus docte des Latins dans la science des origines bibliques et chrétiennes, Ta été aussi dans la connaissance de l'antiquité classique. Jérôme, (( l'ancêtre de nos grands humanistes », comme Ta nommé M. Henri Gœlzer, est un lettré qui jusqu'à la fin se rappelle et aussi rappelle les chefs-d'œuvre dont il s'était nourri adolescent. « Transplanté sur une terre tout orientale, entre des Syriens et des Hébreux », a écrit Yillemain, « empruntant souvent les idiotismes de leurs langues lorsqu'il traduit les livres saints, (il) gardait dans ses propres écrits la pureté de cette langue latine qu'il parlait a Rome dans sa jeunesse. » [Tableau de Véloquence chrétienne au quatrième siècle. Saint Jérôme,) Si la langue de Jérôme a conservé une élégance que

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