L'ÉTABLISSEMENT A BETHLÉEM
L Le voyage à travers la Palestine et l'Egypte. — IL Les monastères
de Bethléem. — IIL Nouveaux travaux : la Vita Malchi et la Vita
Hilarionis. — IV. Le traité sur le Saint-Esprit de Didyme et le
Commentaire sur l'Ecclésiaste. — V. Les Commentaires sur
saint Paul. — VI. Travaux divers sur l'Écriture. Revision
des Septante et traduction sur l'hébreu. Commentaires
sur les petits Prophètes. Le De Vins illustribus.
Le bateau qui portait Jérôme fit quelque temps escale dans le détroit de Messine, puis au lieu de se diriger sur Alexandrie, cingla vers les Cyclades et les îles Ioniennes pour aborder à Chypre où le voyageur reçut l'hospitalité de saint Épiphane. De là Jérôme se rendit à Antioche ^. Il y passa quelques jours auprès de l'évêque Paulin et d'Evagrius. Pendant ce temps Paula avait, elle aussi, avec sa fille Eustochium et quelques autres moniales, quitté Rome pour l'Orient. Elle rejoignit Jérôme à Salamine chez saint Épiphane ou à Antioche ^. En plein hiver, malgré la rigueur
1 Apol. III, 22 (PL, XXIII, 473, BC) : « Veni Rhegium, in Scyllae littore paululum steti; cumque mihi accolae illius loci multa narrarent, darentque consilium ut non ad Protei columnas sed ad lonae portum navigarem, illum enim fugientium et turbatorum hune securi hominis esse cursum, malui per Maleas et Cycladas Cyprum pergere. »
* Epist. CVIII, 6-14, où sont donnés ces détails sur le voyage de Paula. Je ne fais que résumer le récit. Il n'est pas affirmé que saint Jérôme et Paula aient voyagé ensemble à partir d'Antioche, mais cela résulte avec certitude du rapprochement des deux textes suivants, Apol. III. 22 (PL, XXIII, 473 C) : « Ubi (à Chypre) susceptus a venerabili episcopo Epiphanio,... veni Antiochiam, ubi fruitus sum communione pontificis confessorisque Paulini, et deductus ab eo média hieme et frigore gravissimo, intravi Hierosolymam. » — Epist. CVIII, 7 :
124 l'établissement a BETHLÉEM
de la saison, on organisa une caravane que Paulin lui-même voulut mettre en route, et l'on commença le pèlerinage vers la Ville Sainte. L'itinéraire suivi longeait la côte de la Syrie et de la Palestine. On peut se représenter facilement à l'aide de la Peregrinatio de la Pseudo-Silvie ce pieux voyage. A chaque étape on s'arrêtait pour s'informer des monuments sacrés ou profanes à visiter; on relisait les passages correspondants de la Bible, on vénérait les églises, et on laissait des aumônes aux sanctuaires ou au clergé, empressé à recevoir avec honneur les pèlerins. Jérôme apportait à cette exploration la piété ardente de l'ascète, mais aussi la curiosité toujours en éveil du bibliste. Sa mémoire prodigieuse le servait admirablement. Il pouvait à la fois intéresser la caravane par les souvenirs de ses lectures et lui-même profiter excellemment de tout ce qu'il voyait. Il est probable que dès ce premier voyage, il s'assura le concours des hommes les mieux au courant de ce qui concernait leur pays. En tout cas, en cette occasion ou plus tard, ce fut en compagnie des plus savants rabbins, qu'il explora la Terre-Sainte et se rendit compte par luimême des sites, des mœurs et des traditions encore vivantes dans les diverses localités ^.
On descendit ainsi par Béryte, Sidon, Tyr, Acco-Ptolémaïs vers la plaine de Mageddo où Jonathas fut tué. On visita le pays des Philistins, les ruines de Dor et l'ancienne tour de Straton,
« Transfretavit Seleuciam, de qua ascendens Antiochiam, sancti confessorisque Paulini modicum caritate detenta, média hieme, calente ardore fidei, femina nobilis, quae prius eunuchorum manibus portabatur, asello sedens profecta est. » Jérôme déclare ensuite qu'il n'a pas l'intention de décrire tout le voyage et qu'il s'en tiendra aux localités mentionnées dans l'Écriture : « Omitto Syriae Coeles et Phoenicis iter, — neque enim odoeporicum eius disposui scribere, — ea tantum loca nominabo quae sacris voluminibus continentur. » Au n. 14, il termine par : « Hue usque iter eius descriptum sit quod multis virginibus et filia comité peragravit. »
^ Praefatio in lihrum Paralipomenon iuxta LXX interprètes (PL, XXIX, 401 , A): « Quomodo Graecorum historias magis intellegunt qui Athenas viderint et tertium Virgilii librum qui a Troade per Leucaten et Acroceraunia ad Siciliam et inde ad ostiaTibcris navigaverint,ita sanctamScripturam lucidius intuebitur qui ludaeam oculis contemplatus est et antiquarum urbium memorias locorumque vel eadem vocabula vel mutata cognoverit. Unde et nobis curae fuit cum eruditissimis hebraeorum hune laborem subire ut circumiremus provinciam quam universae Ecclesiae Christi sonant » (avant 393).