‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 20 sur 106 · LE COMMENTAIRE D*ABDIAS. HÉLIODORE ET RUFIN 3I · texte numérisé non relu

LE COMMENTAIRE D*ABDIAS. HÉLIODORE ET RUFIN 3I

rêve parfois des choses si absurdes ! Comment en être rendu responsable et y chercher une règle de vie ? Il est incontestable toutefois qu'au moment même et de longues années encore, l'impression persista profonde et se traduisit par le renoncement absolu à toute lecture profane n'ayant pour but que le divertissement ^. L'épisode montre avec quel sérieux Jérôme envisageait la carrière où il s'apprêtait à entrer, quel conflit soulevaient dans sa conscience ses habitudes littéraires aux prises avec le dessein d'une perfection chrétienne toujours plus stricte.

Sans doute Tun des fruits de cette résolution fut son premier travail d'exégèse, un commentaire sur le prophète Abdias, Il en a parlé quelque vingt ans plus tard, avec une bonne grâce amusée, en dédiant un second commentaire à son ancien condisciple Pammachius ". On devine ce qui avait valu à cette courte prophétie les préférences de Jérôme. Elle prêtait admirablement par sa teneur aux développements oratoires où le jeune écrivain pouvait utiliser les multiples ressources de son talent. Rien de plus facile que de faire écho, par des sentences bien frappées et des invectives passionnées, aux apostrophes du prophète. L'exégète novice se les appliquait sans doute à lui-même et y déchaînait la fougue de son zèle amer de nouveau converti. Quand, avec l'âge, l'exaltation fut tombée, quand surtout la maîtrise de la langue hébraïque et l'étude approfondie des Écritures lui eurent révélé la véritable manière de commenter les textes, il ne songeait plus, sans quelque honte, à ce premier fruit de ses études bibliques. Il aurait voulu en perdre lui-même le souvenir et se plaisait à penser que l'opuscule resterait enfoui, inconnu, dans un coin de sa bibliothèque :

^ L'allusion transparente de la préface au livre lîl du Commentaire sur Tépître aux Galates est très caractéristique de son état d'esprit. Saint Jérôme y renvoie à la date précise du songe (PL, XXVI, 399, C ; en 388-389 ?) : « Nostis enim et ipsae (Paula et Eustochium) quod plus quam XV anni sunt ex quo in manus meas nunquam Tuliius, nunquam Maro, nunquam gentilium litterarum quilibet auctor ascendit. » Sur la réalité du songe, voir note complémentaire D.

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