INTRODUCTION VII
jectif. Accessoirement, au gré de rimagination et au hasard du développement, elles présentent des allusions ou évoquent des souvenirs. Bien que fort divers d'étendue et d'importance, ces matériaux autobiographiques posent tous le même problème et requièrent dans leur emploi la même prudente méthode.
Elle est conditionnée par le tempérament littéraire de saint Jérôme et plus encore par sa psychologie. De nature fort primesautière, ressentant avec une vivacité singulière la première impression fâcheuse, et s'y abandonnant sans réserve, il l'exprimait avec force et sans ménagement. Son éducation littéraire, loin d'atténuer ces dispositions, avait contribué à les exagérer. Ce n'est pas en vain que Jérôme avait pris, comme étudiant de rhétorique, sa large part des controverses fictives, ou suivi avec assiduité les audiences des tribunaux romains où s'invectivaient les avocats. La lecture des satiriques et des comiques avait encore développé en lui le talent et le goût de la caricature, le penchant aux allusions malignes et aux exagérations. Assurément il cherchait à se surveiller, et tâchait de respecter les lois de la charité et de la vérité. Mais les premières n'étaient guère en question, quand il s'agissait de polémique, et les secondes comportaient, dans les mœurs littéraires du temps, des libertés beaucoup plus étendues que de nos jours.
Saint Jérôme s'est expliqué là-dessus sans ambages dans son Apologie pour V Adversus lovinianum ^. C'est, dit-il, une question de genres littéraires. La polémique n'est pas la dogmatique. Celle-ci demande un exposé franc et loyal. Celle-là est une escrime qui requiert l'habileté dans la feinte et la souplesse. L'adversaire doit se parer contre les ruses et s'attendre, quand on lui présente du pain, à recevoir une pierre. Ainsi ont agi non seulement les écrivains profanes, mais aussi les chrétiens, dans la controverse, exprimant moins leurs sentiments intimes que ce
^ Epist. XLIX, 13 (XLVIII, Vallarsi), un long développement sur ce sujet: « Interdum coguntur loqui non quod sentiunt sed quod necesse est. » Il montre ensuite comment saint Paul et le Christ lui-même adaptent leur enseignement aux divers auditoires. Autre est la méthode suivie avec les apôtres, autre avec les Pharisiens. Q Q