‹ Saint JéromeChapitre 3 sur 20 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

d'illustres contemporains avaient désapprise, Téloquence non plus n'en est pas absente. C'est dans son âme que Jérôme puisait son éloquence.

Cette âme avait de hautes vertus auxquelles se sont mêlés des défauts indéniables. Ne lui demandez point la sereine mansuétude d'Ambroise. Capable, comme Augustin, des plus vives tendresses , elle se livrait aussi à des colères et à des ressentiments qui n'effleurèrent jamais l'âme du fils de Monique. Les violentes invectives, les accusations dures et injustifiées, semblaient ne coûter rien à Jérôme. « Quiconque l'a eu pour adversaire a pres- ([ae toujours été le dernier des hommes », a écrit Lenain de Tillemont dont le rude langage rencontre quelquefois l'éloquence. [Mémoires pour servir à rtllstoire ecclésiastique des six premiers siècles. Saint Jérôme, Article premier.) Et nonobstant ces défauts, nonobstant les fautes qu'ils provoquèrent, malgré l'erreur qui associa Jérôme à Théophile d'Alexandrie dans une lamentable campagne contre saint Jean Chrysostôme, le solitaire de Bethléem a laissé dans l'Église un renom de sainteté quatorze fois séculaire. D'inappréciables travaux, inspirés par la passion de la vérité, des pénitences qui domptaient sa chair en affranchissant son âme d'importuns souvenirs et de tentations redoutables, expliquent et légitiment ce culte. « L'amour qu'il (Jérôme) a toujours eu pour la retraite et la pauvreté, lorsqu'il

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avait pour lui la faveur de saint Damase, et qu'il pouvait disposer des richesses de sainte Marcelle et de sainte Paule » dit Tillemont, docteur parfois suspect, que nous sommes ici en droit d'écouter et d'applaudir, a le soin qu'il a eu de fuir ceux qui l'honoraient le plus, sont des choses qu'on peut dire ne se rencontrer que dans les Saints. » (Ib,) Une conception étroite et fausse confondrait à tort la sainteté avec l'impeccabilité et avec l'inerrance. Sans doute, les Saints, — j'entends ceux qui ont été déclarés ou reconnus tels par l'Église, — • ont tous tendu à la perfection, tous en ont atteint un degré ; mais il s'en faut que tous y soient parvenus du premier élan; il s'en faut que tous aient évité, dans leurs jugements ou dans leur conduite, ces erreurs qui attestent chez les plus éclairés et chez les meilleurs la misère originelle. Dans le mystérieux atelier où ils s'appliquaient à reproduire en eux l'image divine, plus d'un essai maladroit a été abandonné, plus d'une ébauche a précédé l'œuvre définitive et durable.

Un autre trait encore distingue saint Jérôme des Pères auxquels nous l'avons comparé. Ambroise n'a fait que les voyages auxquels l'obligèrent, d'abord ses fonctions de préfet, ensuite celles d'évêque. Chez Augustin, rien non plus ne décèle le voyageur. Sans doute, nous suivons sa trace de Tagaste à Madaure et de Madaure à Carthage; puis, nous

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